
Les secteurs NTIC, services spécialisés techniques ou encore l’hébergement-restauration affichent des taux d’adhésion nettement supérieurs à ceux du bâtiment ou de l’agriculture.
Adoption de l’IA, progression des outils collaboratifs, mais fracture persistante entre secteurs et tailles d’entreprise : le Baromètre France Num 2025 révèle une numérisation inégale des TPE-PME françaises.
La transformation numérique des petites et moyennes entreprises poursuit sa progression, mais de façon contrastée. C’est ce que révèle le Baromètre France Num 2025, publié par la Direction générale des Entreprises. Basé sur plus de 11.000 réponses représentatives, ce panorama annuel dresse un état des lieux précis :
- Usage intensif d’outils collaboratifs,
- Montée en puissance de l’intelligence artificielle, Inquiétudes croissantes en cybersécurité,
- Mais aussi fractures persistantes dans l’adoption du numérique.
Une perception positive qui ne progresse pas
Depuis 2021, environ huit dirigeants sur dix considèrent le numérique comme bénéfique pour leur activité. En 2025, ils sont 78 %, un taux qui témoigne d’une adhésion massive, mais stable.
Derrière ce chiffre, la réalité est plus nuancée : seuls 40 % estiment que le numérique a un impact direct sur leur chiffre d’affaires, et 34 % sur leurs bénéfices.
Autrement dit, si le numérique est vu comme un levier, son effet sur la rentabilité reste discuté.
Les écarts se creusent selon le profil des dirigeants. Plus jeunes et plus diplômés, ils sont davantage convaincus de la valeur ajoutée du digital. Les secteurs NTIC, services spécialisés techniques ou encore l’hébergement-restauration affichent des taux d’adhésion nettement supérieurs à ceux du bâtiment ou de l’agriculture.
Internet, vitrine indispensable, mais revenus fragiles
En matière de visibilité, la présence en ligne est désormais généralisée : 84 % des entreprises disposent d’au moins un outil, qu’il s’agisse d’un site web (65 %) ou d’un compte sur les réseaux sociaux (66 %).
C’est d’ailleurs la première année que ces derniers dépassent le site institutionnel, signe que les usages évoluent.
Côté commerce, la progression est plus lente. Seules 27 % des entreprises disposent d’une solution de vente en ligne, le site marchand restant la principale (17 %). Même chez celles qui vendent en ligne, la part du chiffre d’affaires générée reste modeste : environ 20 % en moyenne, avec une forte concentration sur les très petites structures.
Autre tendance préoccupante : la baisse d’intensité sur les réseaux sociaux. En 2023, 61 % des entreprises présentes y publiaient au moins une fois par semaine ; elles ne sont plus que 46 % en 2025. Ce recul interroge sur la capacité des TPE-PME à maintenir un effort marketing numérique dans la durée.
Gestion numérique : la normalisation en marche
L’équipement en solutions de gestion et de pilotage atteint des niveaux élevés : 88 % utilisent un logiciel de facturation, de comptabilité ou de caisse. Les outils collaboratifs explosent : 81 % des entreprises y recourent notamment via la messagerie instantanée et le partage de documents en ligne.
La facturation électronique s’installe également : 30 % des entreprises dotées d’un logiciel de facturation déclarent avoir émis plus de la moitié de leurs factures sous un format structuré automatisable.
Ces chiffres témoignent d’une normalisation : les usages numériques de gestion deviennent la règle, et plus seulement une option.
Intelligence artificielle : une adoption fulgurante
L’édition 2025 marque un tournant : une TPE-PME sur quatre utilise désormais une solution d’intelligence artificielle. La proportion a doublé en un an (13 % en 2024). Les usages concernent avant tout la génération de contenus (texte, voix, image) et les chatbots. Viennent ensuite l’analyse de données et l’automatisation de certaines tâches.
Là encore, les disparités sont fortes. Plus de la moitié des entreprises du secteur NTIC ont déjà adopté l’IA, contre moins de 10 % dans l’agriculture. La taille joue aussi : 42 % des PME de 50 à 249 salariés utilisent ces solutions, contre 23 % des structures de 1 à 4 salariés.
Cybersécurité : inquiétudes croissantes et incidents fréquents
Les dirigeants n’ont jamais été aussi conscients des risques : 52 % déclarent craindre la perte ou le piratage de données, contre 36 % en 2020. Dans les faits, plus d’un tiers des entreprises a déjà subi un incident, notamment du phishing (21 %) ou un logiciel malveillant (16 %).
L’équipement progresse en parallèle :
- 84 % disposent d’une solution de cybersécurité,
- quasi toutes d’un antivirus (96 %),
- d’une sauvegarde externe (82 %).
En revanche, la formation du personnel reste marginale, alors qu’elle constitue un levier clé face aux attaques de plus en plus sophistiquées.
La sobriété numérique en recul
Sur le terrain environnemental, la tendance est moins favorable. Si 58 % des entreprises déclarent réduire leur consommation énergétique, ce chiffre recule de six points en un an.
Le recyclage du matériel (53 %) reste stable, mais l’éco-conception numérique demeure peu répandue. La sobriété, après avoir suscité l’attention, semble peiner à s’imposer comme un véritable pilier stratégique.
Des fractures qui persistent
Derrière l’image d’une France entrepreneuriale globalement connectée, le baromètre met en lumière un paysage contrasté. Les écarts se creusent : entre secteurs technophiles et traditionnels, entre jeunes dirigeants diplômés et profils plus âgés, entre PME structurées et micro-entreprises limitées en moyens.
La polarisation est nette aussi dans les budgets : 42 % des entreprises investissent plus de 1 000 euros par an dans le numérique, mais 25 % n’y consacrent aucun budget. L’accompagnement, notamment via France Num, reste donc décisif pour réduire ces écarts.

