En 2024, la Direction générale des Entreprises (DGE) a du composer dans un contexte international complexe. Si le bilan fait état d’un nombre plus élevé de créations d’usines que de fermetures, cette dynamique positive masque un ralentissement général attendu dans le secteur. L’introduction du baromètre industriel de l’État, présenté comme un outil de suivi innovant, soulève des questions quant à la transparence et à la portée réelle des indicateurs utilisés...
Le soutien de 1 milliard d’euros pour compenser les surcoûts d’énergie dans les industries énergo-intensives et l’appui à 86 projets de décarbonation représentent des mesures significatives.
Cependant, l’impact à long terme de ces initiatives reste à évaluer, notamment face aux défis structurels posés par la transition écologique.
Sur la scène européenne, la DGE a soutenu 42 projets industriels français via les Projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC). Ces efforts, bien qu’ambitieux, doivent être mis en perspective avec les lenteurs et complexités administratives souvent associées à ces programmes.
Par ailleurs, la décision de la Commission européenne sur les aides d’État pour la décarbonation industrielle constitue une avancée, mais la question de la compétitivité face à d’autres régions du monde reste ouverte.
La mise en œuvre de la loi industrie verte, qui a permis de labelliser cinq projets stratégiques en moins d’un an, met en évidence une réactivité bienvenue. Mais l’efficacité globale de ces mesures pour transformer durablement le tissu industriel français n’est pas encore démontrée.
Le crédit d’impôt industrie verte, prévu pour générer 23 milliards d’euros d’investissements, constitue une promesse ambitieuse qui mérite un suivi attentif.
Accélérer la transition numérique
Ce pan, identifié comme un levier incontournable de compétitivité, a bénéficié d’une attention renforcée de la part de la DGE. Les efforts pour soutenir les technologies critiques dans le cadre du plan France 2030 sont notables, mais ils suscitent des interrogations sur leur portée réelle en termes d’écosystème numérique souverain.
Les avancées dans les domaines de l’intelligence artificielle (IA), de la cybersécurité et de l’informatique quantique s’inscrivent dans une stratégie de long terme dont les résultats concrets peinent encore à se matérialiser.
Sur le plan réglementaire, l’entrée en vigueur de la loi « Sécuriser et réguler l’espace numérique » représente une avancée significative pour transposer les règlements européens DSA et DMA. Si ces régulations visent à protéger les citoyens et à encadrer les grands acteurs du numérique, leur application effective reste complexe, en particulier pour les entreprises de taille modeste qui doivent s’adapter à un cadre toujours plus exigeant.
Le programme France Num a continué d’accompagner les TPE et PME dans leur digitalisation, mais le rythme de transformation numérique de ces entreprises demeure un défi majeur, accentué par des disparités territoriales qui ne sont pas entièrement résolues.
Enfin, le plan France Très Haut Débit, en cours depuis dix ans, affiche des résultats encourageants avec 90 % des Français éligibles à la fibre optique. Néanmoins, la fermeture prévue du réseau cuivre pose des questions sur l’accès à une connexion fiable pour les zones encore mal desservies. La réduction effective de la fracture numérique reste donc un objectif à atteindre.
Stimuler l’économie de proximité et l’innovation locale
Malgré un réseau de services déconcentrés efficace, la DGE fait face à des défis dans sa volonté de dynamiser les territoires ruraux et périurbains. Le programme de reconquête commerciale, qui vise à ouvrir de nouveaux commerces pour 258 000 habitants, est une initiative ambitieuse. Cependant, la question de sa pérennité et de son impact réel sur les économies locales reste à examiner.
Le dispositif ETIncelles, lancé en novembre 2023, accompagne 150 PME prometteuses. Bien que l’initiative soit prometteuse pour favoriser leur croissance, les critiques se concentrent sur les critères de sélection et les moyens alloués, jugés parfois insuffisants pour répondre à l’ampleur des besoins.
Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont été l’occasion de valoriser l’artisanat français et de renforcer les filières du sport et du tourisme. Cependant, ces initiatives, bien que positives, doivent être mises en perspective avec les enjeux plus larges de financement et d’attractivité durable pour ces secteurs.
Par ailleurs, l’organisation de la Semaine des métiers du tourisme, si elle a permis de pallier certains besoins de recrutement, ne résout pas les défis structurels rencontrés par ce secteur en termes de main-d’œuvre qualifiée.
Une transformation interne en profondeur
Depuis 2019, la DGE a engagé une réorganisation interne saluée par la Cour des comptes en décembre 2024. Cette réorganisation a permis des avancées, notamment en matière de parité, avec une augmentation significative des femmes occupant des postes à responsabilité (de 28 % à 47 % entre 2020 et 2024).
Toutefois, cette exemplarité interne reste à étendre à d’autres enjeux, tels que la gestion éco-responsable, pour maximiser son impact.

