
Ces neuf mesures traduisent une volonté de réinjecter de la vie dans les centralités urbaines, mais leur portée dépendra largement de la manière dont elles seront mises en œuvre localement.
Ces actions s’inscrivent dans une logique de revitalisation durable, fondée sur trois axes : financer, accompagner et développer.
Face à la progression de la vacance commerciale et à la fragilisation du commerce de proximité, la Direction générale des Entreprises (DGE) a dévoilé le 6 novembre dernier neuf mesures destinées à soutenir la redynamisation des centres-villes et des quartiers prioritaires. Elles ont été sélectionnées dans le rapport de la Banque des territoires sur l’avenir du commerce de proximité qui comptait initialement 30 propositions.
Axe 1 : Financer la revitalisation du commerce de proximité
La première orientation concerne les outils financiers capables de remettre en mouvement les tissus commerciaux des villes moyennes et des quartiers. Trois mesures structurent cet axe.
Première mesure : le renforcement des foncières de redynamisation. Ces structures, portées par les collectivités ou les intercommunalités, pourront acquérir, rénover et relouer des locaux vacants à des conditions attractives. La Banque des Territoires prévoit d’y consacrer 100 millions d’euros supplémentaires à partir de 2026.
Objectif : permettre le retour d’activités dans les rues commerçantes désertées, en limitant la spéculation immobilière.
Deuxième mesure : la consolidation du poste de manager de commerce. Ces professionnels, souvent recrutés dans le cadre de programmes de revitalisation, assurent la coordination entre acteurs publics, commerçants et associations. Ils seront désormais pérennisés grâce à un soutien de 20 millions d’euros.
Leur mission : animer le tissu économique local, suivre les implantations et garantir la cohérence des initiatives.
Troisième mesure : le prolongement du volet “commerce” dans les programmes nationaux Action Cœur de Ville, Petites Villes de Demain et Villages d’Avenir. Ces dispositifs, pilotés conjointement par la DGE et l’Agence nationale de la cohésion des territoires, intègreront un suivi renforcé de l’activité commerciale.
L’ambition est de replacer le commerce au centre des politiques locales d’aménagement urbain.
Axe 2 : Accompagner les acteurs économiques
Le deuxième axe s’adresse directement aux commerçants et aux collectivités pour leur fournir des outils adaptés à leurs besoins.
La quatrième mesure consiste à mobiliser l’intelligence artificielle au service du commerce de proximité. En lien avec les fédérations professionnelles, la DGE souhaite encourager la diffusion d’outils numériques simples à utiliser, permettant de mieux gérer les stocks, d’optimiser la relation client ou encore d’améliorer la visibilité en ligne.
Ces solutions seront intégrées dans le plan “Osez l’IA”, déjà en cours de déploiement.
Cinquième mesure : la révision de la taxe sur les friches commerciales. Le dispositif actuel sera repensé pour encourager la remise en activité des locaux vacants plutôt que leur maintien à l’abandon.
Les collectivités disposeront d’une marge de manœuvre accrue pour cibler les zones concernées et favoriser la réouverture de commerces viables.
Sixième mesure : la création d’un outil national d’aide à la décision baptisé “Diagnostiquer ma vacance commerciale”. Mis en ligne début 2026 sur entreprendre.gouv.fr, il offrira aux élus et acteurs locaux la possibilité d’évaluer précisément les causes de la vacance, de comparer les données et d’accéder aux solutions existantes.
Cette approche vise à rendre les politiques de redynamisation plus concrètes et mieux coordonnées.
Septième mesure : la généralisation de la Charte “Ville Commerçante”. Élaborée avec les représentants du commerce, cette charte formalise des engagements réciproques entre collectivités et commerçants :
- Gouvernance partagée,
- Transparence dans les décisions,
- Mutualisation des actions de communication et de formation.
Elle permettra d’instaurer une culture commune autour du dynamisme commercial local.
Axe 3 : Développer l’activité dans les territoires fragiles
Le troisième axe s’intéresse spécifiquement aux zones où le commerce de proximité joue un rôle central dans la cohésion sociale.
Huitième mesure : le renforcement du programme Entrepreneuriat Quartier 2030. Ce dispositif accompagne les porteurs de projets issus des quartiers prioritaires afin de faciliter la création ou la reprise d’entreprises locales.
Objectif : favoriser la diversification économique, la montée en compétence des entrepreneurs et la stabilisation de l’emploi dans ces zones.
Neuvième mesure : l’expérimentation “Made in Local”. Ce programme pilote consiste à mettre à disposition, de manière temporaire, des locaux vacants pour y tester des activités artisanales ou commerciales. Ces occupations temporaires permettront de valoriser les savoir-faire locaux, d’animer les centres-villes et d’offrir une phase d’expérimentation aux créateurs avant une installation pérenne.
Une politique ancrée dans la réalité des territoires
Ces neuf mesures traduisent une volonté de réinjecter de la vie dans les centralités urbaines, mais leur portée dépendra largement de la manière dont elles seront mises en œuvre localement. Par exemple, le dispositif “Diagnostiquer ma vacance commerciale” ou la création de foncières de redynamisation offrent des outils pertinents, à condition qu’ils s’inscrivent dans une stratégie cohérente et partagée.
La réussite de ces programmes repose moins sur les effets d’annonce que sur la capacité des acteurs à coordonner leurs actions et à penser la revitalisation dans la durée.
Le commerce de proximité ne peut plus être présenté comme une solution miracle à la vitalité urbaine. S’il contribue indéniablement à l’attractivité d’un centre-ville, il reste tributaire d’enjeux plus vastes :
- Poids du e-commerce,
- Évolution des modes de consommation,
- Coût du foncier,
- Transformation des mobilités…
Les politiques de redynamisation commerciale peinent parfois à prendre en compte ces réalités structurelles. Sans coordination forte entre urbanisme, logement, transport et aménagement économique, les opérations de revitalisation risquent de se limiter à des actions ponctuelles ou symboliques, sans effet durable sur la vie des quartiers.
Pour aller plus loin
Les collectivités, commerçants et porteurs de projet peuvent dès à présent se rapprocher de la Direction générale des Entreprises ou de l’Agence nationale de la cohésion des territoires afin d’identifier les dispositifs mobilisables.

