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Le reflux des défaillances freiné par un mois de septembre plus sévère qu’attendu

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©George Becker / Pexels / Illustration.
Près de 6.800 défaillances ont été enregistrées en septembre : un volume inédit depuis 2009.

Le tiers des procédures sont désormais orientées vers des solutions de rebond, un signe encourageant, même si sept redressements sur dix finissent encore en liquidation.

Le troisième trimestre 2025 devait confirmer un ralentissement des défaillances d’entreprises amorcé au printemps. Il n’en a rien été. Selon le dernier baromètre Altares, 14 371 entreprises ont connu une procédure collective entre juillet et septembre, soit une hausse de 5,2 % sur un an. Un record pour une période estivale, porté par un mois de septembre particulièrement agité.

Un été chahuté, une rentrée glaciale

Près de 6.800 défaillances ont été enregistrées en septembre : un volume inédit depuis 2009. « Le mois de septembre, loin de confirmer les frémissements de début d’été, a refroidi les espoirs d’un retournement », observe Thierry Millon, directeur des études Altares. L’économie française, dit-il, « est plongée dans un épais brouillard ».

Si le rythme de hausse reste modéré en apparence, la structure des défaillances raconte une autre histoire : les liquidations judiciaires directes progressent encore de 3 %, les redressements judiciaires de 11 % et les sauvegardes de 12 %.

Le tiers des procédures sont désormais orientées vers des solutions de rebond, un signe encourageant, même si sept redressements sur dix finissent encore en liquidation.

Les petites entreprises en première ligne

Les petites entreprises de moins de trois salariés concentrent toujours la majorité des sinistres : près de 10.500 défauts, en hausse de 6 % sur un an.

À l’autre extrémité, les structures de 6 à 19 salariés accusent les plus fortes dégradations : +9 % pour les TPE de plus de cinq salariés et +13 % pour les PME de moins de vingt salariés.

Au total, 46 entreprises de plus de 100 salariés ont défailli au troisième trimestre, menaçant à elles seules près de 10.000 emplois. Sur l’ensemble du trimestre, 52.000 postes sont directement exposés, un volume quasi stable par rapport à 2024, mais toujours parmi les plus élevés de la décennie.

Les entreprises les plus anciennes à leur tour fragilisées

Le phénomène n’épargne plus les structures historiquement solides : 2.933 entreprises de plus de quinze ans d’existence ont connu une cessation de paiement, soit une progression de 18 %. « Même les organisations les plus aguerries sont sous pression », souligne Thierry Millon.

À l’inverse, les jeunes sociétés (moins de trois ans) ne sont pas épargnées (+7 %), confirmant la diffusion généralisée des tensions.

Une géographie économique à deux vitesses

Le baromètre Altares dessine une carte contrastée. Certaines régions parviennent à contenir, voire à réduire les défauts :

  • La Bretagne (-10 %),
  • La Provence-Alpes-Côte d’Azur (-4 %),
  • Le Grand Est (-0,4 %).

À l’inverse, plusieurs régions plongent :

  • Le Centre-Val de Loire enregistre la plus forte dégradation (+33 %),
  • Suivi par les Pays de la Loire (+15 %),
  • L’Auvergne-Rhône-Alpes (+14 %),
  • La Nouvelle-Aquitaine (+12 %).

En Île-de-France, la situation reste tendue : la capitale enregistre une flambée de +17 %, qui annule les progrès réalisés dans la plupart des départements franciliens.

Des contrastes sectoriels marqués

Les grands équilibres sectoriels se déplacent. La construction, qui concentre un quart des procédures, ne progresse que de 2 %, un signe de stabilisation : le gros œuvre passe même dans le vert (-4 %), tandis que la promotion immobilière demeure en grande difficulté (+45 %).

Le commerce dans son ensemble reste résilient (+2 %), notamment le commerce de détail alimentaire (-6 %) et les magasins multi-rayons (-20 %).

Mais certaines activités souffrent d’un net contrecoup : les soins à la personne et l’optique s’envolent de +40 %, et l’automobile reste mal orientée (+8 %).

Les services aux entreprises, eux, restent sous tension (+9 %), tirés à la hausse par le nettoyage (+35 %), la sécurité (+20 %) et le conseil en communication et gestion (+13 %). L’industrie manufacturière affiche, de son côté, la plus forte dégradation (+17 %), en particulier dans la métallurgie-mécanique (+54 %) et l’imprimerie (+45 %).

Seules quelques branches parviennent à redresser la barre : le transport routier de marchandises (-15 %) ou l’information-communication (-4 %) confirment que des poches de résistance subsistent dans un climat économique globalement morose.

Des indicateurs encore nerveux, mais quelques signaux d’apaisement

Les perspectives demeurent fragiles, mais Altares note plusieurs points de stabilisation. Les retards de paiement, envolés au printemps au-delà de quatorze jours, commencent à se résorber.

Le taux d’impayés mensuels des PME, calculé par les Urssaf, reste inférieur à 1 %. Et la part des assignations en redressement judiciaire initiées par l’Urssaf demeure bien plus faible qu’avant la pandémie : 24 % contre 35 % en 2019.

Ces indicateurs laissent entrevoir une forme d’accalmie. « Derrière l’épais brouillard de cette rentrée, des opportunités ciblées se profilent déjà », estime Thierry Millon. Les entreprises ont freiné leurs projets d’investissement, mais conservent une marge de manœuvre si la consommation des ménages, encore prudente, se redresse en fin d’année.

Vers une stabilisation fin 2025 ?

Depuis janvier, 50.700 entreprises ont défailli, soit 1.600 de plus qu’à la même période en 2024. En rythme annuel glissant, le seuil des 68.000 défaillances est franchi. Un niveau élevé, mais qui pourrait marquer un palier avant un reflux attendu en 2026.

« Si la consommation ne s’effondre pas, la période des fêtes pourrait offrir un répit salutaire aux petites structures », souligne Altares dans son communiqué.

Les signaux de redressement observés dans certaines régions ou secteurs laissent espérer un quatrième trimestre plus apaisé, même si l’économie reste suspendue aux arbitrages de trésorerie et aux carnets de commandes.


Défaillances d’entreprises T3 2025 : les chiffres à retenir

  • 14.371 défaillances d’entreprises (+5,2 % sur un an)
  • 6.800 procédures ouvertes en septembre, un pic inédit depuis 2009
  • 52.000 emplois menacés au 3e trimestre
  • 30 % des procédures en redressement ou sauvegarde
  • Les TPE de 6 à 19 salariés : +13 % de défauts
  • L’industrie manufacturière : +17 %, secteur le plus touché
  • La Bretagne et la PACA dans le vert, Centre-Val de Loire : +33 %

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