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Créer son entreprise ne rend pas riche : un indépendant sur quatre gagne moins de 10.000 euros par an

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3–5 minutes
©joao Guerreiro / Pexels

Longtemps associée à l’autonomie, à la liberté d’organisation et à la promesse d’un meilleur revenu, l’activité indépendante continue de séduire. Pourtant, les derniers chiffres publiés par l’Urssaf rappellent une réalité bien moins reluisante. En 2024, un quart des travailleurs indépendants classiques en France déclarent moins de 10.000 euros de revenu annuel. Un niveau qui contraste fortement avec l’image de réussite souvent accolée à l’entrepreneuriat.

Car si le revenu moyen repart à la hausse l’an dernier, la dispersion reste massive. Entre professions libérales à hauts revenus et activités de proximité fragilisées, le grand écart demeure.

Un quart sous les 10.000 euros, la moitié sous les 30.000

Le chiffre frappe. Selon l’Urssaf, 25 % des indépendants classiques gagnent moins de 10.000 euros par an, soit moins de 833 euros mensuels avant impôt. Dans le même temps, la moitié d’entre eux perçoivent moins de 29.531 euros.

Ces données concernent les indépendants dits “classiques”, c’est-à-dire hors auto-entrepreneurs : artisans, commerçants, professions libérales affiliées au régime des travailleurs non-salariés.

Elles montrent que le travail indépendant ne garantit ni stabilité, ni revenu élevé. Derrière les trajectoires de réussite souvent mises en avant, une large partie du tissu économique vit avec des marges réduites.

Oui, le revenu moyen remonte… mais la moyenne masque tout

En 2024, le revenu moyen des indépendants classiques atteint 46 897 euros, en hausse de 2,9 %. Corrigée de l’inflation, la progression ressort à +1,1 %, ce qui marque un léger retour du pouvoir d’achat après le recul de 2023.

Pris isolément, ce chiffre peut laisser croire à une embellie générale. Mais la moyenne additionne des situations très éloignées.

  • D’un côté, des professions libérales installées avec des revenus élevés.
  • De l’autre, des commerçants, transporteurs ou prestataires soumis à une pression continue sur les prix.

Le revenu moyen global grimpe donc, sans que cela reflète la réalité de nombreux indépendants.

Artisans-commerçants : loin derrière les professions libérales

L’écart entre catégories reste marqué. En 2024 :

  • les artisans-commerçants affichent un revenu moyen de 31.114 euros ;
  • les professions libérales atteignent 66.931 euros.

Plus du double entre certains métiers. Cette fracture interne au monde indépendant est souvent sous-estimée.

Ouvrir un commerce de proximité, tenir un restaurant ou travailler dans le bâtiment n’offre pas les mêmes perspectives qu’un cabinet libéral ou une activité réglementée.

Des secteurs toujours sous pression

Tous les métiers ne profitent pas du rebond. L’Urssaf relève plusieurs baisses en euros constants en 2024.

Les taxis-VTC reculent encore de 3,9 %. Les activités immobilières baissent de 4 %. Les activités juridiques perdent 0,7 % en moyenne.

Ces reculs traduisent des tensions bien identifiées : concurrence accrue, ralentissement du marché immobilier, hausse des charges fixes, clientèle plus prudente.

À l’inverse, certaines branches repartent franchement, comme les activités sportives (+6,9 %) ou les arts et loisirs (+5,6 %).

Les femmes gagnent encore nettement moins

L’étude souligne aussi la persistance des écarts de revenus entre femmes et hommes.

En 2024, les femmes indépendantes déclarent en moyenne 40.788 euros, contre 50.730 euros pour les hommes. Soit un différentiel de 19,6 %.

La progression annuelle est toutefois plus rapide pour les femmes (+1,6 % contre +0,9 %), mais l’écart reste important.

Le mythe de “l’indépendant forcément gagnant”

Depuis plusieurs années, la création d’entreprise est encouragée comme voie d’émancipation professionnelle. Quitter le salariat, choisir ses clients, maîtriser son agenda : la promesse parle à beaucoup de Français.

Les chiffres de 2024 invitent à nuancer ce récit. Oui, certains indépendants réussissent très bien. Oui, des revenus élevés existent. Mais une part importante peine à dégager un niveau de vie confortable.

Le travail indépendant offre de la liberté, mais aussi une exposition directe aux aléas économiques : carnet de commandes irrégulier, impayés, charges, investissements, absence de revenu garanti pendant les périodes creuses.

Ce que ces chiffres disent de l’économie française

Derrière les statistiques Urssaf se lit aussi l’état du pays. Les indépendants servent souvent de thermomètre économique. Quand la consommation ralentit, quand l’immobilier cale, quand les ménages arbitrent leurs dépenses, ils encaissent rapidement le choc.

Le fait qu’un quart d’entre eux restent sous les 10.000 euros annuels malgré la reprise du revenu moyen montre que la fragilité ne disparaît pas avec une amélioration macroéconomique.

Entre aspiration et réalité

Créer son activité reste un projet attractif. Mais l’équation financière mérite d’être regardée sans filtre. Beaucoup d’indépendants travaillent longtemps pour un revenu modeste, parfois inférieur à celui d’un salarié au SMIC une fois les charges déduites.

Le message des chiffres 2024 est limpide : l’indépendance professionnelle peut être une réussite, mais elle ne constitue en rien un raccourci vers l’aisance. Pour des centaines de milliers de Français, elle ressemble surtout à une course permanente pour maintenir l’équilibre.

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