
Le CDII, né d’un accord de branche signé en 2013, conjugue les caractéristiques du CDI – emploi permanent, rémunération garantie, congés payés – et celles de l’intérim : diversité des missions et mobilité entre entreprises utilisatrices.
Dix ans après sa création, la Dares (juillet 2025) dresse un portrait nuancé de ce dispositif qui reste marginal, mais bien ancré.
Institué en 2013, le contrat à durée indéterminée intérimaire (CDII) séduit surtout des salariés expérimentés, souvent issus de l’industrie. Plus stable qu’une mission classique, il permet de sécuriser un parcours professionnel tout en conservant la souplesse de l’intérim.
En décembre 2023, 53.800 personnes travaillent sous CDI intérimaire, soit environ 7 % de l’ensemble des intérimaires en France. Une proportion stable depuis 2020, signe que ce type de contrat a trouvé sa place, sans bouleverser le marché du travail temporaire.
Le CDII, né d’un accord de branche signé en 2013, conjugue les caractéristiques du CDI – emploi permanent, rémunération garantie, congés payés – et celles de l’intérim : diversité des missions et mobilité entre entreprises utilisatrices.
« Le CDII offre une sécurité que les intérimaires n’avaient pas auparavant », observe la Dares dans son rapport. Mais cette stabilité s’adresse avant tout à un public bien particulier : des salariés déjà insérés et très actifs dans l’intérim avant la signature de leur contrat.
Un profil d’intérimaire expérimenté
Les salariés en CDII ressemblent aux intérimaires classiques sur plusieurs points :
70 % sont des hommes, et leur âge moyen est de 36 ans, soit à peine un an de plus que les autres intérimaires.
En revanche, les plus jeunes y sont sous-représentés : 19 % des titulaires d’un CDII ont moins de 25 ans, contre 27 % parmi les intérimaires en contrat de mission.
Autrement dit, le CDII n’est pas un tremplin pour les primo-entrants sur le marché du travail, mais davantage une étape de consolidation pour des profils aguerris. Ces salariés se distinguent aussi par une plus grande fidélité à leur agence d’intérim :
8 sur 10 travaillent avec une seule agence au moment de signer,
2 sur 3 avec un seul établissement utilisateur.
Un indicateur révélateur d’une relation de confiance, qui, selon la Dares, traduit « une insertion déjà solide sur le marché du travail temporaire ». Le CDII vient alors formaliser une collaboration durable entre l’agence et le salarié.
L’industrie, terrain privilégié du CDII
Six salariés sur dix en CDII travaillent dans l’industrie, contre quatre sur dix parmi les intérimaires en mission. Le dispositif s’ancre donc dans les bassins industriels, où la continuité de l’activité facilite la mise en place d’un contrat permanent.
Cette concentration sectorielle se retrouve dans la géographie : les Pays de la Loire comptent 10 % de CDI intérimaires dans l’emploi intérimaire, contre seulement 3 % en Île-de-France, où la part de l’industrie est bien moindre. Les régions à forte tradition industrielle, comme la Bourgogne-Franche-Comté ou l’Auvergne-Rhône-Alpes, se situent dans la moyenne haute.
| Région | Part de l’industrie dans l’emploi salarié | Part du CDII dans l’emploi intérimaire (2023) |
|---|---|---|
| Pays de la Loire | 18 % | 10 % |
| Bourgogne-Franche-Comté | 17 % | 7,6 % |
| Île-de-France | 9 % | 3 % |
| Moyenne France entière | 13 % | 7 % |
Ces chiffres illustrent un ancrage territorial clair : le CDII se développe là où les entreprises recherchent une main-d’œuvre qualifiée et disponible sur le long terme, notamment dans la production, la maintenance et la logistique.
Avant le CDII, un parcours intensif dans l’intérim
Les titulaires de CDII ne sont pas des novices. Avant de signer, la moitié d’entre eux ont cumulé plus de 135 jours de missions au cours des six mois précédents, contre 76 jours pour les intérimaires classiques.
Cette antériorité reflète une forte employabilité : les agences de travail temporaire proposent souvent un CDII à des candidats déjà repérés pour leur régularité et leur disponibilité.
66 % des futurs titulaires ont effectué au moins une mission de plus de 30 jours, tandis que près de 60 % n’ont accompli aucune mission très courte (moins de trois jours) dans la période précédant la signature.
Autrement dit, le CDII apparaît comme une récompense de la constance : il vient stabiliser des parcours déjà soutenus. L’Observatoire de l’intérim et du recrutement notait dès 2018 que les agences réservent ce contrat à « des intérimaires dont l’employabilité, particulièrement sur les missions longues, est élevée ».
Après le CDII, souvent un CDI classique
La Dares s’est aussi penchée sur le devenir de ces salariés. Entre juillet et décembre 2023, environ 16.000 CDI intérimaires ont pris fin. Deux tiers se terminent par une démission, un chiffre qui témoigne d’une certaine mobilité volontaire.
Dans la plupart des cas, cette rupture marque un passage vers une situation plus stable :
9 salariés démissionnaires sur 10 retrouvent un emploi dans les six mois,
plus de 7 sur 10 dès la première semaine.
Parmi eux, près des deux tiers signent un CDI hors intérim. Une issue rare dans le travail temporaire, où les transitions vers un emploi permanent sont habituellement minoritaires.
À l’inverse, les salariés dont le contrat s’interrompt pour une rupture conventionnelle ou un licenciement connaissent une réinsertion plus lente et moins durable : 6 sur 10 retournent vers des missions d’intérim, et seulement 1 sur 10 accède à un CDI.
Un tremplin vers la stabilité pour les plus insérés
Ce constat amène la Dares à une lecture nuancée : le CDII ne change pas fondamentalement la logique du travail temporaire, mais il consolide les trajectoires de ceux qui en maîtrisent déjà les codes.
Plutôt qu’un outil d’intégration, il agit comme un amortisseur de parcours, apportant une sécurité de revenu et une continuité d’activité. Dans un marché du travail marqué par l’incertitude, cette formule hybride séduit les intérimaires les plus expérimentés comme les entreprises soucieuses de fidéliser leur main-d’œuvre.
Le dispositif reste cependant marginal : 7 % des intérimaires seulement relèvent de ce statut. Un chiffre modeste, mais stable depuis plusieurs années, qui laisse penser que le CDII a trouvé son public — celui des intérimaires « permanents » évoqués par les chercheurs de la Dares, attachés à une forme d’autonomie dans la stabilité.
À retenir
- 53 800 salariés en CDI intérimaire fin 2023 (7 % de l’emploi intérimaire)
- 70 % d’hommes, âge moyen : 36 ans
- 60 % travaillent dans l’industrie
- 9 démis
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