Temps de lecture estimé : 5 minutes

Le commerce circulaire change progressivement de statut. Longtemps perçu comme un modèle alternatif ou marginal, il s’impose désormais comme un levier économique à part entière, y compris pour les commerces de proximité. C’est dans ce contexte que le Gouvernement annonce ce jeudi 5 février, le lancement prochain d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) destiné à identifier et valoriser des solutions permettant d’accélérer le passage à l’échelle des modèles circulaires et du « Re-made in France ».
L’annonce du lancement d’un appel à manifestation d’intérêt dès février 2026 a été faite lors de la séance plénière du Conseil national du commerce, réunie par Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, en présence de Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique.
Enjeu : transformer des initiatives encore dispersées en solutions opérationnelles, économiquement viables et accessibles.
Commerce circulaire : une dynamique déjà engagée chez les commerçants
Seconde main, réparation, location, vrac, consigne pour réemploi ou encore gestion des invendus : ces modèles ne sont plus expérimentaux.
Dans de nombreux territoires, ils sont déjà mis en œuvre par des commerçants indépendants, souvent de petite taille, qui y voient une réponse concrète à plusieurs défis simultanés :
- pression sur le pouvoir d’achat,
- hausse des coûts d’approvisionnement,
- attentes environnementales des consommateurs,
- recherche de différenciation face aux grandes enseignes.
Toutefois, le passage à l’échelle reste complexe, notamment à cause plusieurs freins identifiés : investissements initiaux, contraintes réglementaires, manque de visibilité sur la rentabilité à moyen terme, ou encore difficultés à structurer des filières locales.
C’est précisément sur ces points que l’appel à manifestation d’intérêt annoncé entend agir.
Un AMI pour identifier des solutions prêtes à changer d’échelle
L’appel à manifestation d’intérêt aura pour objectif d’identifier des solutions concrètes, portées par des acteurs du commerce circulaire, capables d’être déployées plus largement auprès des entreprises du secteur.
Il ne s’agit pas seulement de soutenir des idées, mais de repérer des dispositifs, outils ou modèles économiques déjà éprouvés, susceptibles d’être reproduits ou adaptés à d’autres commerces, notamment les TPE.
Les solutions retenues devront contribuer au développement :
- de la seconde main professionnelle,
- de la réparation et du réemploi,
- de nouveaux services fondés sur l’usage plutôt que la possession,
- ou encore de filières de production et de transformation locales intégrées dans une logique de « Re-made in France ».
L’AMI vise ainsi à créer un effet d’entraînement, en mettant en relation les porteurs de solutions avec les entreprises du commerce, lors d’un événement organisé par le CNC au printemps 2026.
Une opportunité directe pour les TPE et commerces de proximité
Pour les TPE, cet appel à manifestation d’intérêt peut représenter une double opportunité. D’une part, certains commerçants ou réseaux locaux pourront eux-mêmes se positionner comme porteurs de solutions, notamment lorsqu’ils ont déjà structuré une activité circulaire rentable.
D’autre part, les TPE pourront bénéficier, à terme, de solutions sélectionnées et accompagnées par les pouvoirs publics, facilitant leur adoption sans avoir à tout construire seules.
L’enjeu est aussi de réduire les coûts d’entrée dans le commerce circulaire. En mutualisant les outils, les process et les retours d’expérience, l’AMI doit permettre aux petits acteurs de s’engager dans ces modèles sans fragiliser leur équilibre économique.
Vers un commerce circulaire plus simple et plus compétitif
L’appel à manifestation d’intérêt s’inscrit dans une feuille de route plus large visant à rendre le commerce circulaire plus compétitif et plus simple à mettre en œuvre. Lors de la plénière du CNC, plusieurs pistes ont été confirmées, notamment autour de la simplification administrative de la seconde main ou de l’évolution du cadre des dons d’invendus.
Pour les commerçants, ces annonces traduisent une reconnaissance institutionnelle des difficultés rencontrées sur le terrain.
Elles traduisent aussi une volonté de faire du commerce circulaire non pas une contrainte supplémentaire, mais un outil de résilience économique, en particulier pour les petites structures.
Stiumuler l’emploi local et le pouvoir d’achat
Au-delà des enjeux environnementaux, le développement du commerce circulaire est présenté comme un levier de création d’emplois locaux et de soutien au pouvoir d’achat.
Réparation, tri, reconditionnement, logistique de proximité : ces activités sont difficilement délocalisables et reposent souvent sur des compétences ancrées dans les territoires.
Pour les TPE, cela signifie aussi la possibilité de diversifier leurs activités, de fidéliser une clientèle sensible aux prix et à l’impact environnemental, et de renforcer leur ancrage local face à une concurrence accrue.
Février 2026 : une échéance à anticiper pour les commerçants
Même si les modalités précises de l’appel à manifestation d’intérêt n’ont pas encore été détaillées, son lancement invite les commerçants à anticiper dès maintenant. Identifier les projets existants, formaliser les retours d’expérience, structurer des partenariats locaux ou sectoriels peut constituer un atout au moment de l’ouverture de l’AMI.
Pour les TPE du commerce, cette initiative marque une étape supplémentaire : celle du passage d’une logique d’expérimentation à une structuration durable du commerce circulaire, pensée aussi pour les petites entreprises. Une évolution qui pourrait, à moyen terme, redessiner en profondeur les modèles économiques du commerce de proximité.

