
La revalorisation du SMIC au 1ᵉʳ janvier 2026, annoncée récemment, suscite naturellement des questions : quel est le nombre de salariés concernés ? Qui sont ces salariés ? Et comment leur proportion a évolué ?
Article mis à jour le 13 septembre 2026
Près d’un salarié sur six peut-il réellement être considéré comme payé au Smic ? La réponse est moins simple qu’il n’y paraît. Les statistiques disponibles mélangent en effet les salariés directement concernés par une revalorisation du salaire minimum et ceux dont la rémunération globale se situe réellement autour du Smic.
- La dernière étude détaillée de la Dares permet justement de remettre les chiffres en perspective.
- Et elle révèle une réalité importante pour les entreprises : être concerné par une hausse du Smic ne signifie pas nécessairement être payé au Smic.
20 ans de Smic : une hausse de près de 49 %
De 2006 à 2026, le Smic horaire brut est passé de 8,27 € à 12,31 €. Une progression qui ne s’est pas faite au même rythme selon les périodes, avec une accélération très nette après la crise sanitaire.
En 2020, le Smic atteint 10,15 € brut de l’heure. La crise du Covid-19 marque ensuite une période particulière : les revalorisations restent relativement contenues en 2020 et 2021, avant une succession de hausses beaucoup plus rapides à partir de 2022, sous l’effet notamment de l’inflation.
Soit 1 867,02 € brut par mois pour 35 heures hebdomadaires. La hausse représente 43,99 € brut mensuels par rapport au montant applicable depuis janvier 2026.
Combien de salariés sont réellement payés au Smic ?
Il n’existe pas de chiffre unique permettant de répondre précisément à cette question.
La Dares le rappelle : aucune source statistique ne permet d’identifier avec une précision parfaite l’ensemble des salariés dont la rémunération relève exactement de l’assiette de vérification du Smic. Plusieurs sources permettent cependant d’approcher cette réalité.
Cette distinction est essentielle.
Un salarié peut avoir un salaire de base proche du Smic tout en percevant des primes, des majorations ou d’autres éléments de rémunération qui portent sa rémunération globale au-dessus du minimum légal.
Le chiffre à retenir
Selon les données de l’Insee et de la Dares exploitées dans le rapport consacré au Smic, 40,2 % des salariés dont le salaire de base est inférieur à 1,05 Smic avaient, en 2022, une rémunération totale qui restait inférieure à 1,05 Smic.
Ces salariés constituent le groupe que la Dares qualifie de salariés « au Smic ».
La proportion doit toutefois être interprétée avec précaution : cette estimation repose sur des données de 2022 et sur un champ statistique précis.
Pourquoi les chiffres annoncés sont-ils parfois beaucoup plus élevés ?
C’est la principale source de confusion.
Lorsqu’une revalorisation du Smic intervient, les statistiques comptabilisent les salariés dont le salaire horaire se trouve sous le nouveau seuil et qui bénéficient donc directement de la hausse.
Cela ne signifie pas que leur rémunération totale est exactement égale au Smic.
La Dares donne un exemple particulièrement parlant : 2,2 millions de salariés du secteur privé non agricole ont bénéficié directement de la revalorisation du 1er novembre 2024, soit 12,4 % des salariés concernés par le champ étudié.
Mais ces 2,2 millions de personnes ne sont pas nécessairement toutes rémunérées au niveau du Smic.
Certaines perçoivent notamment :
- des primes ;
- des majorations ;
- des primes d’ancienneté ;
- des rémunérations liées aux contraintes de travail ;
- des heures supplémentaires ;
- d’autres éléments qui ne sont pas intégralement pris en compte dans la vérification du Smic.
C’est pourquoi « bénéficiaire d’une hausse du Smic » et « salarié payé au Smic » ne sont pas synonymes.
Une autre estimation : 14,5 % avec un salaire de base proche du Smic
L’enquête de l’Insee sur le coût de la main-d’œuvre et la structure des salaires permet d’aller plus loin.
Sur son champ spécifique, qui porte notamment sur les entreprises privées d’au moins 10 salariés, 14,5 % des salariés avaient en 2022 un salaire de base inférieur à 1,05 Smic.
Mais là encore, ce chiffre ne signifie pas que 14,5 % des salariés étaient strictement rémunérés au Smic.
Une partie d’entre eux bénéficiaient de compléments de rémunération suffisamment importants pour porter leur rémunération globale au-dessus de ce seuil.
Parmi ces salariés dont le salaire de base était proche du Smic :
- 48,2 % avaient une rémunération totale comprise entre 1,05 et 1,4 Smic ;
- 11,5 % avaient une rémunération totale supérieure à 1,4 Smic ;
- 40,2 % restaient sous 1,05 Smic.
Cette photographie permet de comprendre pourquoi les chiffres peuvent sembler contradictoires.
Qui sont les salariés les plus souvent payés au Smic ?
Les salariés situés au niveau du Smic ne sont pas répartis uniformément dans la population active.
Les femmes sont notamment surreprésentées.
Selon l’analyse de la Dares, 60 % des salariés considérés comme « au Smic » sont des femmes, contre 44 % de l’ensemble des salariés du champ étudié.
Le niveau de diplôme constitue également un facteur important.
Les personnes sans diplôme ou titulaires d’un diplôme de niveau CEP représentent 37 % des salariés au Smic, contre 15 % de l’ensemble des salariés étudiés.
Le Smic concerne donc particulièrement certains profils de salariés, plutôt qu’une population répartie uniformément entre toutes les catégories professionnelles.
Dans quels secteurs trouve-t-on le plus de salariés au Smic ?
La répartition varie fortement selon l’activité.
La Dares observe notamment une présence importante des salariés au Smic dans les services aux particuliers et les services aux entreprises.
À l’inverse, ils sont moins nombreux dans l’industrie.
Cette différence s’explique notamment par la structure des rémunérations : certains secteurs proposent davantage de primes, de majorations ou d’autres compléments venant compléter le salaire de base.
Pourquoi les TPE sont-elles particulièrement concernées ?
Le sujet est particulièrement important pour les petites entreprises.
Lorsqu’une entreprise emploie plusieurs salariés proches du Smic, chaque revalorisation du minimum légal peut avoir un effet direct sur la masse salariale.
Mais l’impact ne se limite pas aux salariés exactement au niveau du minimum.
Le problème des écarts de rémunération
Prenons une entreprise dans laquelle :
- un salarié est payé au Smic ;
- un autre gagne légèrement plus ;
- un troisième se situe quelques dizaines d’euros au-dessus.
Lorsque le Smic augmente, le premier doit obligatoirement bénéficier de la revalorisation si son salaire devient inférieur au nouveau minimum.
Le deuxième peut également voir son écart avec le minimum légal se réduire fortement.
Le troisième peut se retrouver très proche du nouveau seuil.
La revalorisation du Smic peut donc produire un effet de compression des salaires dans le bas de la grille.
C’est précisément ce phénomène qui explique pourquoi les négociations sur les minima conventionnels sont particulièrement sensibles après les hausses du salaire minimum.
Le Smic a encore augmenté en 2026
Le montant du Smic a évolué plusieurs fois récemment.
- Au 1er janvier 2026, le Smic avait été porté à 12,02 € brut de l’heure, soit 1.823,03 € brut par mois pour 35 heures hebdomadaires.
- Depuis le 1er juin 2026, le montant applicable est de 12,31 € brut de l’heure, soit 1.867,02 € brut mensuels pour un temps plein de 35 heures.
- Le montant net indiqué par Service-Public est de 9,74 € par heure et 1 477,93 € par mois à titre indicatif.
Cette évolution doit être prise en compte lorsqu’on compare les données historiques.
Les chiffres du nombre de salariés au Smic ne peuvent donc pas être lus sans regarder la date et le montant du Smic utilisés pour établir la statistique.
Un salarié peut-il avoir un salaire de base au Smic mais gagner davantage ?
Oui.
C’est même l’une des principales raisons pour lesquelles les statistiques doivent être interprétées avec prudence.
Certains éléments de rémunération sont pris en compte pour vérifier que le Smic est respecté, tandis que d’autres ne le sont pas.
Service-Public distingue notamment le salaire de base, certains avantages en nature et certaines primes de productivité des remboursements de frais, de certaines majorations ou encore de certaines primes.
La rémunération globale versée au salarié peut donc être supérieure au montant du Smic alors que son salaire de base reste très proche du minimum légal.
Que se passe-t-il si la convention collective prévoit moins que le Smic ?
Une convention collective peut prévoir un salaire minimum conventionnel.
Mais ce minimum ne peut pas conduire l’employeur à rémunérer un salarié à un niveau inférieur au Smic légal lorsque ce dernier est applicable.
Si le minimum conventionnel est inférieur au Smic, l’employeur doit verser au salarié le montant légal minimum.
À l’inverse, lorsque le minimum conventionnel est supérieur au Smic, c’est le montant conventionnel plus favorable qui doit être respecté.
Cette situation concerne de nombreuses branches professionnelles.
En juin 2026, TPE Actu a notamment consacré un article aux 126 branches professionnelles présentant au moins un niveau de rémunération inférieur au nouveau Smic. Cette question est directement liée au phénomène de tassement des grilles salariales.
Pourquoi le nombre de salariés au Smic peut-il varier d’une année à l’autre ?
Plusieurs mécanismes interviennent.
La revalorisation du Smic
Lorsque le minimum légal augmente, certains salariés dont la rémunération se trouvait juste au-dessus peuvent se retrouver très proches du nouveau seuil.
Les augmentations de salaires
Les employeurs peuvent relever les salaires au-delà du minimum légal, ce qui réduit mécaniquement la proportion de salariés situés autour du Smic.
Les primes
Les primes et majorations peuvent également faire passer la rémunération globale au-dessus du seuil.
La structure de l’emploi
La répartition des emplois entre secteurs, niveaux de qualification, temps complet et temps partiel influence également la proportion de salariés proches du minimum légal.
Le temps partiel est-il particulièrement concerné ?
Oui.
Les salariés à temps partiel sont davantage présents parmi les personnes directement concernées par les revalorisations du Smic.
Le sujet doit toutefois être présenté en salaire horaire : un salarié à temps partiel peut être rémunéré au Smic horaire tout en percevant mécaniquement un salaire mensuel inférieur à celui d’un salarié à temps complet.
Il ne s’agit donc pas d’un salaire horaire inférieur au minimum légal.
Le chiffre du Smic ne raconte donc pas toute l’histoire
Dire que « X millions de salariés sont payés au Smic » peut être trompeur si l’on ne précise pas la méthode utilisée.
Il faut distinguer au moins trois populations :
| Population | Ce qu’elle signifie |
|---|---|
| Salariés bénéficiant d’une revalorisation | Leur salaire était inférieur au nouveau seuil avant la hausse |
| Salariés avec un salaire de base proche du Smic | Leur salaire de base est inférieur à 1,05 Smic |
| Salariés « au Smic » | Leur rémunération totale reste inférieure à 1,05 Smic dans l’estimation Dares |
C’est cette distinction qui permet de comprendre pourquoi plusieurs pourcentages peuvent circuler sans être contradictoires.
Ce que cela change pour un employeur
Pour une TPE, le Smic ne doit pas être regardé uniquement comme un chiffre affiché sur une fiche de paie.
Chaque revalorisation peut avoir des conséquences sur :
- les salaires directement concernés ;
- les écarts entre niveaux de qualification ;
- les minima prévus par les conventions collectives ;
- les grilles internes ;
- certaines primes calculées en fonction du salaire ;
- le coût global de la masse salariale.
Une entreprise peut donc être amenée à revoir plusieurs niveaux de rémunération même lorsque tous ses salariés ne sont pas rémunérés exactement au Smic.
Les derniers chiffres à retenir
- 12,31 € : le Smic horaire brut applicable depuis juin 2026.
- 1.867,02 € : le Smic mensuel brut pour 35 heures.
- 14,5 % : part des salariés dont le salaire de base était inférieur à 1,05 Smic en 2022 sur le champ étudié par l’Insee-Dares.
- 40,2 % : part de ces salariés dont la rémunération totale restait inférieure à 1,05 Smic.
- 60 % : part des femmes parmi les salariés identifiés comme « au Smic » dans cette étude.
- 2,2 millions : nombre de salariés du privé non agricole ayant bénéficié directement de la revalorisation de novembre 2024, soit 12,4 % du champ concerné. Ce chiffre ne correspond pas au nombre de salariés strictement rémunérés au Smic.
La question à ne plus poser de la même manière
Combien de salariés sont « au Smic » ?
La réponse dépend de ce que l’on mesure.
Si l’on compte les salariés directement touchés par une revalorisation, les chiffres se comptent en millions.
Si l’on cherche les salariés dont la rémunération globale reste réellement au niveau du minimum légal, le nombre est plus difficile à établir.
La Dares invite précisément à cette prudence : aucune source statistique ne permet aujourd’hui de mesurer parfaitement le nombre de salariés percevant exactement le Smic.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que le salaire minimum joue un rôle majeur dans la structure des rémunérations françaises et que ses revalorisations ont des effets qui dépassent largement les seuls salariés rémunérés exactement au minimum légal.
