Le premier semestre 2025 confirme une tendance préoccupante : 31.260 entrepreneurs ont perdu leur emploi entre janvier et juin, selon l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs publié par l’Association GSC et Altares Dun & Bradstreet France. Une progression de +4,3 % par rapport à la même période l’an dernier, qui illustre un climat économique toujours fragile et un tissu entrepreneurial sous pression.
Des signaux contrastés mais un socle d’instabilité
Si le rythme d’augmentation paraît moins marqué qu’en 2024 (+18,4 % sur un an), la situation reste alarmante. « Attention aux faux-semblants : si les pertes d’emploi des dirigeants semblent ralentir au premier semestre 2025, elles se maintiennent à des niveaux préoccupants, révélateurs d’un tissu entrepreneurial toujours sous tensions », alerte Hervé Kermarrec, président de l’Association GSC.
Les conditions macroéconomiques expliquent en grande partie cette évolution : croissance faible, consommation hésitante, climat des affaires en recul et arbitrages budgétaires attendus du côté de l’État. Autant de paramètres qui laissent présager un second semestre tout aussi complexe.
Les TPE en première ligne
Le baromètre met en lumière une constante : les petites structures sont les plus exposées. Plus de 7 entrepreneurs sur 10 touchés dirigeaient une entreprise de moins de trois salariés. L’évolution est particulièrement marquée pour les TPE de 6 à 9 salariés (+17,2 % sur un an), ce qui traduit une fragilité accrue dès que la masse salariale s’élargit.
Du côté des statuts, les dirigeants de sociétés commerciales concentrent l’essentiel des pertes : près de 87 % des entrepreneurs en situation de « chômage » sont à la tête de SAS ou de SARL. Les artisans et commerçants enregistrent une forte progression (+16,6 %), représentant désormais plus de 10 % des cas recensés.
Une vulnérabilité accentuée par la taille du chiffre d’affaires
Autre donnée marquante : 86 % des entrepreneurs touchés dirigeaient une structure dont le chiffre d’affaires ne dépassait pas 500.000 euros. Pourtant, les entreprises de plus grande dimension ne sont pas épargnées. Les dirigeants de structures réalisant plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires connaissent la plus forte hausse du semestre (+22,7 %), ce qui révèle que la conjoncture fragilise désormais toutes les catégories.
Des secteurs particulièrement affectés
La répartition sectorielle confirme le poids des activités directement dépendantes de la consommation des ménages ou de la conjoncture mondiale.
L’information-communication enregistre une hausse de 14,1 % des pertes d’emploi, suivi des services aux entreprises (+13 %), du transport et logistique (+11,9 %) et de l’hébergement-restauration (+11,5 %).
À eux seuls, le commerce (21,3 %) et la construction (25,5 %) concentrent près de la moitié des pertes d’emploi. Dans le détail, certaines activités subissent des secousses particulièrement fortes : restauration traditionnelle (+16,2 %), transports routiers de fret de proximité (+16,7 %), ou encore conseil en gestion (+25,5 %). À l’inverse, les agences immobilières (-14,3 %), le commerce de détail d’habillement (-7,8 %) ou les services d’aménagement paysager (-3,6 %) affichent des reculs.
L’âge, un facteur aggravant
Le profil type de l’entrepreneur touché est celui d’un dirigeant expérimenté, avec un âge médian de 46 ans. Les plus de 60 ans enregistrent la hausse la plus marquée (+20,9 %), ce qui traduit la difficulté à rebondir pour les seniors en cas de liquidation judiciaire.
À l’opposé, les jeunes entrepreneurs de moins de 26 ans connaissent une légère baisse (-8,2 %), traduisant peut-être une meilleure capacité d’adaptation ou un engagement moindre de capitaux.
Des disparités régionales fortes
La géographie de ces pertes met en évidence de nettes disparités. L’Outre-Mer (+31,6 %) et la Nouvelle-Aquitaine (+18 %) apparaissent comme les régions les plus touchées, en raison notamment des difficultés dans le bâtiment et l’hébergement-restauration. Suivent la Corse (+9,2 %), les Hauts-de-France (+6,2 %) et les Pays de la Loire (+5,9 %).
À l’inverse, certaines régions montrent une relative résilience : Bourgogne-Franche-Comté (-1,4 %), Région Sud (-0,8 %) et Grand Est (-0,2 %).
Un signal d’alerte pour la protection des dirigeants
Derrière ces chiffres se cache une réalité sociale encore trop méconnue : les chefs d’entreprise, contrairement aux salariés, ne bénéficient pas automatiquement d’une assurance chômage.
Or, leur exposition aux aléas économiques est forte et les conséquences personnelles, lourdes. « Il est donc essentiel de sensibiliser aux filets de sécurité financiers existants, qui permettent aux entrepreneurs d’anticiper une situation de perte d’emploi », insiste Hervé Kermarrec.
L’Association GSC, soutenue par les organisations patronales, milite depuis plus de 45 ans pour une meilleure protection des indépendants et dirigeants. Les données de ce premier semestre 2025 rappellent l’importance d’intégrer ces dispositifs dans la gestion des risques de l’entreprise.

