©Photo : Canva.com
Malgré un niveau toujours historiquement élevé de défaillances, les signaux d’un répit se multiplient. D’après l’étude trimestrielle d’Altares Dun & Bradstreet France, le deuxième trimestre 2025 confirme un ralentissement de la hausse des procédures collectives, notamment en juin. Une accalmie bienvenue, mais encore fragile.
Avec 16.586 défaillances recensées entre avril et juin, la France reste sur un niveau record de procédures collectives. Pourtant, la progression n’est que de +1,3 % sur un an – une hausse contenue après une année 2024 marquée par une envolée de +23 %. La dynamique mensuelle est même encourageante : +8 % en avril, stagnation en mai, puis baisse de 2 % en juin.
Ce fléchissement laisse entrevoir une fin d’année plus sereine. Thierry Millon, directeur des études Altares, nuance toutefois : « Le plateau durable que nous envisagions s’est installé. Le risque commercial, comme le niveau des retards de paiement, reste élevé. »
Les entreprises de taille intermédiaire sous pression
Si les très petites entreprises (moins de 5 salariés) concentrent toujours l’essentiel des défauts (près de 14 300 cas, soit 86 % des procédures), leur situation se stabilise. Idem pour les PME de 20 à 99 salariés, dont le nombre de défaillances recule légèrement.
En revanche, les structures de 6 à 19 salariés sont en souffrance (+10 %), tout comme les grandes PME de plus de 100 salariés, avec une hausse de 29 % – 58 défaillances en trois mois, soit presque une par jour ouvré.
Une menace persistante sur l’emploi
Malgré les tensions, le nombre d’emplois menacés recule à 65.000, contre 69.500 l’année précédente (-6,5 %). Ce recul s’explique par une meilleure résistance des entreprises de moins de 100 salariés. Mais les plus gros employeurs concentrent encore 18.000 emplois menacés.
À noter que les procédures de sauvegarde, souvent utilisées en anticipation, chutent de 16 %, ne représentant plus que 2 % des cas.
Jeunes pousses et vétérans, même fragilité
Les entreprises de moins de 3 ans souffrent particulièrement : 2 000 d’entre elles sont tombées en défaillance ce trimestre, soit +8 % sur un an. Faiblement capitalisées, elles se retrouvent massivement en liquidation judiciaire (77 % des cas).
Les structures de plus de dix ans ne s’en sortent guère mieux (+6 % de défauts). Seules les entreprises de 3 à 10 ans résistent légèrement mieux (-3 %).
Construction : résistance remarquable, sauf en immobilier
Premier secteur concerné par les défauts, la construction montre des signes de solidité : -5 % de défaillances globales, avec un net recul dans le gros œuvre (-7 %) et les travaux publics (-14 %). Le second œuvre progresse (-3 %), tiré par la menuiserie et la charpente. L’immobilier, en revanche, reste en retrait : les agences immobilières enregistrent une baisse notable (-29 %), mais l’activité reste globalement dégradée.
Commerces et services : un contraste sectoriel marqué
Le commerce, deuxième secteur le plus sinistré, poursuit sa stabilisation (-2 %). L’équipement du foyer s’améliore nettement (-11 %), mais le commerce en ligne (+10 %) et les magasins de sport (+22 %) tirent les chiffres vers le haut. Dans les services aux entreprises, le secteur de la sécurité se redresse, à l’inverse du conseil en communication et du nettoyage, très touchés.
Les transports restent en difficulté (+13 %), surtout dans le transport de voyageurs (+49 %), pénalisé par la crise des taxis (+57 %). Le secteur santé-social s’enfonce également : +31 % de défaillances, avec une envolée chez les dentistes, ambulanciers et crèches.
Restauration : la traditionnelle en pleine tourmente
Avec 2.182 défaillances, le secteur CHR reste en mauvaise posture (+6 %). Si l’hébergement (-20 %) et la restauration rapide (-3 %) montrent des signes de reprise, la restauration traditionnelle, elle, chute lourdement avec une hausse de +21 %. Un tiers des entreprises tombées en défaillance dans ce secteur sont âgées de moins de trois ans.
Une géographie contrastée
L’évolution régionale reste hétérogène. L’Île-de-France, le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté et la Corse passent dans le vert, tandis que l’axe Pays de la Loire – Centre-Val de Loire – Occitanie reste dans le rouge. En Outre-mer, la Réunion se distingue avec une nette amélioration (-15 %), contrairement à la Martinique (+12 %) ou à la Guyane (+264 %, certes sur de faibles volumes).

