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Marché du travail : 6 métiers sur 10 restent en tension forte ou très forte en 2024

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Grue de construction éclairée la nuit sur fond de ciel étoilé.
©shaunl / Getty Images Signature / Illustration

Alors que les indicateurs laissaient espérer une accalmie durable, le marché du travail français envoie un signal plus contrasté qu’il n’y paraît. Selon la dernière étude publiée par la Dares ce mercredi 4 février 2026, les tensions de recrutement ont certes reculé en 2024 après un pic historique atteint en 2023. Mais cette baisse reste toute relative : six métiers sur dix demeurent en tension forte ou très forte, et plus d’un salarié sur deux exerce encore dans un métier sous tension.

Un chiffre qui mérite qu’on s’y arrête, tant il éclaire les difficultés persistantes rencontrées par les entreprises, en particulier les TPE et PME.

Une décrue des tensions… après un sommet inédit

Sur le papier, le mouvement est réel. Après plusieurs années de hausse quasi continue, les tensions sur le marché du travail diminuent en 2024. Elles sortent ainsi de leur niveau record observé l’année précédente, le plus élevé depuis 2011.

Cette inflexion marque la fin d’un cycle exceptionnel, alimenté à la fois par la reprise post-crise sanitaire, la transformation rapide de certains métiers et des difficultés structurelles de recrutement.

Mais cette amélioration globale ne doit pas masquer l’essentiel : le niveau de tension reste historiquement élevé.

En 2023, près de sept métiers sur dix étaient classés en tension forte ou très forte. En 2024, ils sont encore six sur dix.

Autrement dit, la baisse existe, mais elle ne change pas radicalement la donne pour les employeurs.

Plus d’un emploi sur deux toujours concerné

Autre donnée clé de l’étude : 55 % des salariés occupent un métier en tension forte ou très forte. Là encore, le recul est modéré par rapport à 2023, où cette proportion frôlait les deux tiers.

Pour les entreprises, notamment les plus petites, cela signifie que les difficultés de recrutement restent la norme, et non l’exception.

Cette situation s’explique par le fait que les tensions ne touchent pas seulement des niches très spécialisées, mais concernent des métiers largement répandus dans l’économie productive :

  • industrie,
  • bâtiment,
  • maintenance,
  • santé,
  • logistique,
  • mécanique.

Tous les secteurs reculent, mais pas au même rythme

La Dares observe une baisse des tensions dans l’ensemble des grands domaines professionnels, ce qui confirme le caractère généralisé du ralentissement.

Toutefois, l’ampleur de la décrue varie fortement selon les secteurs.

La baisse est particulièrement marquée dans l’informatique et les télécommunications, un domaine resté en tension très forte pendant plusieurs années consécutives.

À l’inverse, dans le bâtiment, la mécanique, la maintenance industrielle ou encore la santé et l’action sociale, les tensions reculent beaucoup plus faiblement et demeurent proches de leur plus haut niveau historique.

Pour les dirigeants de TPE, cette hétérogénéité est déterminante : elle explique pourquoi certains recrutements restent extrêmement complexes malgré un discours ambiant plus rassurant sur le marché du travail.

Industrie et BTP : le cœur dur des métiers en tension

L’étude est sans ambiguïté sur ce point (et sans surprise). Parmi les 30 métiers les plus en tension en 2024, 19 relèvent de l’industrie et 7 du BTP.

Il s’agit majoritairement de métiers qualifiés ou intermédiaires :

  • techniciens,
  • agents de maîtrise,
  • ouvriers qualifiés,
  • spécialistes de la maintenance ou de la transformation des métaux.

Ces professions cumulent plusieurs facteurs défavorables : exigences techniques élevées, besoin de formations spécifiques, viviers de candidats réduits et parfois inadéquation géographique entre l’offre et la demande de travail.

Résultat : même lorsque les entreprises recrutent activement, les postes restent vacants plus longtemps.

Moins d’embauches… mais toujours autant de contrats

Autre enseignement marquant de l’étude : le recul des tensions ne signifie pas un effondrement des recrutements.

En 2024, les embauches en CDI reculent de 6 %, et la part du CDI dans l’ensemble des contrats signés tombe à 16,3 %. Pourtant, le volume total des embauches reste très élevé, avec 25,7 millions de contrats signés, un niveau quasiment équivalent au pic historique de 2022.

Ce paradoxe illustre une transformation profonde du marché du travail : les entreprises continuent de recruter massivement, mais privilégient des formes d’emploi plus courtes ou plus flexibles, sans pour autant résoudre leurs difficultés de recrutement.

Non, le salaire n’est pas le principal frein

L’un des apports majeurs de l’étude est de déconstruire une idée largement répandue. Contrairement à une perception fréquente, le manque d’attractivité salariale n’est pas le principal facteur de tension.

Parmi les 30 métiers les plus tendus, 23 présentent un niveau faible ou très faible de non-attractivité salariale.

Les blocages sont ailleurs. Dans deux tiers des métiers les plus tendus, le problème tient à un vivier insuffisant de main-d’œuvre, souvent lié à des formations spécifiques difficiles à remplacer rapidement.

Pour près de la moitié d’entre eux, s’ajoute une inadéquation géographique forte entre les zones où se situent les emplois et celles où résident les candidats.

Ce que cela change concrètement pour les TPE

Pour les petites entreprises, cette photographie du marché du travail appelle peu d’illusions. La légère détente observée en 2024 ne suffira pas à régler les difficultés de recrutement à court terme.

Dans de nombreux métiers, la concurrence entre employeurs reste vive, et la capacité à attirer et fidéliser repose moins sur le seul niveau de rémunération que sur l’organisation du travail, la formation et l’ancrage territorial.

Plus largement, ces données rappellent que la question des tensions de recrutement ne se limite pas à un cycle économique. Elle renvoie à des enjeux majeurs : orientation, formation, mobilité professionnelle et adaptation des compétences aux besoins réels des entreprises.

Source

Dares, Les tensions sur le marché du travail en 2024, Dares Résultats n°5, février 2026.

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