
Temps de lecture estimé : 7 minutes
Construction neuve, entretien-amélioration, emploi et trésorerie : les indicateurs restent orientés à la baisse, dans un contexte marqué par quelques frémissements mais encore peu de visibilité pour une reprise durable.
Selon la note de conjoncture publiée le 21 janvier 2026 par la CAPEB, l’année 2025 s’achève sur un nouveau recul de l’activité des entreprises artisanales du bâtiment. Malgré une atténuation de la baisse en fin d’année, le volume d’activité diminue de 3,8 % par rapport à 2024.
Derrière ce chiffre global, la réalité du terrain apparaît contrastée, selon les segments d’activité, les territoires et la taille des entreprises.
Le secteur traverse une phase de transition où certains indicateurs cessent de se dégrader, sans pour autant ouvrir la voie à une reprise nette et généralisée.
Une construction neuve moins dégradée, sans véritable rebond
Parmi les principaux enseignements de la fin d’année, la construction neuve se distingue par une amélioration relative de sa trajectoire.
Si l’activité recule encore de 3 % au quatrième trimestre en glissement annuel, l’écart se réduit par rapport aux trimestres précédents. Sur l’ensemble de l’année, le repli reste toutefois marqué, à hauteur de 7 %.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte paradoxal. Les autorisations de logements progressent nettement sur douze mois, avec une hausse de 13,5 % portée en grande partie par le logement collectif.
Les mises en chantier augmentent également, mais de façon plus modérée (+4,8 %), avec une dynamique particulièrement soutenue pour les logements en résidence.
Malgré ces signaux plus favorables, les volumes demeurent inférieurs à leur moyenne de long terme, traduisant un redémarrage encore incomplet.
Autrement dit, la mécanique de la construction neuve semble progressivement se remettre en mouvement, sans que cela se traduise immédiatement par une relance franche de l’activité pour les artisans.
L’entretien-amélioration toujours à l’arrêt
À l’inverse, le segment de l’entretien-amélioration ne montre aucun signe tangible d’amélioration en fin d’année.
L’activité recule de nouveau de 1,5 % au quatrième trimestre, pour une baisse annuelle de 1,6 %. Les travaux de performance énergétique suivent une trajectoire comparable, avec un repli de 1,5 % sur l’année.
Cette situation interpelle, d’autant que les ventes de logements anciens repartent à la hausse.
En octobre 2025, près de 929 000 transactions ont été enregistrées sur douze mois, soit une progression de plus de 11 % sur un an.
En théorie, ce regain d’activité sur l’ancien aurait dû soutenir la demande de travaux.
Dans les faits, l’instabilité des dispositifs d’aide et l’absence de visibilité budgétaire freinent les décisions d’engagement, tant du côté des ménages que des professionnels.
Des situations contrastées selon les métiers
Le recul de l’activité concerne l’ensemble des corps de métier, mais avec des intensités variables. Certains segments montrent une atténuation sensible de la baisse, quand d’autres restent plus exposés.
La maçonnerie et l’électricité figurent parmi les activités les moins pénalisées en fin d’année, avec un repli limité respectivement à 1,5 % et 2 %, et une amélioration notable par rapport au trimestre précédent.
Les travaux d’aménagement, de décoration et de plâtrerie apparaissent même comme les plus résilients, avec une contraction limitée à 1 %.
À l’opposé, la couverture, la plomberie et le chauffage demeurent confrontés à une baisse soutenue de leur activité, stable à –2,5 %. La menuiserie-serrurerie reste le secteur le plus affecté du trimestre, avec un recul de 3 %.
Une baisse généralisée sur le territoire, avec quelques exceptions
Sur le plan géographique, la quasi-totalité des régions enregistrent une diminution de l’activité en glissement annuel.
Le Grand Est se distingue par le repli le plus marqué, atteignant 4 %. D’autres régions, comme la Bretagne, la Bourgogne-Franche-Comté ou l’Auvergne-Rhône-Alpes, affichent des baisses de l’ordre de 3 %.
À l’inverse, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur–Corse fait figure d’exception, avec une activité stable sur le trimestre.
L’Île-de-France et la Normandie limitent également la baisse, autour de 1 %, sans toutefois inverser la tendance.
Des carnets de commandes mieux garnis, mais encore fragiles
En fin d’année, les carnets de commandes progressent pour atteindre en moyenne 77 jours de travail à venir, soit six jours de plus qu’un an auparavant.
Cette amélioration masque néanmoins des situations très hétérogènes.
Pour la première fois depuis la crise sanitaire, le solde d’opinion est moins négatif en construction neuve qu’en entretien-amélioration.
Cette inversion traduit le redémarrage progressif du neuf, tandis que les activités de rénovation continuent de manquer de visibilité.
Malgré cette évolution, les soldes demeurent négatifs sur l’ensemble des segments et pour toutes les tailles d’entreprises.
Trésorerie et marges sous pression
Les tensions financières restent un point de vigilance majeur. Le solde d’opinion sur la trésorerie s’établit à –15 points au quatrième trimestre, un niveau inférieur à la moyenne de long terme.
Près de 30 % des entreprises déclarent une dégradation de leur trésorerie, contre 15 % une amélioration, révélant des écarts importants selon les situations individuelles.
Les marges montrent, quant à elles, une légère amélioration. Si le solde d’opinion reste négatif, il se redresse par rapport au trimestre précédent, suggérant un début de stabilisation après plusieurs exercices sous contrainte.
Emploi : une année encore marquée par des destructions de postes
Sur le front de l’emploi, le constat demeure préoccupant. Au troisième trimestre 2025, l’emploi salarié recule de 2,5 % sur un an dans les entreprises de moins de 20 salariés, soit plus de 20.000 postes supprimés.
Sur deux ans, près de 45.000 emplois ont disparu dans ces structures.
Quelques signaux apparaissent toutefois moins défavorables. La part d’entreprises ayant cherché à recruter progresse au second semestre, et l’écart entre intentions d’embauche et de réduction d’effectifs se resserre pour le début de l’année 2026.
Ces éléments suggèrent une stabilisation progressive, sans garantir un retournement rapide.
Un environnement économique plus lisible, mais insuffisant
L’environnement macroéconomique se montre progressivement plus favorable. L’inflation contenue et la stabilisation des taux d’intérêt contribuent à restaurer, lentement, des capacités de financement.
Les crédits à l’habitat repartent à la hausse, notamment pour l’ancien et les travaux d’entretien-amélioration, même si les montants restent inférieurs aux niveaux observés avant 2022.
Ces évolutions, pour positives qu’elles soient, ne suffisent pas à enclencher une dynamique franche.
L’incertitude persistante autour des politiques publiques de soutien à la rénovation, conjuguée à un contexte budgétaire contraint, continue de peser sur les anticipations des acteurs du secteur.
Une fin d’année sans rupture, à la veille d’un tournant attendu
À l’issue de l’année 2025, l’artisanat du bâtiment se trouve dans une phase intermédiaire. Le ralentissement du recul, la reprise partielle de certains indicateurs et l’amélioration de la visibilité financière constituent autant de signaux encourageants.
Pour autant, la demande reste insuffisante pour soutenir une reprise généralisée, et les entreprises doivent composer avec un environnement encore instable.
L’année 2026 s’ouvre ainsi sur une attente prudente, entre espoir d’un redressement progressif et nécessité de composer avec des arbitrages économiques et politiques toujours déterminants pour l’activité.
Dans la foulée de la publication des chiffres de fin d’année, Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB, a commenté ces résultats avec fermeté.
Pour lui, la persistance du recul de l’activité, en particulier sur les travaux d’entretien-rénovation et de rénovation énergétique, met en lumière « l’instabilité politique et réglementaire » qui fragilise les petites entreprises artisanales du bâtiment et leurs clients.
Il appelle le Gouvernement à mettre l’accent sur la rénovation des logements en 2026, en rouvrant notamment les guichets de MaPrimeRénov’, en simplifiant l’accès à la qualification RGE et en facilitant la constitution de groupements momentané d’entreprises pour accompagner les ménages dans leurs projets de travaux, des mesures qu’il juge indispensables pour restaurer la confiance du marché et soutenir la reprise de l’activité
Source : note de conjoncture de la CAPEB – 4e trimestre 2025

