
Les derniers chiffres de l’Urssaf montrent un ralentissement de l’emploi salarié, particulièrement sensible pour les très petites entreprises.
Les derniers chiffres publiés par l’Urssaf ce vendredi 27 février sur l’emploi salarié privé au quatrième trimestre 2025 dessinent un paysage moins résilient qu’il n’y paraît. Derrière des évolutions salariales positives, plusieurs indicateurs convergent vers un ralentissement durable de l’activité, particulièrement sensible pour les très petites entreprises.
L’emploi salarié privé recule, trimestre après trimestre
Au quatrième trimestre 2025, les effectifs salariés du secteur privé diminuent de 0,2 %, soit 33.000 postes supprimés en trois mois. Sur un an, la baisse atteint 51 000 emplois (-0,3 %). Si le niveau d’emploi reste supérieur de plus de 1,1 million de postes à celui d’avant-crise sanitaire, la dynamique s’inverse clairement, après plusieurs années de rattrapage.
Ce repli s’inscrit dans la continuité du trimestre précédent et confirme une tendance de fond : les entreprises, notamment les plus petites, freinent leurs recrutements face à une visibilité économique réduite.
Aucun secteur n’est épargné
Contrairement à certaines phases de ralentissement précédentes, la baisse de l’emploi touche l’ensemble des grands secteurs.
- Le tertiaire hors intérim perd 21 200 postes sur le trimestre et affiche également un recul sur un an.
- L’industrie continue de réduire ses effectifs (-0,5 % sur un an), tandis que la construction se distingue par une chute plus marquée : -1,2 % en un an, soit près de 19.400 postes supprimés.
- Pour les TPE du bâtiment, déjà confrontées à la hausse des coûts et à la contraction des commandes, cette évolution confirme un net durcissement de l’environnement économique.
Les contrats courts en première ligne
Tous les types de contrats sont en recul au quatrième trimestre 2025, mais la baisse est particulièrement prononcée pour les contrats à durée déterminée (-0,6 %).
Les CDI, eux, diminuent plus modérément (-0,1 %).
Ce différentiel est révélateur d’un comportement classique en période d’incertitude : les employeurs réduisent d’abord les formes d’emploi les plus flexibles.
Pour les TPE, le recul des CDD traduit moins une stratégie de réduction des effectifs qu’un gel de l’activité future.
L’alternance pénalisée par la baisse des aides
Autre signal préoccupant : la poursuite du recul de l’alternance. Les effectifs en contrat d’alternance diminuent de 0,8 % au quatrième trimestre, après une chute bien plus marquée au trimestre précédent (-3,6 %).
Cette évolution intervient dans un contexte de réduction des aides à l’embauche.
Or, les TPE sont historiquement les plus dépendantes de ces dispositifs pour recruter et former des jeunes. Sans soutien financier, l’alternance devient plus difficile à absorber, en particulier dans les secteurs à faible marge.
Les seniors, seuls effectifs en hausse
À rebours de la tendance générale, les salariés de plus de 55 ans voient leurs effectifs progresser de 0,5 % sur le trimestre et de 2,6 % sur un an.
Ce mouvement confirme le vieillissement de la main-d’œuvre et traduit, côté employeurs, une volonté de conserver des profils expérimentés plutôt que de prendre le risque de nouveaux recrutements.
Pour les petites entreprises, cette stratégie permet de sécuriser les compétences clés, mais pose à moyen terme la question du renouvellement des équipes.
Des salaires en hausse, mais une base d’emplois plus étroite
Le salaire moyen par tête progresse de 1,7 % sur un an. Compte tenu d’une inflation hors tabac limitée à 0,8 %, le pouvoir d’achat salarial augmente de 0,9 point.
Toutefois, cette hausse reste modérée et concerne un nombre de salariés en diminution.
- La masse salariale soumise à cotisations sociales n’augmente que de 1,5 % sur un an, signe que la progression des rémunérations ne compense pas le recul des effectifs.
- Pour les TPE, l’équation reste délicate : préserver l’attractivité salariale tout en maîtrisant les charges dans un contexte de croissance atone.
Une dégradation presque généralisée sur le territoire
Enfin, la baisse de l’emploi salarié concerne presque toutes les régions métropolitaines. Une seule région, Rhône-Alpes, affiche encore une légère hausse des effectifs sur le trimestre. Ailleurs, le ralentissement est bien installé, sans véritable moteur territorial de reprise.

