
Le ministre chargé des PME, Serge Papin, a annoncé le 31 mars, lors d’un échange avec l’Association des journalistes PME (AJPME), la tenue d’un rendez-vous inédit consacré à la transmission d’entreprise. Prévu le 23 avril à Bercy, l’événement réunira dirigeants souhaitant céder leur activité, candidats à la reprise, ainsi que des acteurs du financement et de l’accompagnement.
Pensée comme une journée de mise en relation directe, l’initiative prend la forme d’un « speed dating » économique. Elle doit également servir de cadre à la présentation des conclusions d’une mission parlementaire lancée en 2025 sur la transmission, dont le rapport a été remis fin 2024.
Le ministre y dévoilera les grandes orientations envisagées par l’exécutif, sans calendrier précis à ce stade.
Une vague de départs à anticiper
Les projections avancées par les pouvoirs publics donnent la mesure des besoins à venir. D’après Serge Papin, près de 350.000 entreprises devraient être transmises dans les cinq prochaines années, tandis que 500.000 dirigeants partiront à la retraite d’ici une décennie.
Les travaux de Bpifrance Le Lab, menés avec CMA France et CCI France, estiment à environ 370.000 le nombre d’entreprises à céder d’ici 2030, dont une large majorité de très petites structures.
Ces transmissions concernent plusieurs millions d’emplois. Sur la période 2020-2030, près de 500.000 dirigeants âgés de plus de 60 ans sont susceptibles de quitter leurs fonctions.
Face à ces perspectives, le nombre d’opérations reste limité. En 2024, 37.200 transmissions ont été recensées, selon la Direction générale des entreprises, un niveau comparable à celui observé avant la crise sanitaire. Le décalage entre le volume d’entreprises à céder et les opérations effectivement réalisées demeure marqué.
Selon la Banque de France, 42 % des projets de cession n’aboutissent pas faute de repreneur, une proportion qui peut atteindre 57 % dans certaines zones rurales.
Ces situations se traduisent souvent par des fermetures, avec des conséquences directes sur l’emploi et les savoir-faire locaux.
À titre de comparaison, 50.000 transmissions permettent de préserver environ 770 000 emplois, quand la création d’entreprise en génère 265.000 sur cinq ans.
Le financement, principal frein identifié
Le rachat d’une entreprise suppose de mobiliser des ressources importantes, à la fois pour l’acquisition et pour les investissements nécessaires à la poursuite de l’activité. Cette double exigence pèse sur les repreneurs, souvent confrontés à un accès au crédit jugé insuffisant.
D’après Bpifrance, 70 % des porteurs de projet estiment que le financement constitue le principal obstacle. Le rapport entre l’offre et la demande reste déséquilibré, avec environ sept cédants pour un repreneur potentiel.
Dans ce contexte, le ministre a invité les établissements publics, notamment Bpifrance et la Banque des Territoires, à s’impliquer davantage dans le financement des PME. I
l a pointé une orientation encore trop marquée vers certains segments, au détriment de l’économie de proximité. L’épargne salariale a également été évoquée comme piste de mobilisation de capitaux, sans modalités précises à ce stade.
Une adaptation du pacte Dutreil à l’étude
Parmi les leviers évoqués figure l’idée d’un dispositif inspiré du pacte Dutreil, aujourd’hui réservé aux transmissions familiales. L’hypothèse consisterait à étendre certains avantages fiscaux aux salariés repreneurs.
Le mécanisme actuel permet une transmission avec une fiscalité allégée dans un cadre familial. Son extension se heurte toutefois à des contraintes juridiques, la reprise par des salariés s’inscrivant généralement dans un cadre onéreux.
Le ministre a lui-même reconnu les limites de l’expression « Dutreil salarié » et indiqué qu’une éventuelle évolution pourrait être intégrée au projet de loi de finances pour 2027.
Il a également rappelé l’existence de dispositifs déjà en place, comme l’abattement de 500.000 euros sur les fonds de commerce ou certaines aides spécifiques à la reprise par les salariés, tout en soulignant leur manque de visibilité.
Valoriser la reprise face à la création
Au-delà des aspects financiers et fiscaux, la journée du 23 avril vise aussi à promouvoir la reprise d’entreprise, encore perçue comme secondaire par rapport à la création. Les données disponibles montrent pourtant des indicateurs favorables.
Les entreprises reprises présentent un taux de survie à trois ans de 85,5 %, contre 81,4 % pour les créations. Elles génèrent également davantage d’emplois dès leur première année d’activité.
Le profil des repreneurs évolue : 38 % ont aujourd’hui moins de 40 ans, contre 22 % il y a dix ans, et la part des femmes progresse pour atteindre 21 % en 2024.
Reste la question de la préparation en amont. Seuls 15 % des dirigeants anticipent leur transmission plus de deux ans à l’avance, alors que les délais nécessaires sont estimés entre deux et trois ans pour une TPE, et jusqu’à cinq ou six ans pour des entreprises de plus grande taille.
L’événement organisé à Bercy se veut un signal adressé aux acteurs économiques. Il devra désormais s’accompagner de mesures opérationnelles pour répondre à l’ampleur des transmissions attendues dans les prochaines années.

