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Selon une étude de l’Insee publiée en juillet 2025 (Insee Première n° 2068), les trajectoires intergénérationnelles montrent que les salariés bénéficient plus souvent d’une ascension sociale que les indépendants. Ces derniers restent, toutes choses égales par ailleurs, moins bien positionnés dans la dynamique de mobilité que leurs homologues salariés, malgré une forte hétérogénéité au sein du monde de l’entrepreneuriat.
Au fil des générations, le niveau de qualification de l’emploi a globalement progressé en France. Pourtant, cette avancée ne profite pas de la même manière à toutes les catégories professionnelles. L’Insee rappelle que 53 % des personnes salariées sont en mobilité ascendante par rapport à leur mère, contre seulement 42 % des indépendants. Rapportés aux pères, les écarts se confirment : 41 % des salariés montent d’un cran sur l’échelle sociale, contre 29 % seulement des indépendants.
Des indépendants moins favorisés dans la mobilité intergénérationnelle
Le constat est net : les indépendants ont environ 40 % de chances en moins d’accéder à une ascension sociale que les salariés. Ce déficit est particulièrement marqué pour les micro-entrepreneurs, dont près de 44 % se retrouvent en situation de mobilité descendante par rapport à leur père.
À l’inverse, ceux qui exercent dans le cadre d’une société limitent davantage ce risque, même si leur progression reste moins fréquente que chez les salariés.
La diversité interne au groupe des indépendants joue ici un rôle majeur. Tandis qu’un médecin libéral ou un chef d’entreprise à la tête d’une société de plus de dix salariés intègre les classes d’emploi supérieures, l’artisan ou le petit commerçant travaillant seul reste catalogué dans les catégories les moins qualifiées. Cette hétérogénéité explique en partie pourquoi la mobilité sociale ascendante est plus difficile à mesurer et à atteindre pour les indépendants.
Héritage professionnel : rester indépendant ou basculer vers le salariat
L’étude met également en lumière le poids de la transmission familiale. Si un quart des individus n’exerce pas le même statut que leur parent, la tendance la plus marquée reste la conversion des enfants d’indépendants vers le salariat. Les enfants de commerçants, artisans ou agriculteurs deviennent en majorité salariés, même si leur probabilité de rester indépendants demeure plus élevée que celle des enfants issus de parents salariés.
Ainsi, un fils de père indépendant a 2,3 fois plus de chances de devenir lui-même indépendant qu’un fils de père salarié. Le phénomène est similaire pour les filles de mères indépendantes, bien qu’un peu moins marqué (1,7 fois plus de chances).
Cette reproduction partielle du statut se renforce quand les deux parents sont eux-mêmes indépendants : la probabilité de perpétuer la trajectoire familiale s’accroît alors nettement.
Les femmes en meilleure position que les hommes
Autre enseignement saillant : les femmes apparaissent globalement plus favorisées dans la mobilité intergénérationnelle que les hommes. L’Insee note que 48 % d’entre elles connaissent une ascension sociale par rapport à leur mère, contre 39 % des hommes vis-à-vis de leur père.
Ce constat s’explique par un niveau d’emploi historiquement plus faible des mères, ce qui offre plus de marges de progression à leurs filles.
Cependant, les écarts persistent selon le statut professionnel exercé. Les femmes salariées affichent une ascension plus fréquente que les femmes indépendantes. En revanche, lorsqu’elles choisissent l’indépendance après une mère salariée, elles sont proportionnellement plus nombreuses à connaître une mobilité ascendante que leurs homologues masculins. Le diplôme joue ici un rôle amplificateur : 74 % des femmes indépendantes en ascension sociale sont diplômées du supérieur, une proportion nettement supérieure à la moyenne.
Le poids du diplôme et des trajectoires migratoires
Le capital scolaire demeure un levier déterminant dans les parcours de mobilité. Les diplômés du supérieur long ont jusqu’à six fois plus de chances de connaître une progression ascendante que les titulaires du baccalauréat. Chez les indépendants, ce facteur est encore plus décisif, puisqu’il conditionne l’accès aux professions libérales ou aux fonctions de direction qui tirent le groupe vers le haut.
L’Insee observe également des différences selon l’histoire migratoire. Les descendants d’immigrés ont un peu plus de chances de vivre une ascension sociale que les personnes sans ascendance migratoire directe, à caractéristiques comparables.
À l’inverse, les immigrés eux-mêmes connaissent plus souvent une mobilité descendante, signe des obstacles persistants dans leur insertion professionnelle.
Une photographie contrastée du monde indépendant
Au total, la photographie dressée par l’Insee nuance l’image d’un monde indépendant synonyme d’émancipation et de réussite sociale. Si certains profils – professions libérales, dirigeants de sociétés établies – s’inscrivent clairement dans une dynamique de progression, d’autres – micro-entrepreneurs, artisans isolés – apparaissent beaucoup plus fragilisés.
Le salariat, en raison de ses parcours plus balisés et de la progression des emplois qualifiés, reste aujourd’hui le cadre le plus propice à la mobilité ascendante. Les indépendants, eux, continuent d’occuper une place paradoxale dans l’échelle sociale : porteurs d’autonomie et d’initiative, mais statistiquement moins assurés d’améliorer leur position par rapport à leurs parents.

