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L’essor des micro-entrepreneurs ne compense plus la stagnation des revenus

©Pok Rie / Pexels / Illustration.
Le régime de l’auto-entrepreneur continue d’attirer massivement, mais les chiffres récents de l’Urssaf montrent une réalité bien plus contrastée.

Derrière la hausse du nombre d’inscrits, les revenus stagnent et le pouvoir d’achat s’érode. Plus d’un auto-entrepreneur sur deux déclare moins de 4.000 euros par an.

Le régime de l’auto-entrepreneur continue d’attirer massivement, mais les chiffres récents de l’Urssaf montrent une réalité bien plus contrastée.

Un statut toujours plébiscité

D’après le dernier bilan publié par l’Urssaf (Stat’Ur n°410, octobre 2025), le régime de l’auto-entrepreneur confirme sa popularité. En 2024, 2,06 millions de personnes ont déclaré un revenu, soit une hausse de 6 % en un an. Le revenu global atteint 15,7 milliards d’euros, en progression de 7,2 % sur l’année.

Mais cette dynamique repose davantage sur la hausse du nombre d’actifs que sur une réelle amélioration individuelle.

En effet, le revenu annuel moyen s’établit à 7.641 euros, en légère hausse en euros courants (+1,2 %), mais en recul de 0,6 % une fois l’inflation prise en compte. Autrement dit, les auto-entrepreneurs sont toujours plus nombreux, mais pas plus riches.

Un revenu réel en baisse

En 2024, l’inflation a ralenti (1,8 %, contre 4,8 % en 2023), mais pas suffisamment pour restaurer le pouvoir d’achat des indépendants.

L’Urssaf souligne que, malgré la modération des prix, le revenu moyen des auto-entrepreneurs continue de reculer en euros constants, confirmant une tendance déjà observée en 2023 (–3,2 %).

Pour de nombreux travailleurs indépendants, le statut reste donc une solution d’activité flexible, mais rarement durable. Plus de 53 % déclarent moins de 4.000 euros de revenu annuel, et à peine 6 % dépassent les 15.000 euros. La part des auto-entrepreneurs déclarant moins de 1.000 euros par an progresse même légèrement, passant de 28,3 % à 28,6 %.

Près de 30 % sont “polyactifs”, combinant leur activité indépendante avec un emploi salarié. Une donnée révélatrice : le régime sert souvent de complément de revenu, non de base d’activité.

Des écarts sectoriels marqués

Les écarts entre secteurs s’accentuent. Les professions libérales conservent la tête du classement, avec un revenu moyen de 9.112 euros, contre 6 746 euros pour les artisans et commerçants.

Certaines branches s’en sortent nettement mieux que d’autres. Les activités de conseil (+4,4 %), de santé (+3,1 %) ou d’informatique (+2,5 %) affichent une progression, preuve que les compétences intellectuelles et techniques conservent une meilleure résistance face aux pressions économiques.

À l’inverse, plusieurs secteurs clés sont en recul :

  • Les taxis-VTC perdent 11,6 % de revenu moyen en un an, après déjà –9,6 % en 2023 ;
  • Le commerce de gros recule de 5 %,
  • Le transport routier de fret de 3,9 %,
  • L’immobilier de 3,2 %.

Dans ces activités, la concurrence accrue et la hausse des coûts d’exploitation rognent les marges, rendant le statut d’auto-entrepreneur de plus en plus contraignant.

Femmes et hommes : un fossé stable

Autre constante mise en lumière par le rapport de l’Urssaf : l’écart de revenu entre les femmes et les hommes.

En 2024, les femmes auto-entrepreneures déclarent en moyenne 6.776 euros, contre 8.372 euros pour les hommes, soit 19 % de différence. Cet écart reste stable depuis 2023. Même à structure équivalente, c’est-à-dire à secteur identique, le revenu féminin demeure inférieur de 16,5 %.

Cette disparité s’explique en partie par la répartition sectorielle : les femmes sont surreprésentées dans les services à la personne et le commerce de détail, moins rémunérateurs, tandis que les hommes dominent les métiers techniques ou du bâtiment. Mais les écarts persistent même à activité comparable, signe d’un déséquilibre durable.

Une géographie des revenus à plusieurs vitesses

Le revenu moyen national de 7.641 euros masque de fortes différences régionales.

  • L’Île-de-France reste la région la plus favorable (8.624 euros),
  • Suivie par La Réunion (7.792 €),
  • Auvergne-Rhône-Alpes (7.679 €),
  • et la Bretagne (7.658 €).

À l’inverse, les revenus les plus faibles sont observés en Corse (6.621 €) et en Guadeloupe (5.916 €).

En euros constants, la plupart des régions enregistrent une baisse, parfois marquée :

  • –5,6 % en Guadeloupe,
  • –4,1 % à La Réunion,
  • –3,4 % en Corse.

Seules quelques régions métropolitaines résistent légèrement, comme l’Île-de-France (+1,1 %) ou les Hauts-de-France (+0,6 %).

Ces disparités régionales reflètent autant la structure économique locale que le coût de la vie et la nature des activités dominantes : prestations intellectuelles dans les grandes métropoles, services de proximité dans les territoires ruraux.

Les indépendants classiques aussi sous pression

La situation n’est guère plus favorable pour les travailleurs indépendants “classiques”, dont les revenus 2023 (dernière année disponible) montrent une stagnation en euros courants (+0,5 %), mais une baisse de 4,1 % en euros constants.

Leur revenu moyen atteint 45.348 euros, soit près de six fois celui des auto-entrepreneurs.

Cette baisse du pouvoir d’achat touche la quasi-totalité des professions, à l’exception des services de santé. 13 % des indépendants déclarent un revenu nul ou déficitaire, un taux stable depuis trois ans.

Les écarts de genre restent comparables à ceux du micro-entrepreneuriat : les femmes perçoivent 20 % de moins que les hommes.

Une vitalité en trompe-l’œil

Le tableau dressé par l’Urssaf illustre un paradoxe : le régime de l’auto-entrepreneur n’a jamais été aussi populaire, mais son rendement économique stagne. La multiplication des immatriculations entretient l’image d’un entrepreneuriat en plein essor, alors que le revenu moyen recule en pouvoir d’achat depuis trois ans.

Cette dynamique interroge la capacité du modèle à soutenir une activité pérenne.

Pour beaucoup, la micro-entreprise constitue un sas entre salariat et indépendance, ou un complément de revenu plutôt qu’un véritable outil de croissance.

Pour les TPE, la situation n’est pas neutre : le recours accru à ces micro-prestataires peut réduire les coûts à court terme, mais entretient une forme de précarisation du tissu productif, où la création d’activité ne rime pas forcément avec création de valeur.

Et maintenant ?

Derrière les chiffres sobres de l’Urssaf, c’est tout un pan de l’économie française qui apparaît sous tension : une économie d’indépendants nombreux, mais fragiles. Le régime simplifié, conçu en 2008 pour encourager l’initiative individuelle, atteint aujourd’hui ses limites structurelles.

Pour les acteurs de terrain — réseaux d’accompagnement, chambres consulaires, collectivités —, l’enjeu est désormais d’aider ces entrepreneurs à transformer l’essai, à structurer leur activité, à diversifier leurs revenus. Car si la France reste un pays d’initiatives, elle peine encore à convertir ce dynamisme en stabilité économique.

Source : Urssaf, Stat’Ur n°410 – octobre 2025, “En 2024, le revenu annuel moyen des auto-entrepreneurs peine à suivre l’inflation”.

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