Temps de lecture estimé : 3 minutes

Les effectifs en contrat d’alternance reculent en effet de -4,5 % sur le trimestre, dans « un contexte de diminution des aides à l’embauche ».
C’est le signal le plus marquant du dernier communiqué de l’Urssaf sur l’emploi privé au troisième trimestre 2025 : l’alternance décroche brutalement, bien plus que le reste de l’emploi. Les effectifs en contrat d’alternance reculent en effet de -4,5 % sur le trimestre, dans « un contexte de diminution des aides à l’embauche ».
Ce recul ne constitue pas seulement une statistique sectorielle. Il pèse directement sur la dynamique globale de l’emploi dans le privé, et contribue à la baisse générale de -0,1 % des effectifs salariés sur le trimestre, soit 12.600 postes supprimés.
Quand l’alternance cesse d’être un amortisseur
Durant les années post-Covid, l’alternance avait joué un rôle central : injecter de nouvelles compétences en entreprise, rajeunir les effectifs et faciliter l’intégration de jeunes dans le marché du travail.
Avec la réduction des soutiens publics, ce modèle s’est grippé.
Dans l’industrie, la baisse des effectifs est directement portée par celle de l’alternance. Le secteur perd près de 5.000 postes sur le trimestre — un recul significatif pour un secteur déjà fragilisé.
Ces chiffres traduisent le fait que les entreprises continuent d’embaucher, mais de façon plus prudente, plus court-terme, moins formatrice.
Un marché de l’emploi qui se tasse
Au-delà de l’alternance, l’emploi salarié dans le privé marque un léger retrait ce trimestre et une baisse de -0,2 % sur un an.
Mais un élément vient tempérer ce signal : le niveau global de l’emploi reste supérieur de plus de 1,2 million de postes par rapport à fin 2019, avant la crise sanitaire.
Le tertiaire hors intérim ne perd quasiment aucun poste sur le trimestre, et reste même en légère hausse sur un an.
La construction, elle, se stabilise après une série de trimestres négatifs, même si elle demeure en recul en comparaison annuelle.
Autre signal important : les effectifs salariés de plus de 55 ans poursuivent leur progression, avec +1,3 % sur le trimestre et +2,5 % sur un an.
Ce chiffre renvoie à des tendances prononcées :
- vieillissement de la main-d’œuvre,
- moindre renouvellement par les jeunes,
- arbitrages économiques défavorables aux contrats de formation.
La masse salariale progresse
Même avec des effectifs légèrement en baisse, le salaire moyen par tête continue de progresser sur l’année.
Le pouvoir d’achat des salariés s’améliore également, grâce à une inflation contenue.
C’est un point clé :
- moins de salariés
- mais un coût salarial moyen plus élevé
Autrement dit, le travail coûte davantage par personne, ce qui peut renforcer les arbitrages défavorables à l’embauche d’alternants — considérés comme un investissement à long terme.
L’alternance, le nouveau baromètre RH ?
Ce décrochage de l’alternance révèle un mouvement plus profond :
- réduction des dépenses de formation,
- stratégie d’embauche centrée sur l’opérationnel immédiat,
- moindre prise de risque sur les profils en construction.
Quand les aides à l’embauche sont généreuses, l’alternance est valorisée ;
Quand elles se contractent, elle redevient un coût présent pour un bénéfice futur — et les entreprises semblent moins prêtes à assumer ce pari.

