
Depuis janvier, l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS) a mobilisé près de 1,7 milliard d’euros pour protéger les salariés d’entreprises en difficulté.
« Le dispositif joue pleinement son rôle de soutien des entreprises en difficulté et de leurs salariés, en particulier auprès des entreprises de moins de dix salariés, qui représentent environ 85 % des affaires ouvertes », rappelle Antonin Blanckaert, directeur général de l’AGS.
Les chiffres du troisième trimestre 2025 confirment une tendance installée : les défaillances d’entreprises restent à la hausse. Plus de 6.000 affaires ont été ouvertes entre juillet et septembre, soit + 5,7 % par rapport à la même période de 2024. Les avances versées s’élèvent à 581 millions d’euros, également en hausse de 5,3 %.
Les TPE toujours en première ligne
Sur l’ensemble des interventions, les entreprises de moins de dix salariés concentrent près de 85 % des dossiers. Les structures de 1 à 2 salariés représentent à elles seules 45,9 % des cas, suivies des entreprises de 3 à 5 salariés (25,8 %) et de celles de 6 à 9 salariés (13,1 %).
Pour Antonin Blanckaert, cette répartition confirme « le rôle central de l’AGS dans la protection du tissu économique local, fait de petites structures souvent fragilisées ».
Les procédures en redressement judiciaire sont également en hausse : elles concernent désormais 38,4 % des affaires ouvertes, contre 36,2 % un an plus tôt. Les liquidations judiciaires demeurent majoritaires (60 %), dont plus de 91 % sont directes.
L’industrie, premier secteur accompagné
Derrière la tendance globale, un fait marquant : l’industrie devient, au 3e trimestre, le premier secteur accompagné par l’AGS, avec plus de 16.000 salariés aidés, soit près de 20 % des bénéficiaires. Ce secteur enregistre une hausse de 15 % par rapport à 2024.
« Ces données traduisent la pression croissante sur un secteur déjà fragilisé. Comme ailleurs en Europe, les analystes soulignent que la production et la demande ralentissent, tandis que les surcapacités d’autres pays et les coûts énergétiques élevés grèvent la compétitivité », observe Antonin Blanckaert.
La sidérurgie illustre cette situation : depuis 2008, la production d’acier en Europe a reculé de 30 %, effaçant près de 100 000 emplois, tandis que la part européenne dans la production mondiale est tombée de 7 % à 4 %.
En France, la dynamique de réindustrialisation engagée depuis 2017 marque le pas. Les procédures collectives d’entreprises industrielles de plus de 50 salariés ont bondi de 75 % en un an.
Des disparités régionales marquées
La progression des affaires ouvertes n’est pas homogène sur le territoire :
Les Hauts-de-France (+ 14,4 %), Auvergne–Rhône-Alpes (+ 13,6 %) et Provence–Alpes–Côte d’Azur (+ 9,4 %) affichent les plus fortes hausses.
La Normandie (– 10,2 %), la Bourgogne–Franche-Comté (– 10 %) et la Martinique (– 17,4 %) connaissent, elles, un recul notable.
Au total, 82.550 salariés ont bénéficié d’une avance AGS sur le trimestre, soit – 9,3 % par rapport à 2024. Depuis janvier, le nombre cumulé de bénéficiaires atteint 191.000, en repli de 3 %.
Ce recul correspond, selon le rapport, à une normalisation statistique après l’intervention exceptionnelle de 2024, qui concernait plus de 10.000 salariés d’un même groupe.
Commerce et information en progression
Si l’industrie concentre les difficultés, d’autres secteurs connaissent une hausse du nombre de bénéficiaires. Le commerce progresse de 18,5 %, porté par la défaillance de commerces de détail dans l’habillement ou la bijouterie.
Le secteur de l’information et de la communication suit la même tendance (+ 15,5 %), tout comme l’hébergement-restauration (+ 8,2 %). À l’inverse, les services aux entreprises reculent fortement (– 44,7 %), de même que l’immobilier (– 36,4 %) et l’agriculture (– 27,7 %).
Les six principaux secteurs d’activité concentrent plus de 82 % des salariés aidés : Industrie,
- Commerce,
- Services aux entreprises,
- Construction,
- Hébergement-restauration,
- Enseignement-santé-action sociale.
Des montants avancés en hausse
L’AGS a versé 580,9 millions d’euros sur le trimestre, contre 551,5 millions un an plus tôt. Depuis janvier, le total atteint 1,68 milliard d’euros, soit une hausse de 7,8 % sur un an.
Les créances les plus fréquentes :
- Les indemnités de licenciement (24,8 %),
- Les salaires (20,6 %),
- Les préavis (19 %).
« Les chiffres de ce troisième trimestre 2025 illustrent des tensions économiques persistantes et un effet de contagion des difficultés sur des secteurs qui avaient davantage résisté jusqu’à l’année dernière », commente Antonin Blanckaert.
En valeur, le commerce devient le premier secteur en montants avancés (18,8 % du total), devant l’industrie (18,3 %) et les services aux entreprises (16,5 %). Les plus fortes hausses concernent le commerce (+ 41,8 %), les transports (+ 25,5 %) et l’hébergement-restauration (+ 17,3 %).
Récupérations et cotisations : stabilisation et effet de taux
Les récupérations atteignent 151 millions d’euros, un niveau quasi stable (– 0,8 %) sur un an. Depuis janvier, 439,8 millions ont été recouvrés, dont 82,6 % au titre du superprivilège.
Côté cotisations, la progression est nette : 1,31 milliard d’euros recouvrés au 3e trimestre, un montant en hausse grâce au relèvement du taux à 0,25 % depuis juillet 2024.
L’industrie représente plus d’un quart des montants récupérés (25,6 %), suivie du commerce (16,4 %) et des services aux entreprises (14,5 %).
Hausse des contentieux
L’activité juridictionnelle reste soutenue : plus de 4 250 salariés ont saisi les prud’hommes au troisième trimestre, soit + 2,7 %. En parallèle, les avances versées au titre des dommages et intérêts atteignent 35,1 millions d’euros, en hausse de 11,6 %.
Depuis janvier, le total s’élève à 106,7 millions d’euros, contre 100,4 millions un an plus tôt.
« Les chiffres de l’activité de l’AGS illustrent à la fois la résilience du régime et la persistance d’une conjoncture tendue », souligne Antonin Blanckaert.
Un contexte économique sous tension
Entre faible dynamisme de la consommation, incertitude politique et pression financière accrue, la tendance ne semble pas devoir s’inverser rapidement.
Les retards de paiement, la hausse du coût du crédit et le remboursement des dettes Covid continuent de peser sur les trésoreries. « Dans un contexte où la France a fermé davantage d’usines qu’elle n’en a ouvert en 2024, le signal est clair : la dynamique de réindustrialisation amorcée depuis 2017 marque le pas », conclut Antonin Blanckaert.

