
Alors que le ministre des Affaires étrangères vient d’exhorter l’Union européenne à « sévir » contre Shein, la CPME insiste sur l’absolue nécessité d’une réaction forte et immédiate de l’Union européenne pour protéger son tissu économique, « avant qu’il ne soit trop tard ».
Pour l’organisation patronale, il y a urgence : « L’Europe doit réagir avant qu’il ne soit trop tard », alerte-t-elle dans un communiqué publié ce mercredi 5 novembre.
La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a salué la prise de position du gouvernement français qui exhorte désormais l’Union européenne à « sévir » contre Shein.
Une réaction à un contexte explosif
L’appel de la CPME intervient alors que les autorités françaises ont récemment intensifié leurs contrôles sur Shein. Plus de 200.000 colis en provenance de la plateforme ont été bloqués et ouverts par la douane française, révélant l’ampleur d’un phénomène d’importation directe qui échappe en grande partie aux réglementations fiscales et de sécurité européennes.
Cela s’ajoute à une affaire plus grave encore : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a saisi le procureur de la République après avoir constaté la commercialisation, sur le site, de poupées sexuelles à caractère pédopornographique. Le gouvernement a depuis annoncé l’engagement d’une procédure visant la suspension de la plateforme en France.
Dans ce contexte, la CPME estime que « les pratiques commerciales brutales de certaines plateformes détruisent notre économie » et appelle à une réponse ferme. « L’Union européenne ne peut pas rester spectatrice d’une situation qui fragilise à ce point ses entreprises et ses citoyens-consommateurs », insiste la confédération dans son communiqué de presse.
Les commerces de proximité en première ligne
Depuis plusieurs mois, la CPME multiplie les alertes sur les conséquences économiques de cette concurrence déloyale. « Il suffit de regarder autour de soi pour constater la véritable hécatombe des commerces non alimentaires », souligne l’organisation.
Le modèle économique de la fast fashion, basé sur des volumes massifs et des prix cassés, menace directement les petits commerces et les artisans. « Nos entreprises, qui respectent les règles sociales et environnementales européennes, ne peuvent rivaliser avec des produits vendus à perte et expédiés sans contrôle depuis l’autre bout du monde », déplore encore la CPME.
Les conséquences se font sentir dans toutes les villes : fermetures de boutiques, perte de rentabilité, disparition progressive des acteurs indépendants.
- Les produits importés à bas prix permettent à Shein et à ses concurrents de casser les prix de manière systématique.
- Les entreprises françaises, contraintes par les règles européennes, ne peuvent suivre sans compromettre leur rentabilité.
- L’ouverture de points de vente physiques par la plateforme en France ajoute une dimension symbolique à cette concurrence déjà jugée déloyale.
- Enfin, les importations directes, hors réseau de distribution classique, privent les collectivités et les acteurs locaux des retombées économiques habituelles.
Des mesures fortes pour rétablir l’équité
Face à cette situation, la CPME formule plusieurs propositions :
Elle réclame d’abord la suppression de la franchise douanière sur les petits colis, un dispositif qui permet aujourd’hui à des millions d’envois d’échapper aux taxes.
Elle propose aussi la mise en place de frais de gestion minimum de cinq euros par article pour tout colis de moins de 150 euros provenant de pays extérieurs à l’Union européenne.
La confédération appelle également à « renforcer sans délai les contrôles de conformité sur les produits importés », à interdire la publicité pour la fast fashion et à déférencer les plateformes ne respectant pas les normes européennes. Ces mesures, selon elle, permettraient de rétablir une concurrence loyale et d’envoyer « un signal clair » aux géants du e-commerce.
« Les États-Unis ont su réagir rapidement et faire chuter drastiquement le nombre de colis en provenance de Chine », rappelle la CPME. « Il est temps que l’Europe prouve qu’elle est capable, elle aussi, de défendre son économie. »
Un enjeu de souveraineté économique
Au-delà du seul cas Shein, la CPME inscrit cette prise de position dans une réflexion plus large sur la souveraineté économique européenne. Pour ses représentants, l’enjeu dépasse la question textile : il concerne la capacité de l’Europe à protéger ses filières productives face à des modèles économiques qui exploitent les failles du marché unique.
« Si rien n’est fait, les entrepreneurs finiront par s’interroger sur l’utilité même des instances européennes », prévient la confédération. Une mise en garde qui résonne comme un avertissement politique autant qu’économique.
Se mobiliser pour défendre les entreprises locales
La CPME en appelle désormais à la mobilisation de tous les acteurs : entreprises, commerçants, fédérations et pouvoirs publics. « Protéger nos entreprises, c’est protéger nos emplois et notre modèle social », conclut la confédération.
Les entrepreneurs sont invités à se rapprocher de la CPME pour suivre l’évolution des mesures proposées à Bruxelles et faire entendre leur voix dans le débat européen.

