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Retard de salaire : les employeurs réellement exposés à une amende de 2.250 euros ?

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Temps de lecture estimé : 5 minutes

Une personne tenant un smartphone en main, avec une main pointant vers l'écran.
©Aflo Images / Illustration

Ces mises en scène sensationnalistes participent à brouiller la lecture du droit social, alors même que les règles applicables sont stables et connues.

Depuis fin décembre, une vidéo largement relayée sur TikTok affirme qu’une « nouvelle loi » exposerait désormais les employeurs à une amende de 2.250 euros en cas de retard de paiement des salaires.

Présentée comme une mesure récente, cette information suscite de nombreuses réactions, y compris du côté des dirigeants.

Pourtant, le cadre juridique invoqué n’a rien de nouveau et mérite d’être clarifié, en particulier du point de vue des entreprises.

Paiement du salaire : une obligation légale ancienne et strictement encadrée

Pour l’employeur, le versement du salaire ne relève pas d’une simple pratique contractuelle, mais d’une obligation légale ancienne, inscrite de longue date dans le Code du travail.

Le principe est inchangé : la rémunération doit être versée à date fixe et selon une périodicité déterminée.

En cas de manquement, l’entreprise s’expose à une contravention de troisième classe, pouvant atteindre 2.500 euros par salarié concerné.

À cela s’ajoute un risque prud’homal : le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes afin d’obtenir le paiement des sommes dues, accompagné, le cas échéant, de dommages et intérêts.

Contrairement à ce que laissent entendre certains contenus viraux, il ne s’agit pas d’un durcissement récent de la loi. Ces règles sont en vigueur depuis des années et s’appliquent à l’ensemble des employeurs, quelle que soit la taille de la structure.

Autre point à retenir pour les dirigeants : des difficultés de trésorerie, même temporaires, ne constituent pas une cause exonératoire. Tant que l’entreprise est en mesure juridiquement de payer, l’obligation de versement du salaire demeure entière.

Difficultés financières et procédures collectives : quand l’AGS prend le relais

La seule exception prévue par le droit intervient lorsque l’entreprise se trouve dans l’incapacité juridique de régler les salaires, notamment dans le cadre d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire. C’est dans ce contexte que le régime de garantie des salaires entre en jeu.

L’AGS, financée par une cotisation patronale obligatoire, a précisément vocation à sécuriser le paiement des créances salariales lorsque l’employeur ne peut plus faire face à ses obligations.

Elle assure alors le règlement des salaires, indemnités de rupture et autres sommes dues aux salariés, dans les limites prévues par la réglementation.

Pour les employeurs, ce mécanisme est souvent mal compris.

L’intervention de l’AGS ne constitue ni une sanction supplémentaire ni un aveu de mauvaise gestion. Elle s’inscrit dans un cadre strict, déclenché par l’ouverture d’une procédure collective, et vise avant tout à protéger les salariés tout en sécurisant juridiquement la situation de l’entreprise.

Une information juridiquement exacte, mais trompeuse pour les entreprises

D’un point de vue strictement juridique, rappeler que le retard de salaire est sanctionné n’est pas faux.

En revanche, présenter ces règles comme une nouveauté crée une confusion préjudiciable, y compris pour les employeurs. Certains dirigeants peuvent ainsi redouter un changement réglementaire inexistant ou croire à un renforcement soudain des sanctions.

Ces mises en scène sensationnalistes participent à brouiller la lecture du droit social, alors même que les règles applicables sont stables et connues.

Pour les entreprises, l’enjeu n’est donc pas de s’adapter à une hypothétique nouvelle loi, mais de maîtriser un cadre existant et d’anticiper les situations de tension, notamment en cas de difficultés financières.

En pratique, le paiement du salaire reste l’une des obligations les plus surveillées du droit du travail. En cas de fragilité de trésorerie, un dialogue précoce avec les conseils juridiques et financiers s’impose, afin d’éviter que la situation ne bascule vers une procédure collective et l’activation du régime de garantie des salaires.

Mythe Réalité juridique
Une nouvelle loi sanctionne désormais les employeurs en cas de retard de salaire. Aucune réforme récente n’a modifié les règles. Le paiement du salaire à date fixe et les sanctions associées sont prévus par le Code du travail depuis de nombreuses années.
L’employeur risque automatiquement une amende de 2 250 euros. Le non-respect des règles de paiement du salaire peut entraîner une contravention de troisième classe, pouvant aller jusqu’à 2 500 euros par salarié concerné, selon la situation.
Des difficultés de trésorerie peuvent justifier un retard de paiement. Les tensions de trésorerie ne constituent pas une excuse légale. Tant que l’entreprise n’est pas placée sous procédure collective, le salaire doit être versé.
En cas de dépôt de bilan, les salariés ne sont plus payés. Lorsque l’entreprise est en redressement ou en liquidation judiciaire et ne peut plus régler les salaires, l’AGS intervient pour garantir le paiement des créances salariales, dans les limites légales.
L’intervention de l’AGS constitue une sanction pour l’employeur. L’AGS est un mécanisme assurantiel financé par une cotisation patronale obligatoire. Son rôle est de sécuriser le paiement des salaires, non de sanctionner l’entreprise.

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