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Transmission d’entreprise : le gouvernement veut faire de la reprise une priorité économique nationale

Près de 500.000 dirigeants partiront à la retraite dans les dix prochaines années. Derrière cette projection avancée par le ministère des PME, ce sont plus de 3 millions d’emplois qui pourraient être concernés. Face à cette vague démographique, le gouvernement a présenté, le 23 avril 2026 à Bercy, un plan baptisé « Objectif Reprises », destiné à accélérer la transmission des TPE et PME françaises. Avec une ambition affichée : transformer un sujet souvent repoussé par les dirigeants en cause économique nationale.

Lors de la clôture de l’événement, le ministre Serge Papin a résumé l’esprit de cette séquence en jouant sur le mot « reprise ». « La reprise, c’est tout ça à la fois : de la fatigue, parfois ; de l’impatience, souvent ; mais surtout de l’envie. » Une manière de rappeler que céder ou reprendre une entreprise ne relève pas uniquement de la finance, mais aussi d’un passage de relais humain.

Une économie de proximité directement concernée

Le sujet dépasse largement les seuls grands groupes. En France, plus de 98 % du tissu productif est composé de TPE et PME. Ce sont les commerces de centre-ville, les ateliers artisanaux, les PME industrielles, les entreprises de services implantées localement.

Le dossier gouvernemental insiste sur le rôle de la transmission pour maintenir l’emploi, préserver les savoir-faire et éviter la fragilisation de certains territoires. Le commerce et la restauration représentent à eux seuls 57 % des cessions recensées en 2024.

Autre donnée mise en avant : une entreprise sur deux ne trouverait pas de repreneur. Ce chiffre illustre un paradoxe français. D’un côté, des dirigeants approchent de la retraite. De l’autre, des candidats à l’entrepreneuriat cherchent un projet solide. Entre les deux, la rencontre reste souvent incomplète.

La transmission encore trop tardive

L’un des constats les plus nets du plan concerne l’anticipation insuffisante. Selon les documents présentés, moins de 30 % des cédants engagent volontairement une démarche plus de deux ans avant la vente.

Dans les faits, nombre de patrons restent absorbés par l’exploitation quotidienne. « On est pris par le quotidien, par les urgences, par les problèmes à régler. Et la transmission… on la repousse, on la met de côté », a reconnu Serge Papin.

Ce retard peut coûter cher : entreprise sous-valorisée, négociation précipitée, absence de repreneur identifié, voire fermeture pure et simple.

Pour tenter de changer les habitudes, l’État prévoit l’envoi d’un message à tous les dirigeants atteignant 55 ans. L’idée est simple : provoquer un déclic suffisamment tôt, avec des premières pistes concrètes et une orientation vers les réseaux d’accompagnement.

Faire de la reprise un mode d’entreprendre reconnu

Le second angle d’attaque vise les repreneurs potentiels. En France, la création d’entreprise bénéficie d’une image forte. Lancer sa start-up ou monter sa marque personnelle séduit une partie de la jeunesse entrepreneuriale. La reprise reste plus discrète.

Le ministre l’a résumé sans détour : « Aujourd’hui, quand on dit entrepreneur, beaucoup de jeunes pensent : start-upper. » Avant d’ajouter : « entreprendre, c’est aussi reprendre ».

Le message est stratégique. Reprendre une société existante permet souvent de s’appuyer sur une clientèle, une équipe, des outils de production et une réputation déjà installée. C’est une autre voie d’accès à l’entrepreneuriat, parfois moins incertaine qu’un lancement ex nihilo.

Le gouvernement veut donc intégrer davantage cette option dans les lycées professionnels, les écoles de commerce, les écoles d’ingénieurs et les réseaux associatifs tournés vers les jeunes entrepreneurs. Des contenus pédagogiques dédiés doivent être développés en 2026.

Une “application de rencontre” pour cédants et repreneurs

Le marché de la transmission reste encore largement opaque. Beaucoup d’opérations passent par le bouche-à-oreille, les réseaux professionnels ou des contacts de confiance. Résultat : de nombreux candidats ne voient jamais passer les opportunités.

Pour y remédier, le gouvernement veut moderniser la Bourse de la Transmission de Bpifrance. Serge Papin a employé une formule volontairement imagée : en faire « un véritable Tinder de la reprise ».

Derrière la formule, plusieurs pistes sont avancées : intégrer davantage d’annonces issues d’experts-comptables ou d’organisations professionnelles, mieux orienter vers les plateformes spécialisées, rendre l’outil plus visible.

L’idée centrale consiste à fluidifier l’appariement entre vendeurs et acheteurs, en particulier pour les primo-repreneurs qui ne disposent pas déjà d’un réseau solide.

Des rencontres partout en France

Le numérique ne suffira pas. Le plan prévoit aussi un maillage territorial via les chambres de commerce et d’industrie (CCI) et les chambres de métiers et de l’artisanat (CMA).

Une Opération nationale Transmission 2026 doit se dérouler du 24 avril 2026 au 23 avril 2027. Son but : sensibiliser 25 000 cédants ou repreneurs potentiels par an grâce à des événements organisés sur l’ensemble du territoire.

Au programme : conférences, ateliers, webinaires, speed-dating, pitchs anonymisés, salons locaux ou rencontres professionnelles. Chaque département devra accueillir régulièrement des temps de mise en relation.

Cette approche répond à une réalité de terrain : beaucoup de transmissions se nouent encore après plusieurs échanges informels, lorsqu’un climat de confiance s’installe.

Le rôle renforcé des experts-comptables

Autre acteur placé au centre du dispositif : l’expert-comptable. Pour de nombreux patrons de TPE-PME, il reste l’interlocuteur régulier le plus proche.

Le gouvernement le décrit comme un possible « médecin de famille » de l’entreprise. Le gouvernement souhaite donc renforcer sa mobilisation pour aborder plus tôt la question de la cession, proposer des estimations de valeur actualisées et améliorer la “transmissibilité” de l’entreprise avant mise en vente.

Des webinaires, guides dédiés et actions régionales sont annoncés à partir de la mi-2026.

Le nerf de la guerre : financer les reprises

Même lorsque cédant et repreneur se trouvent, reste la question du financement. Selon le dossier gouvernemental, 30 % des repreneurs ont rencontré des difficultés pour financer leur projet.

Ce taux grimpe à 44 % pour les reprises par les salariés.

Le plan met donc en avant plusieurs leviers :

  • valorisation des prêts transmission de Bpifrance ;
  • garanties bancaires renforcées ;
  • meilleure visibilité des prêts d’honneur ;
  • possibilité de mobiliser certains dispositifs d’épargne salariale ;
  • développement du crédit-vendeur.

Ce dernier mécanisme consiste pour le cédant à accepter un paiement étalé dans le temps. Serge Papin y voit un outil concret, rappelant y avoir lui-même eu recours : « Ça fonctionne ! »

Transmission familiale et reprise par les salariés

Le gouvernement veut également soutenir deux canaux spécifiques.

D’abord, la transmission familiale, avec le maintien du pacte Dutreil, souvent utilisé pour faciliter les transmissions patrimoniales d’entreprise. Le ministère rappelle toutefois que 82 % des dirigeants disent mal connaître ce dispositif.

Ensuite, la reprise par les salariés. Aujourd’hui, elle représenterait 17 % des opérations. Pourtant, les salariés connaissent déjà l’activité, les clients et parfois les process internes. Le gouvernement souhaite donc encourager l’actionnariat salarié et mieux informer les équipes sur les possibilités existantes.

Changer la culture économique française

Au fond, ce plan cherche à modifier le regard porté sur la transmission. En France, céder son entreprise est encore parfois perçu comme un sujet intime, repoussé ou délicat. Quant à la reprise, elle reste moins valorisée médiatiquement que la création pure.

Le ministre a tenté de synthétiser la méthode en quatre verbes : « Comprendre » pour préparer la cession, « apprendre » pour former les repreneurs, « s’éprendre » car une reprise repose aussi sur une rencontre, puis « prendre » les moyens financiers nécessaires.

Reste désormais à mesurer les effets réels de cette mobilisation. Car derrière les annonces, le temps presse : la vague des départs à la retraite a déjà commencé. Pour des milliers de commerces, d’ateliers et de PME, la question n’est plus théorique. Elle concerne la continuité même de leur activité.

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