
Les dirigeants de TPE et PME françaises voient l’horizon se refermer un peu plus. Baisse du chiffre d’affaires, trésoreries sous tension, accès au crédit plus compliqué, flambée des coûts de l’énergie et des carburants : le dernier baromètre publié par la CPME dessine le portrait d’un tissu entrepreneurial fragilisé. Et surtout, les chefs d’entreprise ne croient plus vraiment à une amélioration rapide.
Selon cette enquête menée auprès de 2 350 dirigeants entre le 28 avril et le 12 mai 2026, près d’un patron sur deux estime que la situation globale de son entreprise s’est dégradée au premier semestre. Les perspectives pour la suite de l’année restent tout aussi sombres.
Les dirigeants de PME n’attendent plus de rebond
Le premier enseignement du baromètre est sans doute celui-ci : la perte de confiance des dirigeants semble désormais installée.
Au premier semestre 2026, 45 % des patrons interrogés déclarent que la situation de leur entreprise s’est dégradée par rapport à la fin de l’année 2025. Seuls 16 % évoquent une amélioration. Pour le second semestre, les prévisions restent négatives : 42 % anticipent une nouvelle dégradation et seulement 13 % croient à une amélioration.
Ce pessimisme s’explique par l’accumulation des difficultés économiques depuis plusieurs mois. Les entreprises doivent composer avec des carnets de commandes moins dynamiques, des charges élevées et une visibilité réduite.
Le phénomène touche quasiment tous les indicateurs suivis par l’enquête.
Chiffre d’affaires, trésorerie, effectifs : tous les voyants se dégradent
Le chiffre d’affaires recule pour 47 % des entreprises interrogées. À peine une sur cinq constate une hausse de son activité.
Mais c’est surtout la trésorerie qui apparaît comme le principal sujet d’inquiétude. Plus d’une entreprise sur deux affirme que sa situation financière s’est détériorée au premier semestre. Seulement 10 % constatent une amélioration.
Les effectifs commencent eux aussi à subir les conséquences du ralentissement. Un dirigeant sur cinq indique avoir réduit ses équipes au cours des derniers mois. Même si les suppressions de postes restent limitées à ce stade, le signal est surveillé de près.
La mécanique devient préoccupante : quand l’activité ralentit, les marges se réduisent. Lorsque les marges diminuent, la trésorerie se tend. Et lorsque la trésorerie se dégrade, les investissements sont reportés et les recrutements ralentissent.
Plus d’un tiers des entreprises jugent leur trésorerie tendue ou critique
Le passage le plus alarmant du communiqué concerne probablement la situation financière des petites entreprises.
Selon l’étude, 38 % des dirigeants considèrent leur trésorerie comme « tendue » ou « critique ». Parmi eux, 11 % estiment même que la survie de leur entreprise pourrait être menacée à court terme.
Les TPE apparaissent plus exposées que les PME de taille plus importante. Les structures de moins de dix salariés sont proportionnellement plus nombreuses à déclarer une situation critique.
Certains secteurs souffrent davantage :
- le commerce ;
- l’industrie ;
- les services.
Le bâtiment semble légèrement moins touché sur cet indicateur, même s’il reste lui aussi fragilisé.
Le crédit bancaire devient plus difficile à obtenir
Autre enseignement important : les entreprises qui cherchent des solutions de financement se heurtent à des refus ou à des conditions plus strictes.
Parmi les dirigeants ayant sollicité un crédit de trésorerie au cours des douze derniers mois, 55 % jugent l’accès au financement bancaire difficile.
Le chiffre grimpe à 85 % pour les entreprises déjà en difficulté financière.
La situation illustre un paradoxe bien connu des chefs d’entreprise : plus une société a besoin de liquidités, plus elle risque d’avoir du mal à convaincre sa banque.
Pour certaines structures, cette fermeture progressive du robinet bancaire peut accélérer les difficultés. Une entreprise capable d’absorber quelques mois compliqués avec un soutien financier peut continuer son activité.
Sans financement, la moindre hausse de charges ou la moindre baisse d’activité devient beaucoup plus difficile à encaisser.
La crise au Moyen-Orient percute directement les TPE-PME
Le baromètre insiste également sur l’impact de la situation géopolitique internationale.
La crise au Moyen-Orient est citée comme un facteur aggravant majeur. Selon l’enquête, 78 % des dirigeants déclarent que leur activité est directement affectée.
Les conséquences se traduisent surtout par une hausse des coûts :
- matières premières ;
- énergie ;
- carburants ;
- transport.
Le poste carburant apparaît particulièrement sensible. Près d’un dirigeant sur deux affirme avoir subi une hausse supérieure à 20 %.
Pour de nombreuses petites entreprises, notamment celles qui dépendent fortement des déplacements ou de la logistique, ces augmentations pèsent immédiatement sur la rentabilité.
Les artisans, transporteurs, entreprises du bâtiment ou sociétés de services itinérants se retrouvent parmi les plus exposés.
Les entreprises n’arrivent plus à répercuter les hausses de coûts
Le problème ne vient pas seulement de l’augmentation des charges. Il vient aussi du fait que beaucoup d’entreprises ne peuvent plus augmenter leurs prix.
Seules 15 % des sociétés interrogées disent avoir réussi à répercuter tout ou partie des hausses de coûts sur leurs clients. Et à peine 2 % déclarent avoir compensé intégralement ces surcoûts.
À l’inverse, 57 % n’ont pas augmenté leurs prix et n’envisagent pas de le faire.
Deux raisons principales apparaissent :
- 38 % estiment que leur marché ne leur permet pas d’imposer une hausse tarifaire ;
- 19 % préfèrent absorber les coûts en interne, quitte à réduire encore leurs marges.
Les entreprises de services semblent particulièrement concernées. Dans certains secteurs, la concurrence reste forte et les clients deviennent plus attentifs aux dépenses. Les dirigeants craignent alors de perdre des contrats s’ils augmentent leurs tarifs.
Résultat : une partie des TPE-PME travaille avec des marges de plus en plus faibles.
Des perturbations d’approvisionnement encore présentes
Les difficultés logistiques n’ont pas totalement disparu.
Parmi les entreprises qui dépendent d’approvisionnements extérieurs :
- 21 % signalent des tensions ponctuelles ;
- 9 % évoquent des retards importants ayant un impact sur leurs délais clients ;
- 2 % disent avoir subi des ruptures d’approvisionnement entraînant un arrêt partiel ou total de leur activité.
Même si la majorité des dirigeants ne fait pas état de blocages majeurs, le sujet reste surveillé, notamment dans l’industrie et certaines activités commerciales.
Les entreprises cherchent progressivement à diversifier leurs fournisseurs afin de limiter leur dépendance. Mais cette démarche reste encore minoritaire.
Les patrons coupent dans les investissements
Face à ces difficultés, les dirigeants cherchent avant tout à préserver leur trésorerie.
Le réflexe le plus fréquent consiste à reporter ou annuler des investissements prévus. C’est le cas de 30 % des entreprises interrogées.
Ce chiffre mérite attention, car il peut avoir des conséquences durables :
- retard dans la modernisation ;
- ralentissement des projets de développement ;
- achats d’équipements repoussés ;
- recrutements gelés.
Certaines entreprises renégocient également leurs contrats fournisseurs ou discutent avec leurs banques afin d’obtenir des conditions de financement plus souples.
D’autres tentent au contraire de trouver de nouveaux relais d’activité. Près de 27 % des dirigeants disent prospecter de nouveaux marchés ou de nouveaux segments de clientèle.
Le baromètre montre donc deux approches :
- des entreprises qui cherchent d’abord à réduire leurs dépenses ;
- d’autres qui tentent de compenser les pertes en développant de nouvelles activités.
« Une dépendance persistante aux prix de l’énergie
La hausse des prix du pétrole et du gaz reste l’une des principales inquiétudes des dirigeants.
Plus d’un patron sur deux considère cette évolution comme une menace sérieuse pour la rentabilité de son entreprise.
Pour 10 % des répondants, cette menace est même immédiate.
Le bâtiment apparaît légèrement plus exposé que les autres secteurs, notamment à cause du poids des déplacements, des matériaux et de certaines consommations énergétiques.
Le sujet rappelle à quel point une partie des petites entreprises françaises reste dépendante des énergies fossiles. Or, beaucoup n’ont ni les moyens financiers ni la visibilité suffisante pour transformer rapidement leur modèle.
Un climat qui rappelle les précédentes crises économiques
Ce qui ressort du baromètre, c’est moins l’idée d’un effondrement brutal que celle d’une usure progressive.
Les dirigeants semblent confrontés à une succession de chocs :
- inflation ;
- hausse des taux ;
- ralentissement économique ;
- tensions géopolitiques ;
- augmentation des coûts énergétiques.
Pris séparément, chacun de ces facteurs pourrait être absorbé par une partie des entreprises. Mais leur accumulation finit par fragiliser les trésoreries et entamer le moral des dirigeants.
Le fait que 40 % des entreprises n’aient encore pris aucune mesure particulière peut aussi traduire une forme d’attentisme ou de difficulté à identifier des solutions immédiates.
Reste désormais à savoir si les prochains mois permettront un apaisement sur les prix de l’énergie et sur le financement des entreprises. Car pour beaucoup de TPE et PME, la capacité d’absorption semble atteindre ses limites.
Source : enquête CPME réalisée auprès de 2 350 dirigeants de TPE-PME entre le 28 avril et le 12 mai 2026.

