Arrivé à l’Élysée ce vendredi à 8h30 pour s’entretenir avec le président, François Bayrou a quitté les lieux après une rencontre d’une heure et quarante-cinq minutes. Cette nomination survient neuf jours après que le gouvernement de Michel Barnier a été censuré par l’Assemblée nationale.
Vendredi 13 décembre, Emmanuel Macron a mis fin à un long suspense en annonçant le nom du nouveau Premier ministre. François Bayrou, président du MoDem et allié de longue date du chef de l’État, a été choisi pour succéder à Michel Barnier et former un nouveau gouvernement. La passation de pouvoir a eu lieu vendredi 13 décembre en fin d’après-midi, à Matignon.
Allié historique d’Emmanuel Macron
Sa carrière politique a vraiment pris forme en 1982, lorsqu’il a été élu conseiller général des Pyrénées-Atlantiques, et en 1986, il est devenu député du même département, un poste qu’il a occupé jusqu’en 2012.
En 1993, il a été nommé ministre de l’Éducation nationale sous le gouvernement d’Édouard Balladur, devenant le plus jeune à occuper ce poste. Il a introduit plusieurs réformes, notamment un nouveau baccalauréat et l’enseignement des langues vivantes à l’école primaire. Il a également été en charge de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’insertion professionnelle sous la présidence de Jacques Chirac.
Bayrou a conduit la liste UDF aux élections européennes de 1999 et a siégé au Parlement européen jusqu’en 2002. Il s’est lancé dans la course à la présidentielle en 2002, recueillant 6,8% des voix. Il a répété cette candidature en 2007, où il a obtenu 18,6% des voix, et en 2012, avec un score de 9,1%.
En 2007, après son échec à l’élection présidentielle, il a fondé le Mouvement Démocrate (MoDem), un parti centriste qu’il a présidé depuis sa création. Malgré des difficultés électorales, notamment une dégringolade électorale pour le MoDem, Bayrou a maintenu son influence politique.
En 2017, il a renoncé à une quatrième candidature à la présidentielle et a apporté son soutien à Emmanuel Macron, ce qui s’est avéré décisif pour la campagne de Macron. Il a ensuite été nommé ministre de la Justice dans le gouvernement d’Edouard Philippe, mais a dû démissionner après seulement 34 jours en raison de l’affaire des emplois présumés fictifs d’attachés parlementaires du MoDem.
Les prochains défis
Former un nouveau gouvernement
Après la démission de Michel Barnier le 5 décembre, Emmanuel Macron s’est engagé, lors d’une allocution télévisée, à constituer un gouvernement « d’intérêt général ». Conformément à l’article 8 de la Constitution, c’est au président de la République de « nommer les autres membres du gouvernement », sur proposition du Premier ministre. Cette fois, l’Élysée et Matignon devront trancher plus rapidement qu’au moment du précédent remaniement. En effet, après sa nomination le 5 septembre, Michel Barnier avait attendu deux semaines avant de dévoiler la composition de son équipe. Désormais, l’exécutif se prépare à une sélection ministérielle déterminante, avec pour enjeu la stabilité et l’efficacité dans la durée.
Adopter la loi spéciale
L’exécutif fait face à une priorité urgente : faire adopter la loi spéciale destinée à garantir « la continuité de l’État », alors que l’année s’achève sans qu’un budget pour 2025 n’ait été validé. Ce texte, présenté mercredi en Conseil des ministres, vise à « éviter un shutdown », selon les termes de Laurent Saint-Martin, ministre démissionnaire du Budget et des Comptes publics. La loi autorise le gouvernement à « continuer de percevoir les impôts existants » jusqu’à l’approbation d’un nouveau budget. Elle permet également à l’État et à la Sécurité sociale d’emprunter sur les marchés financiers afin d’éviter toute situation de cessation de paiement.
Faire adopter un budget pour 2025
François Bayrou devra s’attaquer à un défi encore plus ardu, celui qui a précipité la chute de son prédécesseur : faire adopter un budget pour 2025. Comptera-t-il repartir de zéro pour redéfinir les dépenses et les recettes de l’État ? S’appuiera-t-il sur la version initiale présentée par Michel Barnier, sur celle amendée par les sénateurs, ou sur celle rédigée par la commission mixte paritaire après le passage au Parlement ? Pour l’heure, aucune décision n’a été arrêtée.
Comme son prédécesseur, le nouveau gouvernement devra composer avec des marges de manœuvre restreintes, en raison de finances publiques fragiles et d’une Assemblée fragmentée. Avec la suspension des travaux parlementaires prévue entre le 20 décembre et le 14 janvier, les débats autour du budget ne devraient pas reprendre avant plusieurs semaines.
Vers une nouvelle motion de censure
La députée LFI Aurélie Trouvé a confirmé, vendredi 13 décembre sur franceinfo, que La France insoumise déposera une motion de censure en cas de nommination du patron du Modem La veille, Manuel Bompard, coordinateur du parti, avait déjà indiqué sur la même antenne qu’il s’agirait bien d’une « censure ».
Les socialistes adoptent une posture moins tranchée. « On va discuter », confie un député socialiste de premier plan contacté par le service politique de franceinfo. Sans évoquer explicitement la censure, leur ligne reste claire : « ni soutien, ni participation » au futur gouvernement dirigé par François Bayrou. Jeudi, le PS a rappelé que tout membre tentant de rejoindre un exécutif non marqué à gauche serait exclu.
Du côté du PCF, la position reste à définir. « Nous jugerons aux actes », indique un cadre du parti. Enfin, chez le Rassemblement National, Jordane Bardella a précisé qu’il n’y aurait pas de motion de censure de la part de son parti.
Les réactions des organisations professionnelles
« La nomination de François Bayrou marque une opportunité de sortir de l’impasse politique. Il est impératif de mettre en place des mesures concrètes et durables pour protéger l’emploi et relancer l’économie. Le Front Entrepreneurial, lancé en juillet 2024, a proposé des solutions réalistes et peu coûteuses, basées sur les réalités économiques et non sur des jeux politiques. Ces mesures visent à stabiliser les charges sociales et fiscales des TPE, à contenir les hausses salariales incontrôlées et à réduire drastiquement les dépenses publiques pour restaurer la capacité des entreprises à investir et embaucher. Les Français, qui ont voté sur la base de la réalité qu’ils vivent, attendent désormais des décisions claires et efficaces pour redresser le pays « , Marc Sanchez, Secrétaire général du SDI.

