Temps de lecture estimé : 5 minutes

2,1 % au printemps, 2 % à l’automne : après des mois de progression soutenue, les salaires de base dans le secteur privé commencent à s’essouffler.
Les dernières données de la Dares sur l’évolution des salaires de base au troisième trimestre 2025 confirment une tendance inattendue : après une progression de 2,1 % au deuxième trimestre, la hausse sur un an ralentit légèrement pour s’établir à 2 %.
Un recul modeste, mais symbolique, qui interroge sur la capacité des entreprises à maintenir le rythme des augmentations salariales dans un contexte économique encore marqué par l’incertitude.
Faut-il y voir un simple ajustement conjoncturel ou le début d’une tendance plus durable ? Les éléments de réponse se trouvent dans les détails des chiffres, mais aussi dans les arbitrages que doivent opérer les employeurs entre compétitivité et pouvoir d’achat.
Un ralentissement significatif
Au troisième trimestre 2025, l’indice du salaire mensuel de base (SMB) progresse de 0,3 %, un rythme identique à celui du salaire horaire de base des ouvriers et employés (SHBOE).
Sur un an, la hausse atteint 2 %, contre 2,1 % le trimestre précédent. Une différence de 0,1 point qui peut sembler minime, mais qui traduit une inflexion notable dans un environnement où chaque dixième de point compte.
Plusieurs facteurs expliquent cette modération :
- Un contexte inflationniste toujours présent, même si l’inflation a ralenti à 1,1 % sur un an. Les entreprises restent prudentes, craignant que des hausses salariales trop généreuses ne se traduisent par une perte de marges ou une augmentation des prix.
- Des anticipations économiques moins optimistes : après une année 2024 marquée par des tensions sur les coûts et des incertitudes géopolitiques, les employeurs adoptent une approche plus défensive en matière de rémunération.
- Un marché du travail qui se rééquilibre : dans certains secteurs, les difficultés de recrutement s’atténuent, réduisant la pression à la hausse sur les salaires.
Quelles sont les tendances dans les différents secteurs d’activité ?
Si la tendance globale est au ralentissement, tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne.
L’industrie et le tertiaire affichent une progression de 0,3 % sur le trimestre, tandis que la construction se contente de 0,2 %.
Sur un an, l’industrie conserve une légère avance (2,1 %) par rapport au tertiaire (2 %), mais l’écart reste limité.
Certains domaines résistent mieux que d’autres :
- L’industrie chimique et pharmaceutique maintient une croissance salariale soutenue, avec des hausses annuelles de 2,6 % et 2,7 %.
- Le commerce et l’hébergement-restauration restent stables, autour de 2,2 %.
- Les activités financières et d’assurance, en revanche, voient leur progression ralentir, à peine supérieure à 2 %.
Ces variations reflètent les spécificités de chaque secteur, mais aussi leur capacité à absorber ou à répercuter les coûts salariaux.
Un gain réel limité pour les salariés
Avec une inflation de 1,1 % sur un an, le gain réel des salariés se réduit comme une peau de chagrin.
En euros constants, la progression du SMB et du SHBOE n’atteint que 0,9 %, soit à peine plus que la stagnation.
Pour les ménages, cela signifie que l’augmentation des salaires ne se traduit que marginalement par une amélioration du pouvoir d’achat.
Une situation qui pose question : dans un contexte où les attentes des salariés en matière de rémunération restent élevées, comment les entreprises peuvent-elles concilier modération salariale et satisfaction de leurs équipes ?
Quelles perspectives pour les prochains mois ?
Les résultats provisoires du quatrième trimestre 2025, attendus pour février 2026 (toujours fournis par la Dares, permettront d’y voir plus clair.
Plusieurs scénarios sont envisageables :
- Une stabilisation autour de 2 % : si l’inflation reste maîtrisée et que la croissance économique ne déçoit pas, les entreprises pourraient maintenir ce rythme de hausse, jugé raisonnable.
- Un nouveau ralentissement : en cas de dégradation de la conjoncture ou de remontée de l’inflation, les augmentations salariales pourraient être encore plus contenues.
- Un rebond inattendu : si les tensions sur le marché du travail s’accentuent à nouveau, les entreprises pourraient être contraintes d’accélérer les hausses pour retenir leurs talents.
En résumé :
- La progression des salaires de base ralentit légèrement, passant de 2,1 % à 2 % sur un an.
- L’inflation et la prudence des entreprises expliquent cette modération.
- Les disparités sectorielles persistent, avec une industrie toujours plus dynamique que le tertiaire.
- Le gain réel pour les salariés reste limité, autour de 0,9 %.
Cette tendance invite à une réflexion plus large : les entreprises peuvent-elles se permettre de ralentir encore la progression des salaires sans risquer de démotiver leurs équipes ou de perdre en attractivité ? La réponse dépendra de leur capacité à trouver un équilibre entre rigueur budgétaire et reconnaissance du travail…

