
Face aux incertitudes politiques et budgétaires, Sébastien Lecornu s’est adressé directement aux chefs d’entreprise pour tenter de dissiper leurs inquiétudes. Dans une tribune publiée dans Les Échos, le Premier ministre défend un budget qu’il reconnaît imparfait, mais qu’il juge indispensable pour éviter l’immobilisme et redonner de la visibilité à l’économie française à l’horizon 2026.
Après l’annonce de mesures en faveur du pouvoir d’achat des ménages, le chef du gouvernement assume un choix clair : mieux vaut disposer d’un cadre budgétaire perfectible que prolonger l’incertitude.
Dans un contexte qu’il qualifie lui-même d’exceptionnel, il affirme avoir entendu la principale attente du monde économique : la prévisibilité, condition selon lui pour investir, recruter et tenir les engagements pris.
Réduction des déficits et stabilité pour les entreprises
L’exécutif met en avant l’adoption du budget de la Sécurité sociale, qui doit permettre de ramener son déficit de 23 milliards d’euros à moins de 20 milliards en 2026, sans remettre en cause le fonctionnement du modèle social. Si le texte n’atteint pas la perfection, la trajectoire de redressement des finances publiques demeure, selon le Premier ministre, une priorité durable.
Concernant les finances de l’État, l’objectif affiché reste inchangé : ramener le déficit public à 5 % du PIB, sans sacrifier ni la croissance ni la cohésion sociale. Dans cette perspective, 2026 est présentée comme une année de stabilité pour les entreprises, en particulier pour les PME et les ETI, décrites comme le socle productif du pays.
Pour Sébastien Lecornu, prolonger les débats budgétaires serait incompréhensible au regard de l’intensification de la concurrence internationale.
Coût du travail préservé, fiscalité figée
Le gouvernement revendique un arbitrage central : ne pas alourdir le coût du travail. Alors que le projet initial combinait une réduction des allégements de charges et une baisse de la CVAE, l’exécutif a finalement renoncé à toute économie sur les charges, au détriment du calendrier de suppression de cet impôt de production.
Une décision assumée comme un choix en faveur de l’emploi, même si la réforme de la CVAE reste envisagée à plus long terme.
Autre signal adressé aux entreprises : la stabilité fiscale. Le Premier ministre promet l’absence de modifications des règles existantes et exclut toute remise en cause des équilibres connus. Cette continuité est présentée comme un facteur déterminant pour l’investissement et la croissance, dans un environnement international jugé particulièrement tendu.
Lutte renforcée contre les abus et appel aux grands groupes
En contrepartie, l’exécutif entend durcir la lutte contre la fraude fiscale et les pratiques d’optimisation jugées excessives. Le gouvernement insiste notamment sur la nécessité de préserver l’esprit du Pacte Dutreil, conçu pour faciliter la transmission des entreprises familiales, sans qu’il soit détourné à des fins patrimoniales éloignées de l’activité économique réelle.
Un effort spécifique est par ailleurs demandé aux très grands groupes, environ 300 entreprises, selon un barème déjà appliqué en 2025. Les ETI sont explicitement exclues de cette contribution, destinée à financer l’accélération de la trajectoire de défense. Le Premier ministre y voit une traduction concrète du patriotisme économique de ces acteurs.
Soutien maintenu à la compétitivité et priorités sectorielles
Le gouvernement confirme le maintien des principaux dispositifs de compétitivité : crédit d’impôt recherche, aides à la décarbonation, soutien à l’innovation et à l’apprentissage. Ces mécanismes sont préservés malgré un effort global d’économies estimé à près de 15 milliards d’euros, sans remise en cause du cadre général.
Les investissements dans les Outre-mer sont également sécurisés afin de garantir la continuité des projets de long terme.
Enfin, deux secteurs feront l’objet d’une attention renforcée. Le logement bénéficiera d’un plan de relance dédié, présenté comme nécessaire tant pour la cohésion sociale que pour l’activité économique.
De son côté, l’industrie de défense et son écosystème verront les moyens augmenter de 6,7 milliards d’euros supplémentaires en 2026, dans un contexte géopolitique jugé particulièrement exigeant.

