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Faillites d’entreprises : l’onde de choc sociale atteint un niveau inédit en 2025

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Temps de lecture estimé : 6 minutes

Graphique montrant des fluctuations de prix avec des barres rouges et vertes sur un fond sombre.
©photo_Pawel / Getty Images / Illustration

La fin d’année 2025 n’a pas seulement été marquée par une vague de radiations et de défaillances d’entreprises. Entre le 1ᵉʳ octobre et le 31 décembre, plus de 112.000 entreprises ont été radiées, soit +27,4 % par rapport à la même période un an plus tôt, un signe de fragilisation profonde du tissu entrepreneurial français.

Cette crise économique a aussi déclenché un choc social : pour protéger les salariés, l’AGS a mobilisé plus de 2,2 milliards d’euros pour garantir les salaires, témoignant du coût humain de ces faillites.

En clair : les entreprises tombent, mais les salaires continuent à être payés… à crédit collectif.

Dans ce contexte, le Syndicat des Indépendants et des TPE voit dans ces chiffres la confirmation d’un malaise, estimant que les TPE, « longtemps traitées comme un phénomène marginal », sont désormais à l’avant-garde d’une crise qui gagne l’ensemble du tissu économique.

L’étude Infogreffe confirme que la crise ne se limite plus aux procédures judiciaires. Le nombre élevé de radiations montre que de nombreux dirigeants préfèrent fermer leur entreprise plutôt que continuer à opérer à perte.

Ce phénomène traduit un épuisement financier mais aussi psychologique du tissu entrepreneurial.

Cette vague de sorties volontaires alimente mécaniquement les chiffres de l’AGS : lorsqu’une entreprise disparaît, ce sont les salaires, indemnités et droits sociaux qui doivent être pris en charge par la solidarité inter-entreprises. Plus les radiations augmentent, plus la facture sociale s’alourdit.

Une vague de défaillances qui ne retombe pas

Après une année 2024 déjà record avec 66.000 faillites, l’année 2025 a poursuivi sa trajectoire haussière avec une nouvelle progression estimée à +6 %.

Cette dynamique n’est pas uniquement conjoncturelle. Elle s’inscrit dans un triple choc :

  • la fin des aides post-Covid,
  • la dégradation de la conjoncture économique,
  • et une instabilité politique qui retarde décisions et investissements.

Résultat : le nombre d’entreprises qui n’arrivent plus à absorber leurs charges reste élevé, y compris au quatrième trimestre 2025, période normalement propice au redressement.

Mais derrière ces défaillances se cache une réalité encore plus sensible : des centaines de milliers de salariés pris dans la tourmente.

2,2 milliards d’euros de salaires avancés : un record absolu

C’est là qu’intervient l’AGS. En 2025, le régime a garanti le paiement des salaires de près de 250.000 personnes, un chiffre en légère hausse (+1 %), mais surtout accompagné d’un bond massif des montants engagés.

Le total versé atteint 2,233 milliards d’euros, un record historique.

En moyenne, l’AGS a avancé plus de 8.800 euros par salarié, reflet d’un double phénomène :

  • l’augmentation du salaire moyen,
  • et le fait que les entreprises qui tombent sont de plus en plus souvent plus structurées, avec des contrats, des primes et des indemnités plus lourdes à garantir.

Autrement dit, la crise touche désormais des entreprises où le coût social de chaque défaillance est plus élevé.

Industrie, commerce, construction : les secteurs les plus touchés

Tous les secteurs sont concernés, mais certains pèsent désormais beaucoup plus lourd dans la facture sociale de la crise.

L’industrie devient en 2025 le premier secteur accompagné par l’AGS, avec 41.800 salariés indemnisés, soit près de 17 % de l’ensemble des bénéficiaires, en hausse de 15 % en un an.

Viennent ensuite :

  • le commerce,
  • les services aux entreprises,
  • la construction,
  • l’hébergement-restauration,
  • les transports.

Ce basculement sectoriel n’est pas anodin : lorsque l’industrie vacille, c’est l’efft domino avec des chaînes entières de sous-traitance et de TPE qui sont fragilisées.

Les TPE, cœur invisible de la crise

Ce que révèlent les chiffres d’Infogreffe et de l’AGS dépasse la simple addition de faillites et de salaires garantis : ils dessinent une fragilisation profonde du tissu des très petites entreprises, longtemps considérées comme marginales dans les statistiques, mais devenues le cœur battant – et aujourd’hui le point de rupture – de l’économie réelle.

L’élément le plus frappant du bilan AGS, c’est la structure des entreprises concernées :

84 % des entreprises accompagnées comptent moins de 10 salariés.

Et les interventions de l’AGS auprès des TPE ont encore progressé de +2,8 % en 2025.

La cartographie des procédures ouvertes est sans appel :

  • 45 % concernent des entreprises de 1 à 2 salariés,
  • 26 % des structures de 3 à 5 salariés,
  • 13 % des entreprises de 6 à 9 salariés.

Les grandes entreprises représentent « à peine » 1 % des dossiers.

La crise est donc avant tout une crise de micro-entreprises et de très petites structures, souvent invisibles médiatiquement, mais décisives pour l’emploi local.

La lecture du SDI : les TPE comme signal avancé de la crise

Pour le Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI), la vague de défaillances observée en 2025 traduit une dégradation durable des conditions d’exercice pour les plus petites entreprises, longtemps considérées comme des victimes « silencieuses » de l’économie.

Or, selon le syndicat, ce qui touche aujourd’hui massivement les TPE est en train de s’étendre à l’ensemble du tissu productif.

Marc Sanchez, secrétaire général du SDI, résume cette bascule dans un communiqué ventilé le 7 janvier dernier : « Pendant longtemps, quand cela ne touchait “que” les TPE, on baissait les yeux. Mais ce que vivent les plus petites entreprises est toujours un signal avancé : la vague qu’elles annonçaient est désormais en train de déferler sur l’ensemble de l’économie. »

Pourquoi la facture sociale explose plus vite que les faillites

Un paradoxe se dessine : le nombre de salariés accompagnés n’augmente que légèrement, mais le coût global bondit de +5 %.

Cela s’explique par :

  • des rémunérations plus élevées,
  • des indemnités de rupture plus importantes,
  • et des profils de salariés plus qualifiés dans les entreprises défaillantes.

La crise ne se limite plus aux structures les plus fragiles : elle touche désormais des entreprises installées, ce qui renchérit chaque liquidation.


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