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Le ralentissement du marché du travail se confirme. Au 3e trimestre 2025, les embauches dans le secteur privé reculent à nouveau, après un léger rebond au printemps. Derrière les chiffres publiés par la Dares le 20 janvier dernier, une réalité s’impose : les entreprises, et tout particulièrement les TPE, avancent désormais avec une grande retenue lorsqu’il s’agit de recruter.
Un volume d’embauches en baisse après un sursaut éphémère
Entre juillet et septembre 2025, 6,44 millions de contrats de travail ont été signés en France métropolitaine dans le secteur privé (hors intérim, agriculture et particuliers employeurs).
Cela représente une baisse de 0,7 % par rapport au trimestre précédent, et un recul de 0,4 % sur un an.
Ce repli met fin à la dynamique positive observée au 2e trimestre. Il traduit un climat économique toujours marqué par l’incertitude, dans lequel les entreprises privilégient la gestion de l’existant plutôt que l’expansion de leurs effectifs.
Pour les TPE, souvent plus exposées aux variations de trésorerie et à la volatilité de la demande, cette prudence est particulièrement marquée.
CDI en net recul, CDD toujours majoritaires
L’évolution par type de contrat est sans ambiguïté. Les embauches en CDI chutent de 1,2 % sur le trimestre et de 5,7 % sur un an, pour s’établir à moins d’un million de signatures. À l’inverse, les embauches en CDD ne reculent que légèrement sur le trimestre (–0,6 %) et progressent encore sur un an (+0,6 %).
Conséquence directe : 84,6 % des embauches se font désormais en CDD, un niveau inédit depuis 2018. Cette montée continue des contrats courts reflète une stratégie de sécurisation du risque côté employeurs.
Dans les petites entreprises, le recours au CDD permet d’ajuster rapidement la masse salariale en fonction de l’activité, sans engagement à long terme.
Pour les dirigeants de TPE, ce choix répond souvent à une contrainte très concrète : absorber une charge de travail ponctuelle, remplacer une absence ou tester un besoin avant d’envisager une embauche durable.
Des dynamiques très contrastées selon les secteurs
Le ralentissement des embauches n’affecte pas tous les secteurs de la même manière. Le tertiaire marchand concentre l’essentiel du repli, notamment dans :
- le commerce, où les embauches reculent de 2,4 % sur le trimestre ;
- l’hébergement-restauration (–4,2 %), très sensible à la consommation des ménages ;
- les services aux entreprises, en baisse de 6,7 % sur un an.
Ces secteurs regroupent une grande part de TPE, souvent dépendantes de cycles courts et d’une clientèle locale. À l’inverse, certains domaines résistent mieux.
Les embauches progressent encore dans l’information-communication (+2,3 % sur le trimestre) et dans le tertiaire non marchand (+1,6 %, +6,9 % sur un an), tirées notamment par des recrutements en CDD.
Cette hétérogénéité souligne une économie à plusieurs vitesses, dans laquelle toutes les petites entreprises ne sont pas exposées de la même façon aux tensions conjoncturelles.
Fins de contrat : une stabilité qui masque un ralentissement de la mobilité
Le nombre de fins de contrat est resté quasi stable au 3e trimestre 2025 (+0,1 %), avec 6,49 millions de sorties enregistrées. Mais là encore, la lecture détaillée apporte des nuances importantes.
Les fins de CDI continuent de diminuer (–1,1 % sur le trimestre, –4 % sur un an), en grande partie à cause de la baisse des démissions. Sur un an, celles-ci reculent de plus de 9 %.
Autrement dit, les salariés en poste changent moins volontiers d’employeur, signe d’un climat attentiste sur le marché du travail.
Pour les TPE, ce phénomène peut avoir un double effet :
- D’un côté, il limite les départs non anticipés et stabilise les équipes.
- De l’autre, il complique les recrutements sur certains profils, les candidats étant moins enclins à prendre des risques.
L’intérim plafonne, sans jouer de rôle d’amortisseur
Souvent utilisé comme variable d’ajustement par les petites structures, l’intérim ne joue pas pleinement son rôle de soupape au 3e trimestre.
Le nombre de missions reste stable par rapport au trimestre précédent et se situe légèrement en dessous de son niveau de 2024.
Cette stagnation confirme que les entreprises n’ont pas cherché à compenser la baisse des embauches classiques par un recours accru à l’intérim. Là encore, la priorité semble être la maîtrise des coûts et la consolidation des organisations existantes.
Ce que ces chiffres disent du quotidien des TPE
Pris dans leur ensemble, ces indicateurs dessinent un marché du travail plus resserré, où l’embauche devient un acte mûrement réfléchi. Pour les TPE, cela se traduit par :
- un recours accru aux contrats courts pour absorber l’activité sans fragiliser la trésorerie ;
- des recrutements davantage ciblés, souvent conditionnés à une visibilité économique suffisante ;
- une gestion plus fine des effectifs, avec une attention particulière portée à la polyvalence et à la fidélisation.
Dans ce contexte, le recrutement n’est plus seulement une réponse à la croissance, mais aussi un exercice d’équilibre entre besoins opérationnels immédiats et capacité financière à moyen terme.

