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14.371 défaillances d’entreprises au T3 2025

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©Fernando Cortes / Illustration.

Le mois de septembre, à lui seul, concentre près de la moitié des cas, confirmant une rentrée particulièrement difficile pour le tissu économique.

D’après les derniers chiffres publiés par Altares, 14.371 entreprises françaises ont ouvert une procédure de sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire au troisième trimestre 2025. Ce volume marque une progression de 5,2 % sur un an et un niveau rarement observé à cette période de l’année.

Ce rebond s’inscrit dans une tendance installée depuis plusieurs trimestres : les défaillances se rapprochent désormais de leur niveau d’avant-crise sanitaire, voire le dépassent dans certains segments. Si l’économie française résiste globalement, la fragilité d’une grande partie des petites structures reste préoccupante.

Les micro-entreprises toujours en première ligne

Les plus petites sociétés continuent de payer le prix fort. Trois procédures sur quatre concernent des structures de moins de trois salariés, soit près de 10.500 cas.

L’augmentation atteint +6 %, confirmant que les micro-entreprises restent les plus vulnérables face à l’érosion des marges et aux tensions de trésorerie.

Les sociétés employant entre 3 et 5 salariés connaissent une légère accalmie (-3 %), mais la tendance s’inverse dès le palier supérieur : +9 % pour les structures de 6 à 9 salariés et +13 % pour celles de 10 à 19 salariés.

Au-delà de 20 salariés, la hausse se situe dans la moyenne nationale (+5 %), mais la situation devient lourde de conséquences : 46 entreprises de plus de 100 salariés ont fait défaut sur la période, menaçant à elles seules près de 10 000 emplois.

Ces chiffres illustrent un paradoxe bien connu : plus la structure est petite, plus elle est exposée, mais les défaillances des grandes entreprises entraînent des répercussions sociales et économiques considérables.

Des secteurs évoluant à plusieurs vitesses

L’étude dresse un panorama contrasté selon les activités :

La construction, avec 3.505 défaillances, affiche une hausse contenue de +2 %. Le gros œuvre résiste (-4 %), tandis que le second œuvre poursuit sa lente dégradation (+4 %). Le ralentissement des chantiers publics et privés pèse sur les trésoreries, malgré un carnet de commandes encore soutenu au printemps.

Dans le commerce, les 3.007 procédures recensées traduisent une stabilité apparente (+2 %), mais la réalité diffère selon les segments. Le commerce de détail hors automobile recule légèrement (-1 %), alors que l’habillement et les soins optiques enregistrent respectivement +5 % et +40 %. Les arbitrages de consommation se font sentir, en particulier dans les dépenses non prioritaires.

Le secteur industriel subit une accélération des difficultés : 1.002 défaillances (+10 %), tirées par la fabrication manufacturière (+17 %) tandis que l’agroalimentaire reste stable (-1 %). Les entreprises industrielles font face à des coûts de production encore élevés et à des retards de paiement qui grignotent leur trésorerie.

Des territoires en contraste

Les différences régionales se creusent :

Trois régions parviennent à réduire ou stabiliser leur nombre de défaillances : la Bretagne (-10 %), la Provence-Alpes-Côte d’Azur (-4 %) et le Grand Est (-0,4 %). Ces territoires bénéficient souvent d’un tissu de PME plus diversifié et d’un recours accru aux dispositifs d’accompagnement.

À l’inverse, le Centre-Val de Loire enregistre une flambée de +33 %, suivi par les Pays de la Loire (+15 %), Auvergne-Rhône-Alpes (+14 %) et Nouvelle-Aquitaine (+12 %). Les tensions sur les trésoreries y sont particulièrement marquées, notamment dans le commerce et les services.

L’Île-de-France, qui concentre à elle seule près d’un quart des procédures (3.149 cas), présente une hausse moyenne de +3 %. Mais cette moyenne masque un contraste fort : Paris connaît une envolée de +17 %, alors que la petite et la grande couronne restent stables. Sans la capitale, la région francilienne aurait connu une légère amélioration.

Un bilan social préoccupant

Sur le trimestre, 52.000 emplois sont menacés, un volume similaire à celui observé un an plus tôt. Parmi eux, 20.600 sont directement liés à des liquidations judiciaires et 31 400 à des procédures de redressement ou de sauvegarde.

Si la proportion de sauvegardes et redressements augmente, leur efficacité reste relative : sept entreprises sur dix n’en sortent pas, basculant finalement vers la liquidation.

Cette donnée traduit la difficulté à redresser durablement des sociétés déjà très fragilisées par l’inflation, la hausse du coût de l’énergie et la contraction des marges. Elle souligne aussi l’importance d’intervenir en amont, dès les premiers signes de tension financière.

Les services aux entreprises affichent une hausse de +9 %, avec des pics dans le nettoyage (+35 %) et la sécurité (+20 %). L’information-communication fait figure d’exception en enregistrant une baisse de 4 %, portée par des activités numériques plus résilientes.

Quelques signaux d’espoir

Malgré ce tableau sévère, plusieurs indicateurs incitent à nuancer le diagnostic. La part des liquidations directes augmente moins vite que le volume global des défaillances (+3 %), tandis que les procédures de sauvegarde et de redressement gagnent du terrain : elles représentent désormais près de 30 % des ouvertures, contre moins d’un quart en 2021-2022.

Le taux d’impayés reste contenu sous la barre de 1 % pour les PME, preuve que la majorité d’entre elles parvient encore à honorer ses créances malgré les tensions de trésorerie. Enfin, un département sur deux affiche une stabilisation, voire une baisse du nombre de procédures.

Autant de signaux faibles qui montrent que, si la situation demeure délicate, les dirigeants et leurs partenaires économiques semblent mieux outillés pour anticiper et dialoguer avec les tribunaux de commerce ou les organismes d’accompagnement.

Vers une fin d’année décisive

Les prochains mois s’annoncent déterminants. Le ralentissement de la demande, l’allongement des délais de paiement et la prudence accrue des investisseurs créent un climat d’attente.

Cependant, la période des fêtes de fin d’année pourrait offrir un répit salutaire à de nombreuses TPE et PME, en particulier dans le commerce et les services.

La clé réside dans la capacité des dirigeants à réagir tôt : solliciter un appui, renégocier les créances, ajuster les charges et mobiliser les aides disponibles.

L’étude d’Altares rappelle que la majorité des défaillances ne provient pas d’un choc brutal, mais d’une dégradation lente et évitable.

La fin 2025 dira si les entreprises françaises parviennent à stabiliser leur situation avant l’exercice suivant. Mais une chose est sûre : la période actuelle ne laisse plus de place à l’improvisation. Les dirigeants doivent lire dans ces chiffres non pas une fatalité, mais un signal d’alerte à transformer en action.

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