
Le gouvernement veut reprendre la main sur la sécurité des commerces. Réuni ce jeudi 7 mai à Nancy, le ministre des PME et du Commerce Serge Papin a présenté une série de mesures destinées à répondre à une inquiétude devenue récurrente chez les commerçants : vols à répétition, agressions, cambriolages, vente à la sauvette ou encore présence de commerces accusés de troubler l’ordre public.
Le plan, élaboré avec le ministère de l’Intérieur, s’articule autour de deux axes : renforcer la protection des commerces et donner davantage de moyens aux collectivités pour agir contre les établissements jugés problématiques.
Vidéoprotection assistée par intelligence artificielle, caméras individuelles pour les agents de sécurité privée, élargissement des compétences des polices municipales ou sanctions renforcées contre certains commerces : plusieurs évolutions législatives sont annoncées dans les prochaines semaines.
Cette offensive intervient alors que la question de la sécurité s’est imposée comme l’une des principales préoccupations des commerçants de proximité, déjà fragilisés par la hausse des charges, la concurrence du commerce en ligne et les difficultés de trésorerie.
« Les commerçants ne doivent pas se battre contre l’insécurité »
Lors de son déplacement en Meurthe-et-Moselle, Serge Papin a insisté sur le sentiment d’usure qui traverse une partie du secteur. Ancien commerçant lui-même, le ministre a évoqué des professionnels « en première ligne », confrontés quotidiennement aux incivilités et aux violences.
« Être commerçant, oui c’est être un battant, face à la concurrence, pas face à l’insécurité. C’est se battre pour gagner des clients, pas pour protéger sa vitrine », a-t-il déclaré.
Le gouvernement explique avoir élaboré ce plan après plusieurs remontées du Conseil national du commerce.
Selon les éléments communiqués, les organisations professionnelles alertent depuis plusieurs années sur une augmentation :
- des vols,
- des agressions verbales et physiques,
- des cambriolages.
Ces faits visent les secteurs les plus exposés, comme les bijouteries ou les magasins de produits technologiques.
La « démarque inconnue », qui désigne notamment les pertes liées aux vols, continue également de peser lourdement sur les comptes des enseignes.
Pourquoi le gouvernement agit maintenant
Cette séquence sécuritaire ne sort pas de nulle part. Depuis la crise sanitaire, les commerces de proximité traversent une période de fortes tensions économiques.
Inflation, baisse de fréquentation de certains centres-villes, progression du e-commerce et hausse des coûts de fonctionnement ont fragilisé de nombreux établissements.
Dans plusieurs villes, les élus locaux et les fédérations professionnelles alertent aussi sur l’impact des nuisances et des trafics sur l’activité commerciale.
Certains commerces dénoncent des clients qui désertent des rues jugées moins sûres ou des salariés qui refusent certains horaires de fermeture.
Le gouvernement tente donc de combiner plusieurs leviers : sécurité, soutien financier et revitalisation des centres-villes.
Ce nouveau plan s’inscrit dans la continuité du programme « Lever le rideau », présenté en novembre 2025 pour lutter contre la vacance commerciale, ainsi que de la loi de simplification de la vie économique adoptée le 15 avril 2026.
Selon Serge Papin, cette loi doit permettre de redonner « environ 2 milliards de trésorerie aux commerçants » grâce à la mensualisation des baux commerciaux et au plafonnement des garanties locatives.
La vidéoprotection assistée prolongée jusqu’en 2030
Parmi les mesures les plus sensibles figure l’extension de la vidéoprotection assistée, expérimentée lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Le projet de loi « RIPOST » prévoit de prolonger ce dispositif jusqu’au 31 décembre 2030 dans certains lieux ouverts au public exposés à des risques importants. Il pourrait notamment concerner des gares, centres commerciaux ou zones accueillant un fort flux de population.
Concrètement, des algorithmes analyseraient les images de vidéosurveillance afin de détecter des comportements jugés anormaux : intrusion, objet abandonné ou mouvement de foule inhabituel. Les autorités insistent toutefois sur le fait qu’il ne s’agit pas de reconnaissance faciale.
Le gouvernement présente cet outil comme un moyen d’aider les opérateurs humains à repérer plus rapidement des situations potentiellement dangereuses.
Le sujet reste néanmoins sensible. Depuis les JO de Paris, plusieurs associations de défense des libertés publiques mettent régulièrement en garde contre une banalisation de la surveillance algorithmique dans l’espace public.
Des caméras piétons pour les agents de sécurité privée
Autre évolution annoncée : les agents de sécurité privée pourraient bientôt être autorisés à porter des caméras individuelles.
Le gouvernement estime que ces professionnels sont de plus en plus confrontés à des situations tendues, notamment dans les centres commerciaux ou à l’entrée des grandes surfaces.
L’idée est de s’inspirer du modèle déjà utilisé par les policiers municipaux et les forces de l’ordre. Les images enregistrées pourraient servir de preuve en cas d’agression ou de procédure judiciaire.
Dans le dossier présenté, l’exécutif cite l’exemple d’un agent contrôlant un sac à l’entrée d’un centre commercial et déclenchant sa caméra face à un comportement agressif.
Les polices municipales vont gagner de nouvelles compétences
Le gouvernement veut aussi renforcer les pouvoirs des polices municipales, en particulier face aux incivilités du quotidien.
Le projet de loi sur les polices municipales doit permettre à certaines communes volontaires d’élargir les compétences judiciaires de leurs agents. Ceux-ci pourraient notamment dresser des amendes forfaitaires délictuelles pour certains délits comme la vente à la sauvette.
Le sujet est particulièrement surveillé dans le secteur de l’habillement, où les autorités évoquent 20 millions d’articles contrefaits saisis en un an.
Les nouvelles prérogatives ne seraient toutefois accessibles qu’aux collectivités ayant créé un service de police municipale doté de compétences élargies et après validation du procureur de la République.
Pour le gouvernement, il s’agit de permettre une réponse plus rapide sur le terrain sans attendre systématiquement l’intervention des forces nationales.
Une task force dédiée à la sécurité des commerces
Le ministère de l’Intérieur et celui du Commerce vont également mettre en place une cellule interministérielle consacrée à la sécurité des commerces.
Cette instance doit réunir régulièrement représentants des commerçants et services de l’État afin de faire remonter les difficultés observées localement : hausse des cambriolages, braquages ou phénomènes de délinquance spécifiques à certains territoires.
Serge Papin a parlé d’une « task force » permettant aux commerçants de transmettre directement leurs constats et leurs besoins aux services concernés.
Le gouvernement souhaite ainsi améliorer la circulation des informations entre terrain, préfectures et forces de sécurité.
Les commerces jugés problématiques davantage ciblés
L’autre volet du plan concerne les commerces accusés de générer des troubles à l’ordre public.
Le gouvernement veut harmoniser les règles de fermeture administrative et durcir les sanctions contre les établissements qui continuent leur activité malgré une décision de fermeture.
Le projet de loi RIPOST prévoit notamment :
- jusqu’à six mois de prison ;
- 7 500 euros d’amende ;
- la confiscation des revenus générés pendant l’ouverture illégale ;
- une possible interdiction de gérer un commerce pendant cinq ans.
En cas de récidive, les sanctions pourraient aller jusqu’à la confiscation des biens ayant servi à commettre l’infraction. L’administration pourrait également procéder elle-même à l’exécution de la fermeture administrative.
Les commerces de façade dans le viseur
Le gouvernement s’appuie aussi sur une loi déjà entrée en vigueur en 2025 pour lutter contre les « commerces de façade » soupçonnés de blanchiment lié au narcotrafic.
Cette loi permet déjà aux préfets d’ordonner la fermeture administrative d’un établissement pendant six mois afin de prévenir des infractions liées aux stupéfiants ou au blanchiment d’argent. La fermeture peut être prolongée jusqu’à un an par le ministre de l’Intérieur.
Le sujet prend une place grandissante dans plusieurs grandes villes, où certains élus dénoncent la multiplication de commerces soupçonnés de servir de couverture à des activités illégales.
Les maires des petites communes accompagnés juridiquement
Le gouvernement veut enfin sécuriser juridiquement les arrêtés municipaux de fermeture, souvent contestés devant les tribunaux administratifs.
Un guide doit être diffusé aux maires afin de les aider à utiliser les bons fondements juridiques et à rédiger leurs arrêtés dans les règles.
L’exécutif estime que de nombreuses petites communes renoncent parfois à agir par crainte d’une procédure mal ficelée ou d’un recours contentieux.
Un virage sécuritaire qui vise aussi les centres-villes
Au-delà des annonces techniques, ce plan traduit une évolution plus large de la politique commerciale du gouvernement.
Longtemps centrés sur les aides financières et la revitalisation des centres-villes, les discours officiels intègrent désormais de plus en plus la question sécuritaire comme un facteur de maintien de l’activité économique.
L’exécutif affirme qu’un commerce exposé aux violences, aux vols ou à une fréquentation en baisse à cause du sentiment d’insécurité « ne tiendra pas ».
Reste désormais à savoir comment ces mesures seront accueillies au Parlement, notamment celles liées à la vidéoprotection assistée et à l’élargissement des pouvoirs policiers, deux sujets régulièrement contestés par une partie de l’opposition et des associations de défense des libertés publiques.

