
Les résultats de l’étude montrent que la dynamique est enclenchée en France, même si les écarts persistent selon la taille des organisations et leur capacité à absorber ces transformations.
Alors que l’IA s’installe dans les usages, une étude d’IBM révèle que plus d’une entreprise française sur deux observe déjà des gains de productivité, malgré des progrès encore inégaux.
L’étude « The Race for ROI », publiée par IBM le 18 novembre 2025, permet de mieux s’y retrouver sur l’adoption de l’intelligence artificielle dans les entreprises françaises.
Les résultats montrent un mouvement désormais installé : l’IA n’est plus fantasmée, perçue comme un horizon lointain, mais comme un outil qui transforme déjà les organisations.
Reste que tous les acteurs n’en tirent pas encore les mêmes bénéfices, en particulier les petites et moyennes entreprises et le secteur public.
Interrogés dans le cadre de l’enquête, 60 % des dirigeants français estiment que leur entreprise a enregistré des gains tangibles de productivité opérationnelle grâce à l’IA.
Un signal qui confirme l’entrée dans une phase plus mature, marquée par des usages étendus et un pilotage mieux structuré.
Mieux encore, 13 % des entreprises déclarent avoir atteint leurs objectifs de retour sur investissement, tandis que 42 % visent ce résultat d’ici douze mois. Pour justifier cet optimisme, elles citent notamment :
- des gains de temps (51 %),
- une hausse de la satisfaction des collaborateurs (45 %),
- un Net Promoter Score en progression (45 %),
- une diminution des coûts (42 %),
- une dynamique de revenus plus favorable (35 %).
L’arrivée d’agents IA plus autonomes devrait amplifier ce mouvement. Selon l’étude, 91 % des dirigeants anticipent un retour mesurable dans les deux ans, signe que la technologie est perçue comme un accélérateur de transformation interne.
Des effets déjà visibles, mais inégalement répartis
Les secteurs les plus avancés confirment cette montée en puissance. Le service client arrive en tête des domaines où l’IA génère les gains les plus forts (31 %), suivi par l’informatique et le développement logiciel (28 %).
La publicité et le marketing complètent le trio (24 %), preuve que la création de contenus, l’analyse comportementale ou l’automatisation des campagnes font désormais partie des usages standardisés.
Les dirigeants identifient trois retombées majeures :
- Une prise de décision améliorée (48 %),
- Une efficacité opérationnelle renforcée (47 %),
- Une montée en compétences permise par l’automatisation des tâches répétitives (42 %).
Mais les améliorations ne sont pas uniformes. Seules 48 % des PME affirment avoir constaté un effet significatif sur leur productivité, contre 65 % des grandes entreprises.
Du côté du secteur public, l’adoption reste plus lente : 47 % seulement des organisations interrogées font état d’un bénéfice marqué, ce qui traduit une mise en œuvre plus progressive et un cadre réglementaire plus contraignant.
Pas d’IA sans humain
L’étude souligne un point clé : les performances obtenues dépendent autant de la technologie que de l’organisation interne. La pénurie de talents apparaît comme un frein majeur pour 68 % des dirigeants lorsqu’il s’agit de développer des pilotes IA, et pour 64 % d’entre eux lors du passage à une diffusion plus large.
Plutôt que de privilégier les recrutements externes — une option citée par seulement 24 % — les entreprises misent sur l’évolution des compétences.
Trois axes se détachent dans l’étude :
- Encourager l’apprentissage autonome et l’expérimentation des outils d’IA (39 %),
- Utiliser l’IA pour analyser les besoins en formation (36 %),
- Proposer des formations adaptées à chaque fonction (35 %).
Les organisations ayant déjà déployé des outils IA constatent que les collaborateurs gagnent du temps sur les activités à forte valeur : analyse stratégique, développement de nouvelles idées, montée en compétences.
À l’inverse, pour les entreprises plus hésitantes, la participation des équipes aux choix d’usages et aux pilotes conditionne largement la décision d’investir.
Elles sont ainsi 78 % à estimer indispensable d’associer les salariés à la définition des cas d’usage.
Le passage obligé par la sécurité, la conformité et l’éthique
La question de la maîtrise des risques occupe une place centrale dans l’étude. Plus de deux tiers des entreprises interrogées considèrent la sécurité, la confidentialité et les questions éthiques comme un frein au lancement ou à l’extension des projets IA.
Ces préoccupations sont encore plus marquées lorsqu’il s’agit de déployer des agents IA plus autonomes, un tiers des organisations évoquant la menace de failles ou de violations de données, ainsi que les enjeux de conformité.
La majorité des entreprises s’organisent en conséquence : 77 % impliquent déjà les équipes RH, juridiques et informatiques pour garantir un usage conforme et responsable des outils.
Par ailleurs, 74 % utilisent l’IA pour transformer leur modèle de gestion des risques et passer d’évaluations ponctuelles à une surveillance continue, signe que les outils sont perçus à la fois comme une source de risques et comme un moyen de mieux les maîtriser.
Dans un contexte de montée en puissance des agents IA, Béatrice Kosowski, Présidente d’IBM France, observe une évolution rapide : plus d’une entreprise française sur deux mesure désormais les gains de productivité liés à l’IA, ce qui confirme l’ancrage opérationnel de la technologie.
Pour accélérer cette adoption, elle insiste sur la nécessité de renforcer la confiance autour des questions de sécurité, d’éthique ou de protection des données.
Quelles sont les plus grandes attentes des entreprises ?
L’étude met également en avant les attentes fortes des organisations quant aux conditions techniques d’adoption.
Pour 81 % des dirigeants, la transparence des systèmes et des modèles demeure incontournable. De leur côté, 82 % estiment indispensable l’interopérabilité afin de permettre une intégration fluide dans les architectures existantes.
Enfin, 83 % souhaitent garder la main sur le choix des solutions et des fournisseurs, un signe que la flexibilité reste un facteur stratégique d’adaptation.
Cinq repères pour accélérer le retour sur investissement
L’étude IBM formule cinq recommandations destinées aux dirigeants souhaitant structurer leur démarche IA :
- diffuser une culture de l’innovation et une connaissance partagée des outils, du comité de direction aux nouvelles recrues ;
- accepter les cycles rapides d’évolution technologique et encourager des approches expérimentales ;
- intégrer une lecture précise des risques — réglementaires, opérationnels et réputationnels — avant chaque déploiement ;
- créer un comité IA destiné à encadrer les principes d’usage, les risques et l’analyse des projets les plus sensibles ;
- établir un modèle opérationnel clair, compréhensible par tous et compatible avec une montée en charge progressive.
Ces axes témoignent d’un point de convergence : l’IA s’impose comme un sujet organisationnel autant que technologique. Les entreprises qui structurent leur approche semblent mieux armées pour obtenir un retour sur investissement rapide, en particulier lorsque les équipes sont associées aux choix et à la gouvernance.
À mesure que les outils deviennent plus sophistiqués et que les agents IA gagnent en autonomie, la capacité des organisations à articuler technologie, méthode et compétences humaines s’affirme comme un marqueur de maturité.

