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Trésorerie en berne, investissement en retrait : comment les TPE-PME naviguent dans un climat politique instable

©nundigital / NunDigital / Illustration.
Dans un environnement où chaque investissement compte et où la demande tarde à repartir, nombre de dirigeants avancent avec retenue, en attendant des signaux plus stables pour engager durablement leurs ressources.

L’édition T4 2025 de l’étude Bpifrance Le Lab / Rexecode publiée le 13 novembre dernier dessine une économie de proximité en pilotage prudent. Les entreprises manquent de visibilité, voient leur trésorerie s’effriter et renoncent à des projets stratégiques. Plus que les difficultés de financement, c’est l’absence de repères politiques et économiques qui contraint les décisions.

À l’automne 2025, les dirigeants de TPE et PME avancent à vue. L’étude montre un paysage économique assombri par une trésorerie qui se détériore, une demande qui s’affaisse et une incertitude politique devenue un facteur structurant des décisions stratégiques.

Alors que l’économie française continue de croître modestement, les petites entreprises, elles, peinent à se projeter.

Une trésorerie qui se dégrade trimestre après trimestre

La photographie livrée par l’enquête est sans appel : le solde d’opinion relatif à l’évolution récente de la trésorerie recule à −27, un niveau très inférieur aux années pré-Covid. Plus d’un tiers des dirigeants déclarent une dégradation de leur trésorerie au cours des trois derniers mois, tandis que seuls 9 % constatent une amélioration.

Le jugement sur la trésorerie actuelle reste lui aussi orienté négativement (−23), confirmant un repli quasi continu depuis la fin 2021. Les anticipations ne sont guère plus optimistes : les perspectives à trois mois tombent à −22, nettement sous leur moyenne historique.

Dans ce climat déjà pesant, un élément vient alléger légèrement la pression : la réduction des délais de paiement des clients. Le solde d’opinion repasse à +8, en ligne avec son niveau historique. Les délais fournisseurs, eux, demeurent stables. Une combinaison qui, ponctuellement, améliore le « solde commercial » subi par les entreprises.

Un accès au crédit courant qui se tend

Si 61 % des PME/TPE ont eu recours au crédit pour financer leur exploitation courante, elles sont désormais 22 % à rencontrer des difficultés, bien au-dessus de la moyenne des années précédentes. La proportion reste limitée, mais l’évolution traduit une atmosphère plus lourde dans les relations bancaires.

Cette hausse intervient alors même que le crédit reste, dans l’esprit des dirigeants, un obstacle moins déterminant que la faiblesse de la demande ou la visibilité économique globale. Mais combinée à une trésorerie affaiblie, elle ajoute un niveau supplémentaire d’inconfort.

L’investissement décroche

La baisse des intentions d’investissement constitue l’un des signaux les plus marquants du trimestre.

Seuls 39 % des dirigeants prévoient d’investir cette année, un point bas inédit depuis la crise sanitaire.

Le solde d’opinion sur l’évolution des montants investis plonge à −29, loin de la moyenne historique de −5.

Pour les entreprises qui maintiennent un budget d’investissement, les priorités restent très « défensives » : renouvellement des équipements, modernisation, mise aux normes.

Les projets plus stratégiques — extension des capacités, lancement de nouveaux produits ou services — sont repoussés.

La part des investissements environnementaux recule aussi, passant à 29 % des dirigeants, contre 37 % un an plus tôt. Une dynamique qui s’explique moins par un désintérêt que par des arbitrages budgétaires de plus en plus serrés.

Quels sont les freins identifiés par les dirigeants ?

Selon l’étude, trois freins dominent :

  • 66 % des dirigeants citent une demande insuffisante — actuelle ou anticipée — un niveau qui atteint un record hors période Covid ;
  • 33 % évoquent les difficultés de recrutement, un niveau en repli marqué et proche des plus bas observés depuis 2020 ;
  • 31 % pointent la concurrence.

L’accès au financement, souvent mis en avant comme facteur de blocage, reste loin derrière.

Les approvisionnements, encore un point de fragilité

Après plusieurs années marquées par des tensions sur les chaînes logistiques, les difficultés d’approvisionnement semblent s’atténuer : 37 % des entreprises y sont encore confrontées, et seulement 5 % jugent qu’elles affectent fortement leur activité.

Pour autant, la visibilité reste faible : 42 % des dirigeants se disent incapables d’anticiper la fin de ces perturbations.


Une incertitude politique omniprésente

C’est un marqueur clé de cette édition du baromètre : l’instabilité politique française influence directement les décisions économiques. Pas moins de 92 % des dirigeants craignent un impact négatif, dont 62 % d’une ampleur importante, un niveau record depuis début 2024.

Cette inquiétude s’est renforcée à la suite du vote de confiance du 25 août et des discussions budgétaires autour du projet de loi de finances 2026. Le manque de visibilité sur la politique économique devient un frein décidant à part entière.

Un impact direct sur l’emploi et l’investissement

Selon l’étude, seuls 37 % des dirigeants maintiennent leurs projets d’embauche, contre 50 % quelques mois plus tôt. Le report progresse fortement, tout comme les annulations.

Parallèlement, les projets d’investissement sont encore plus exposés :

Projets Maintien Report Annulation
Investissement (T4 2025) 29 % 49 % 23 %

Ces décisions s’expliquent presque unanimement par deux facteurs :

  • le manque de visibilité politique (79 %) ;
  • la faible visibilité sur la demande adressée aux entreprises (70 %).

Les conditions de financement, pourtant régulièrement citées dans le débat public, arrivent loin derrière (16 %).

Les taux souverains, un autre facteur d’inconfort

L’augmentation de l’écart de taux entre la France et l’Allemagne — désormais autour de 80 points de base — se répercute sur les crédits aux entreprises.

  • 26 % anticipent un accès plus difficile au crédit,
  • 31 % prévoient des prêts plus coûteux.

Même si ce sujet reste secondaire face à la demande ou à la fiscalité, il contribue à la prudence ambiante.


Comment restaurer la confiance ?

Pour les dirigeants interrogés, les conditions d’un regain de confiance passent par :

  • une meilleure visibilité sur les finances publiques (68 %) ;
  • un retour de la confiance des ménages (47 %) ;
  • une baisse des tensions géopolitiques et commerciales (36 %) ;
  • une vision plus claire de l’évolution des normes (28 %).

Fait notable, un tiers des chefs d’entreprise estiment pourtant que leur activité résiste mieux que ne le suggère la tonalité médiatique. De quoi tempérer légèrement le tableau, sans en masquer les fragilités structurelles.

Note : 1 sur 5.

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