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Transition énergétique : la part des TPE réduisant leur consommation recule de 9 points en un an

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Cinq ampoules fluorescentes en spirale, dont l'une est éclairée.
©adempercem / pixabay

La dynamique enclenchée au plus fort de la crise énergétique marque le pas. Selon l’Observatoire 2025 de la Transition Énergétique des professionnels, réalisé par l’IFOP pour ENGIE, 57 % des très petites entreprises déclarent avoir réduit leur consommation d’énergie l’hiver dernier, contre 66 % un an plus tôt. Un recul de 9 points qui interroge, alors même que la conscience des enjeux reste élevée.

Une mobilisation moins soutenue qu’en 2024

Les entreprises de moins de 20 salariés représentent les deux tiers des établissements tertiaires en France. Leur poids dans l’économie réelle est considérable, tout comme leur rôle dans la trajectoire énergétique nationale : elles concentrent environ 40 % des consommations et 35 % des émissions du secteur tertiaire.

En 2023 et 2024, sous l’effet conjugué de la flambée des prix de l’énergie, des appels à la sobriété et des dispositifs exceptionnels de soutien, de nombreuses TPE avaient enclenché des démarches d’économie. Le baromètre 2025 montre que cette dynamique ralentit.

Le recul de 9 points ne signifie pas un désintérêt brutal. Il traduit plutôt un relâchement progressif dans un contexte économique plus stable et marqué par la fin des mesures d’urgence.

Une conscience toujours forte… mais prioritairement économique

La majorité des artisans, commerçants et professions libérales interrogés se déclarent sensibles aux enjeux environnementaux. La transition énergétique est identifiée comme un sujet structurant.

Mais les motivations restent d’abord économiques. 59 % des répondants citent la réduction de la facture comme principal moteur d’action, loin devant la préoccupation environnementale (26 %).

Autrement dit, la transition est d’abord envisagée comme un levier de compétitivité et de maîtrise des charges. Lorsque la tension sur les prix diminue, l’incitation immédiate perd en intensité.

Ce décalage entre intention et passage à l’acte constitue l’un des enseignements majeurs de l’édition 2025 : la conscience ne suffit pas à maintenir l’effort dans la durée.

Moins de 2.500 euros pour financer les économies d’énergie

Le ralentissement observé s’explique aussi par des contraintes très concrètes.

Près de 60 % des TPE interrogées disposent de moins de 2.500 euros pour financer des travaux d’économies d’énergie. Ce niveau d’investissement réduit mécaniquement le champ des possibles. Les écogestes restent la solution la plus envisagée, mais leur impact est jugé limité par une partie des professionnels.

Les investissements structurants – remplacement d’équipements, rénovation thermique, modernisation des systèmes de chauffage ou de froid – nécessitent des budgets supérieurs, difficiles à mobiliser dans un contexte de marges parfois contraintes.

La transition énergétique se heurte donc à une réalité économique : pour une petite structure, chaque euro investi doit produire un retour rapide et mesurable.

Des aides encore peu mobilisées

Autre chiffre révélateur : seuls 9 % des professionnels déclarent avoir bénéficié d’un accompagnement ou d’un dispositif d’aide.

Ce taux interroge, alors même que les mécanismes publics et para-publics se sont multipliés ces dernières années. Complexité des démarches, manque d’information, perception d’une charge administrative supplémentaire : les freins restent nombreux.

Dans le même temps, 75 % des TPE indiquent souhaiter être guidées pour entamer ou poursuivre leurs démarches. L’écart entre le besoin d’accompagnement et le recours effectif aux dispositifs est frappant.

Ce décalage renvoie à une question structurelle : la transition énergétique des petites entreprises peut-elle reposer uniquement sur des incitations financières, sans simplification massive de l’accès aux solutions ?

Des gains pourtant identifiés

Le paradoxe est d’autant plus marqué que les marges d’amélioration sont bien documentées.

  • Remplacer des éclairages obsolètes par des LED permet de réduire la consommation liée à l’éclairage d’environ 70 %, avec un retour sur investissement parfois inférieur à un an.
  • Le remplacement de radiateurs électriques par des modèles plus performants peut générer jusqu’à 10 % d’économie sur la facture globale.
  • L’installation d’un rideau d’air chaud à l’entrée d’un commerce peut réduire la facture énergétique jusqu’à 12 %.

Dans certains secteurs, les gains sont également significatifs :

  • moderniser un four de boulangerie ancien peut réduire la consommation de cuisson d’environ 15 % ;
  • équiper des meubles frigorifiques ouverts de portes vitrées performantes permet de diminuer la consommation de froid de 35 % ;
  • remplacer des ordinateurs fixes par des portables dans des bureaux peut abaisser la consommation bureautique de 60 %.

Ces chiffres montrent que la transition énergétique n’est pas seulement une contrainte réglementaire ou morale : elle peut constituer un levier d’optimisation tangible.

Les fournisseurs d’énergie en première ligne

Selon l’Observatoire, 71 % des professionnels considèrent les fournisseurs d’énergie comme des interlocuteurs légitimes pour les accompagner dans leurs démarches d’économies.

Au-delà de l’outil, l’enjeu réside dans la capacité à transformer un diagnostic en décision d’investissement. Pour les TPE, le temps consacré à l’analyse et à la mise en œuvre représente lui aussi un coût.

Un signal d’alerte pour les politiques publiques

Le recul de 9 points observé en 2025 constitue un signal à ne pas sous-estimer. Il montre que la transition énergétique des petites entreprises reste fortement corrélée au contexte conjoncturel.

Lorsque la pression des prix et l’urgence médiatique s’estompent, l’effort collectif tend à ralentir. Or, compte tenu du poids des TPE dans les consommations du tertiaire, leur mobilisation demeure déterminante pour atteindre les objectifs nationaux de réduction des émissions.

L’enjeu dépasse donc le seul cadre des stratégies commerciales des fournisseurs d’énergie. Il pose la question de la stabilité et de la lisibilité des politiques d’accompagnement dans le temps long.

Pour maintenir la dynamique, plusieurs conditions semblent se dessiner : simplifier l’accès aux aides, sécuriser les dispositifs dans la durée, démontrer de manière concrète le retour sur investissement et adapter les solutions aux contraintes spécifiques des très petites structures.

Entre volonté et réalité

L’édition 2025 de l’Observatoire ne décrit pas un désengagement massif des TPE. Elle révèle plutôt une transition fragile, dépendante de signaux économiques forts.

La conscience écologique demeure. Les motivations financières restent structurantes. Les besoins d’accompagnement sont clairement exprimés. Mais sans impulsion durable et sans solutions facilement mobilisables, le passage à l’acte peut s’essouffler.

Le recul de 9 points en un an agit comme un révélateur : la transition énergétique des TPE ne se décrète pas, elle se construit dans la durée, à la croisée des contraintes économiques, de la pédagogie et de la simplicité opérationnelle. Pour les acteurs publics comme privés, le défi consiste désormais à transformer l’intention en action pérenne.

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