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Accélérer l’intégration professionnelle des étrangers en situation régulière en mobilisant les acteurs de l’emploi et de la formation sur chaque territoire : telle est la feuille de route fixée par le gouvernement à travers une circulaire publiée le 26 juin 2025.
Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, et Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du Travail et de l’Emploi, entendent faire de l’insertion professionnelle des étrangers en situation régulière un levier immédiat de lutte contre le chômage et une réponse aux besoins en main-d’œuvre.
Objectif : « concentrer l’action publique sur les personnes déjà présentes légalement en France et prêtes à travailler », selon les mots de Bruno Retailleau. Une orientation claire, qui place l’accès à l’emploi au cœur de la politique d’intégration.
Un taux de chômage deux fois plus élevé
Aujourd’hui, le taux de chômage des étrangers non communautaires en situation régulière atteint 16,4 % au niveau national. Un chiffre deux fois plus élevé que la moyenne nationale, qui s’explique notamment par une faible articulation entre les politiques d’intégration et les dispositifs d’accès à l’emploi. « Trop souvent, les parcours des primo-arrivants restent linéaires et cloisonnés : d’abord la langue, ensuite éventuellement l’emploi. Il faut casser cette logique séquentielle », observe un haut fonctionnaire de l’emploi.
La circulaire du 26 juin vient ainsi généraliser la démarche expérimentée en Île-de-France dans le cadre de la préparation des Jeux Olympiques et Paralympiques : associer dès les premiers mois les acteurs de la formation linguistique, de l’accompagnement à l’emploi, et les employeurs, pour construire des parcours intégrés vers les métiers en tension — comme la sécurité, le BTP, la propreté ou l’aide à la personne.
Un déclenchement plus précoce des parcours vers l’emploi
L’un des changements majeurs concerne les primo-arrivants non-européens : leur inscription à France Travail deviendra automatique dès la signature du Contrat d’Intégration Républicaine (CIR), et non plus après la fin de leur formation linguistique de base. Cette disposition, qui figurera dans la loi à partir de janvier 2026, est d’ores et déjà anticipée. Les étrangers justifiant d’un niveau de langue proche du A2 peuvent dès maintenant être orientés vers France Travail.
C’est un renversement dans la logique d’accompagnement : « Dès lors que le niveau de maîtrise de la langue permet l’accès au monde du travail, il n’y a pas de raison d’attendre pour rechercher activement un emploi avec l’aide de France Travail », souligne Astrid Panosyan-Bouvet. France Travail prendra en charge la formation linguistique complémentaire, en l’orientant prioritairement vers l’usage du français en contexte professionnel, et en l’articulant avec des mises en situation en entreprise.
Une stratégie territoriale et sectorielle
Sur chaque territoire, les préfets de région sont désormais chargés d’établir un objectif chiffré d’accès à l’emploi ou à une formation qualifiante pour les primo-arrivants signataires du CIR depuis moins d’un an. Ces objectifs devront tenir compte des caractéristiques de l’immigration locale et des tensions de recrutement identifiées par les Comités départementaux et locaux pour l’emploi (CDPE/CLPE).
Mais l’effort ne se limite pas aux nouveaux arrivants : les préfets sont également invités à mobiliser les leviers territoriaux (VAE, reconnaissance des diplômes, formations sectorielles, mises en relation avec les employeurs) pour faciliter le retour à l’emploi des étrangers installés depuis plus longtemps et toujours sans emploi.
« Ce Pacte territorial pour l’emploi des étrangers vise à structurer un pilotage partagé entre services de l’État, OFII, France Travail, régions, branches professionnelles et opérateurs de formation », indique un cadre de la Délégation générale à l’emploi. L’ensemble des outils issus de la loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023 pourra être mobilisé.
Anticiper plutôt que régulariser
Cette stratégie d’insertion professionnelle vise également à répondre à un impératif économique : aujourd’hui, plus de 450.000 emplois restent non pourvus, alors que la population active disponible existe, notamment chez les étrangers en situation régulière. « Avant de régulariser les personnes en situation irrégulière, concentrons-nous sur l’insertion professionnelle des étrangers qui sont déjà en situation régulière et actuellement sans emploi », insiste Bruno Retailleau.
Cette déclaration marque une inflexion politique : faire de la mobilisation de la main-d’œuvre étrangère déjà présente en France une priorité absolue avant toute ouverture de nouveaux canaux d’immigration ou régularisations exceptionnelles.
Une opportunité pour les entreprises
Pour les entreprises, en particulier dans les secteurs sous tension, cette circulaire ouvre une nouvelle porte d’accès à des profils motivés, accompagnés et en voie de professionnalisation. La mobilisation des branches professionnelles est d’ailleurs attendue dans l’identification des besoins, la structuration des parcours et l’accueil en entreprise. L’OFII, France Travail et les préfets seront les interlocuteurs clés dans ce cadre.
Cette politique traduit une conviction partagée au sommet de l’État : le travail est un levier puissant d’émancipation individuelle et d’intégration républicaine. Encore faut-il que les passerelles soient ouvertes dès l’arrivée sur le territoire, et que les entreprises soient au rendez-vous…
