
En six ans, le nombre d’employeurs ayant recruté au moins un apprenti préparant un diplôme bac+2 ou plus est passé de 55.100 à 212.300.
Derrière cette accélération se trouvent des dispositifs publics puissants, des besoins économiques changeants et une transformation progressive du regard des entreprises sur l’alternance.
Entre 2018 et 2024, l’apprentissage dans le supérieur a connu une croissance spectaculaire. La Dares, qui observe attentivement l’évolution du dispositif depuis plusieurs années, retrace une progression rarement observée dans les politiques d’emploi.
En six ans, le nombre d’employeurs ayant recruté au moins un apprenti préparant un diplôme bac+2 ou plus est passé de 55.100 à 212.300.
Une multiplication par quatre qui dépasse largement le simple effet d’entraînement de la réforme de 2018.
Les chiffres de la Dares montrent une dynamique très solide, portée par une adhésion large d’entreprises qui n’avaient jamais eu recours à l’apprentissage auparavant.
Et tandis que les règles de financement évoluent en 2025, le mouvement se poursuit, mais dans un cadre plus structuré.
| Secteur | 2018 | 2024 | Évolution (points) |
|---|---|---|---|
| Tertiaire (global) | 70 % | 82 % | +12 |
| Commerce | 21 % | 25 % | +4 |
| Activités de soutien aux entreprises | 20 % | 20 % | stable |
| Industrie | 16 % | 9 % | −7 |
| Construction | 8 % | 6 % | −2 |
| Agriculture | 6 % | 3 % | −3 |
| Source : Dares — répartition sectorielle 2018 vs 2024 | |||
Une montée en puissance soutenue par la réforme de 2018 et l’effet “2020”
La loi de 2018 ouvre une première séquence de modernisation. Elle simplifie le fonctionnement du système, clarifie les financements et élargit les possibilités d’accès.
La Dares souligne déjà, à partir de 2019, une première hausse du nombre d’employeurs engageant un apprenti du supérieur.
Mais c’est véritablement en 2020 que le paysage bascule. Pour soutenir l’emploi des jeunes en pleine crise sanitaire, les pouvoirs publics instaurent une aide exceptionnelle à l’embauche, accessible jusqu’au niveau bac+5.
La Dares enregistre alors un bond immédiat sur le nombre de nouveaux employeurs.
En un an, ils passent à 78 800, soit une hausse de 43.000 structures. Jamais le dispositif n’avait été autant sollicité.
L’année suivante amplifie encore la dynamique. En 2021, près de 90.600 entreprises recrutent un apprenti du supérieur pour la première fois.
L’alternance prend alors un statut nouveau : celui d’un mode d’intégration des jeunes parfaitement identifié, utilisé aussi bien par les TPE/PME que par les grands groupes.
| Taille de l’entreprise | 2018 | 2024 | Évolution (points) |
|---|---|---|---|
| Moins de 10 salariés | 46 % | 59 % | +13 |
| 10 à 49 salariés | — | — | — |
| 50 salariés et plus | 25 % | 14 % | −11 |
| 250 salariés ou plus | 9 % | 4 % | −5 |
| Source : Dares — répartition selon la taille de l’entreprise, 2018 vs 2024 | |||
Les chiffres confirment un déplacement durable dans les pratiques RH, loin d’une phase conjoncturelle liée à la crise.
Cet élan repose sur plusieurs facteurs. Le soutien financier immédiat sécurise les décisions, mais ne suffit pas à expliquer la durée du phénomène.
Pour beaucoup de dirigeants, l’arrivée d’un apprenti représente une solution souple face à des recrutements parfois difficiles.
L’apprentissage devient un moyen d’introduire rapidement des compétences ciblées, tout en structurant une forme de transmission interne.
Une diffusion massive dans le tertiaire et les très petites entreprises
La Dares observe également une recomposition sectorielle nette. Les employeurs issus du tertiaire représentent 82 % de ceux qui recrutent un apprenti du supérieur en 2024.
Cette concentration reflète la montée en puissance des fonctions commerciales, administratives, numériques et de gestion dans l’économie.
Les métiers de la vente, du marketing, de la communication, mais aussi des services techniques et juridiques s’inscrivent pleinement dans ce mouvement.
Les petites structures jouent un rôle considérable dans cette croissance.
En 2024, 59 % des employeurs qui recrutent un apprenti du supérieur comptent moins de 10 salariés.
Six ans plus tôt, ce taux n’était que de 46 %. Le recours à l’alternance n’est plus l’apanage des organisations structurées : il devient une approche courante dans les TPE, qui y voient un moyen de renforcer leurs équipes avec des profils plus qualifiés, dans un contexte de forte concurrence sur le marché du travail.
Pour autant, les grandes entreprises n’abandonnent pas le terrain. Même si elles représentent seulement 4 % des employeurs, elles concentrent encore près d’un tiers des contrats.
Leur capacité d’accueil et leurs dispositifs internes de formation expliquent cette stabilité.
Les caractéristiques des apprentis recrutés reflètent également l’évolution de l’offre. La Dares montre une majorité de jeunes âgés de 20 à 25 ans, inscrits dans des formations bac+3 à bac+5.
Ces profils, plus avancés dans leur parcours, correspondent davantage aux besoins opérationnels des entreprises qui recherchent une contribution rapide, notamment dans les équipes commerciales, informatiques et managériales.
La géographie du phénomène évolue elle aussi. Les zones urbaines denses concentrent une part croissante des employeurs du supérieur, favorisées par la présence de centres de formation et la densité du tissu tertiaire.
À l’inverse, les zones rurales reculent légèrement, même si l’apprentissage y demeure une voie importante pour les secteurs agricoles ou artisanaux.
| Secteur | 2018 | 2024 | Évolution (points) |
|---|---|---|---|
| Tertiaire (global) | 70 % | 82 % | +12 |
| Commerce | 21 % | 25 % | +4 |
| Activités de soutien aux entreprises | 20 % | 20 % | stable |
| Industrie | 16 % | 9 % | −7 |
| Construction | 8 % | 6 % | −2 |
| Agriculture | 6 % | 3 % | −3 |
| Source : Dares — répartition sectorielle 2018 vs 2024 | |||
2025 : un nouveau décret qui reconfigure la prise en charge
Si la dynamique observée par la Dares jusqu’en 2024 repose sur une prise en charge publique très large, l’année 2025 marque un tournant.
Avec un nouveau décret, le financement de l’apprentissage devient plus structuré, introduisant certaines obligations nouvelles pour les entreprises.
L’aide à l’embauche est maintenue, MAIS révisée :
Les entreprises de moins de 250 salariés perçoivent désormais 5.000 euros la première année, tandis que celles de plus grande taille reçoivent 2.000 euros.
Le montant atteint 6.000 euros lorsque l’apprenti est en situation de handicap.
Objectif :maintenir l’attractivité du dispositif tout en ajustant l’effort en fonction de la taille des structures.
Le changement le plus notable concerne les formations de niveau bac+3 et plus. À partir du 1er juillet 2025, les employeurs contribuent directement au financement de la formation, pour un montant d’environ 750 euros par contrat.
Après plusieurs années durant lesquelles l’État assumait la quasi-totalité de la charge, cette participation marque une transition vers un modèle plus partagé.
Le décret introduit aussi une proratisation au jour près des financements versés aux centres de formation, assortie d’un solde de 10 % versé après service fait. Ce système, plus précis, appelle un suivi administratif plus rigoureux.
Enfin, certaines formations très largement dispensées à distance voient leur prise en charge minorée, afin d’encourager des modalités pédagogiques plus équilibrées.
Une dynamique qui se stabilise sans s’essouffler
Pour les entreprises, l’apprentissage du supérieur n’est plus une exception. La Dares souligne d’ailleurs que les employeurs entrés dans le dispositif en 2020 et 2021 y restent largement fidèles par la suite.
Les recrutements ne se poursuivent plus au même rythme qu’au pic de 2021, mais le niveau global reste élevé.
Avec les évolutions réglementaires, le modèle devient plus exigeant, mais aussi plus prévisible. La participation financière, bien que modeste, incite les entreprises à anticiper davantage leurs besoins. L’ajustement des financements pousse les centres de formation à revoir certaines de leurs pratiques.
Les relations entre entreprises, CFA et opérateurs de compétences entrent dans une phase plus technique.
Pour autant, la dynamique de fond demeure. L’apprentissage du supérieur s’est installé durablement dans les pratiques RH.
Les entreprises y voient un moyen de former des talents adaptés à leurs besoins, tout en favorisant une intégration progressive.
Les chiffres de la Dares montrent que le mouvement enclenché en 2018 n’a cessé de s’amplifier, au point de remodeler la relation entre formation et entreprise. La réforme de 2025 ne met pas fin à cet élan : elle en redéfinit simplement les contours.

