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Âge, sexe, origine, diplôme : les discriminations dans l’emploi toujours massivement perçues, selon le Défenseur des droits

© Benjamin Farren / Pexels / Illustration

Le dernier rapport consacré à la perception des discriminations dans l’emploi, publié ce mercredi 10 décembre par la Défenseure des droits et l’Organisation internationale du travail, livre un constat sans équivoque : l’âge reste le premier motif de discrimination.

En 2025, malgré les avancées législatives et les campagnes de sensibilisation, les discriminations dans l’emploi restent une réalité quotidienne pour des milliers de salariés et de candidats.

Selon le dernier baromètre du Défenseur des droits et de l’OIT, 43 % des actifs estiment que des personnes sont « souvent » discriminées lors de la recherche d’un emploi, et 29 % dans le déroulement de carrière — des chiffres stables depuis 2016, mais qui masquent des disparités croissantes selon les profils et les secteurs.

Qui sont les personnes les plus exposées ?

Les discriminations ne frappent pas au hasard. Certaines catégories de la population restent systématiquement plus touchées, avec des motifs et des conséquences qui varient selon le contexte.

  • Les jeunes (18-24 ans) : Ils ont deux fois plus de risques de subir des discriminations que les 45-54 ans, aussi bien à l’embauche que dans leur carrière. Leur manque d’expérience et leur âge sont souvent perçus comme des freins par les recruteurs, et les questions personnelles en entretien (sur leur situation familiale, leurs projets d’enfants, ou leur lieu de résidence) restent fréquentes, bien qu’illégales.
  • Les personnes perçues comme « noires », « arabes » ou « maghrébines » : Leur risque de discrimination à l’embauche est 2,8 fois plus élevé que pour celles perçues comme « blanches ». Un écart qui s’est même creusé depuis 2016. Les tests de recrutement confirment cette tendance : les candidatures à consonance française ont 10 points de pourcentage de chances en plus d’être rappelées que celles à consonance maghrébine.
  • Les femmes : Elles sont deux fois plus exposées aux discriminations dans le déroulement de carrière que les hommes. Les inégalités salariales, les promotions plus rares et les conséquences de la maternité sur les trajectoires professionnelles expliquent en partie cette surreprésentation. Huit femmes sur dix estiment que les inégalités professionnelles sont encore très marquées, et 67 % déclarent avoir déjà été confrontées à une situation discriminatoire ou sexiste au travail.
  • Les personnes en situation de handicap : Leur risque de discrimination est 1,7 fois plus élevé que pour les autres, aussi bien à l’embauche que dans leur parcours professionnel. Le handicap reste le premier motif de saisine du Défenseur des droits, devant l’origine et l’état de santé.
  • Les personnes non hétérosexuelles : Elles déclarent 1,9 fois plus de discriminations à l’embauche et 1,6 fois plus dans leur carrière qu’en 2016, une hausse significative qui reflète à la fois une prise de conscience accrue et une persistance des préjugés.

Des discriminations qui changent de forme selon le contexte

Les critères de discrimination varient selon qu’il s’agisse de la recherche d’emploi ou de l’évolution de carrière.

  • À l’embauche, l’âge arrive en tête des motifs de discrimination (42 % des cas), suivi de l’origine ou de la couleur de peau (21 %). Les seniors et les jeunes sont particulièrement touchés, tout comme les personnes perçues comme issues de l’immigration. Les questions personnelles en entretien (sur l’âge, la situation familiale ou les projets d’enfants) restent fréquentes, bien qu’illégales. Plus de la moitié des candidats déclarent avoir été interrogés sur un critère prohibé par la loi lors d’un entretien.
  • Dans le déroulement de carrière, le sexe devient le critère dominant : 56 % des femmes discriminées citent ce motif, contre seulement 13 % des hommes. Les inégalités de traitement, les écarts de salaire et les difficultés à accéder à des postes à responsabilité expliquent cette tendance. Les femmes sont aussi plus souvent confrontées à des propos ou comportements sexistes sur leur lieu de travail.

Pourquoi si peu de recours ?

Malgré la persistance des discriminations, seulement 12 % des victimes dans le déroulement de carrière et 4 % dans la recherche d’emploi entreprennent des démarches pour les faire reconnaître. Plusieurs raisons expliquent cette réticence :

  • Un sentiment d’impuissance : 75 % des victimes estiment que « cela ne sert à rien » ou que « cela n’en vaut pas la peine ».
  • Un manque de preuves : 53 % des discriminés à l’embauche et 46 % dans la carrière pensent ne pas avoir assez d’éléments pour étayer leur plainte.
  • La peur des représailles : 35 % des victimes dans le déroulement de carrière craignent un licenciement, une rétrogradation ou des difficultés professionnelles.
  • Une méconnaissance des recours : 44 % des discriminés à l’embauche et 42 % dans la carrière ne savent pas vers qui se tourner.

Pourtant, des solutions existent : saisine du Défenseur des droits, recours devant les prud’hommes, ou accompagnement par des associations.

Le gouvernement a annoncé le lancement d’une campagne de testing à l’automne 2025 pour mesurer l’ampleur des discriminations et légiférer si nécessaire.

Et maintenant ?

Les discriminations dans l’emploi ne sont pas une fatalité. Pourtant, leur persistance interroge :

  • Comment mieux informer les victimes sur leurs droits ?
  • Comment rendre les recours plus accessibles et moins intimidants ?
  • Comment sensibiliser les entreprises à la lutte contre les biais, conscients ou inconscients, qui alimentent ces inégalités ?

Tant que les discriminations resteront aussi peu contestées, elles continueront de façonner le marché du travail à l’avantage des uns et au détriment des autres.

Les entreprises ont tout à gagner à promouvoir une culture plus inclusive : diversité des talents, meilleure performance, et réduction des risques juridiques. Mais pour que cela devienne une réalité, il faut que les victimes osent briser le silence, et que les acteurs économiques et politiques s’engagent concrètement.

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