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Alternance : pourquoi les recrutements continuent de diminuer en 2026

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©Niphon Subsri / Niphon subsri via canva.com

Après plusieurs années de forte progression, l’alternance traverse une période moins favorable. Les derniers chiffres publiés par l’Urssaf montrent que les contrats en alternance poursuivent leur recul au premier trimestre 2026. Une évolution qui intervient alors que les dispositifs de soutien aux employeurs ont été revus à la baisse ces derniers mois.

Si le marché du travail français affiche globalement une certaine stabilité, certains indicateurs révèlent des fragilités. L’alternance fait partie des segments qui connaissent actuellement une phase de ralentissement.

Selon les données de l’Urssaf, les effectifs en contrat d’alternance ont diminué de 0,4 % au premier trimestre 2026, après un recul de 0,7 % au trimestre précédent.

L’organisme relie directement cette évolution à la diminution des aides accordées aux entreprises lors des recrutements d’apprentis et d’alternants.

Les chiffres à retenir au 1er trimestre 2026

  • 5 900 postes salariés privés perdus sur le trimestre, soit une quasi-stabilité de l’emploi.
  • 47 900 emplois de moins sur un an, ce qui représente un recul limité de 0,2 %.
  • Plus de 1,1 million d’emplois supplémentaires par rapport à la situation observée avant la crise sanitaire de 2019.
  • + 1,8 % pour le salaire moyen par tête sur un an.
  • + 0,9 point de pouvoir d’achat grâce à une progression des salaires supérieure à l’inflation.
  • + 3 % d’effectifs chez les salariés de plus de 55 ans sur un an.
  • – 1,3 % d’emplois dans la construction sur un an, soit le secteur le plus touché par les destructions de postes.
  • – 0,6 % dans l’intérim sur un an.
  • + 0,5 % pour les CDD tandis que les effectifs en CDI diminuent de 0,1 %.

Source : Urssaf, La masse salariale et les effectifs salariés du secteur privé au premier trimestre 2026, mai 2026.

Une dynamique qui s’essouffle

Depuis la réforme de l’apprentissage engagée en 2018, les contrats d’alternance avaient connu une croissance spectaculaire. Les aides exceptionnelles mises en place pendant la crise sanitaire avaient largement contribué à ce mouvement en réduisant le coût du recrutement pour les employeurs.

De nombreuses entreprises, notamment parmi les TPE et les PME, avaient intégré l’alternance dans leurs pratiques de recrutement. Pour certaines, elle constituait un moyen de préparer les besoins futurs en compétences. Pour d’autres, elle représentait une solution pour faire face aux difficultés de recrutement rencontrées dans certains métiers.

  • Pendant plusieurs années, les chiffres ont atteint des niveaux records. L’apprentissage est même devenu l’un des principaux moteurs de l’emploi des jeunes.
  • La situation apparaît aujourd’hui différente. Le ralentissement observé depuis plusieurs trimestres semble confirmer un changement de cycle.

Des aides moins généreuses

Le soutien financier de l’État a longtemps constitué un levier déterminant pour le développement de l’alternance.

Les aides exceptionnelles accordées durant la crise avaient permis à de nombreuses entreprises d’embaucher un apprenti avec un reste à charge particulièrement faible. Certaines structures pouvaient même couvrir une grande partie du coût salarial grâce aux dispositifs existants.

Depuis, les règles ont évolué. Les montants ont été réduits et plusieurs ajustements sont intervenus afin de contenir la dépense publique.

Pour les employeurs, notamment les plus petites structures, ces modifications modifient l’équation économique. Lorsqu’une entreprise hésite entre plusieurs solutions de recrutement, le niveau des aides peut influencer la décision finale.

Le recul observé par l’Urssaf ne signifie pas pour autant un abandon massif de l’alternance. Il traduit davantage un ralentissement des embauches nouvelles qu’un désengagement généralisé des entreprises.

Les petites entreprises particulièrement concernées

La question des aides est souvent plus sensible pour les TPE que pour les grandes entreprises.

Dans une structure de quelques salariés, chaque recrutement représente un investissement significatif. Le coût de la formation, le temps consacré à l’accompagnement du jeune et les contraintes administratives sont analysés avec attention.

Lorsque les soutiens financiers diminuent, certaines entreprises peuvent choisir de reporter un recrutement ou de limiter le nombre d’alternants accueillis.

Cette prudence se manifeste particulièrement dans les secteurs soumis à des tensions économiques ou à une baisse d’activité.

La construction, par exemple, continue de perdre des emplois. Les effectifs salariés y ont reculé de 0,5 % au premier trimestre 2026 et de 1,3 % sur un an. Dans un tel environnement, les entreprises ont tendance à arbitrer plus strictement leurs dépenses de personnel.

Un impact sur l’insertion des jeunes

L’évolution de l’alternance est suivie de près car elle joue un rôle important dans l’accès à l’emploi.

De nombreuses études ont montré que les jeunes passés par l’apprentissage bénéficient généralement d’une insertion professionnelle plus rapide que ceux issus de parcours uniquement scolaires.

L’alternance permet en effet d’acquérir une expérience concrète, de développer des compétences directement utilisables en entreprise et de construire un premier réseau professionnel.

Lorsque le nombre de contrats ralentit, ce sont donc les opportunités offertes aux jeunes qui peuvent se réduire.

Les centres de formation d’apprentis observent déjà une concurrence plus forte entre candidats dans certains secteurs. Là où les entreprises multipliaient les recrutements il y a encore quelques années, elles sélectionnent désormais davantage les profils recherchés.

Une situation contrastée selon les métiers

Tous les secteurs ne sont toutefois pas touchés de la même manière.

Les métiers confrontés à des pénuries persistantes de main-d’œuvre continuent généralement à recourir à l’alternance. L’industrie, certains métiers techniques, l’informatique ou encore les activités liées à la maintenance restent fortement utilisateurs de ce mode de formation.

À l’inverse, les activités davantage exposées aux ralentissements économiques peuvent réduire leurs recrutements d’alternants plus rapidement.

La santé économique locale joue également un rôle. Les entreprises implantées dans des territoires où l’activité ralentit ont tendance à faire preuve de davantage de prudence.

Cette diversité de situations explique pourquoi les organismes de formation constatent parfois des écarts importants selon les filières.

Un marché du travail qui reste relativement stable

Le recul de l’alternance intervient alors que le marché de l’emploi dans son ensemble ne connaît pas d’effondrement.

Selon l’Urssaf, les effectifs salariés du secteur privé sont quasiment stables au premier trimestre 2026. La baisse se limite à 5 900 postes à l’échelle nationale. Sur un an, le recul atteint 47 900 emplois, soit une diminution de seulement 0,2 %.

Le niveau de l’emploi demeure supérieur de plus d’un million de postes à celui observé avant la crise sanitaire.

Les données salariales montrent également une progression du salaire moyen par tête. Sur un an, celui-ci augmente plus rapidement que l’inflation, ce qui se traduit par un gain de pouvoir d’achat.

Ces éléments témoignent d’une économie qui ralentit sans pour autant entrer dans une phase de forte dégradation.

Les entreprises privilégient-elles d’autres formes de recrutement ?

Les chiffres de l’Urssaf révèlent une autre tendance intéressante.

Alors que les effectifs en alternance diminuent, les CDD progressent de 0,5 % au premier trimestre 2026. Les CDI reculent pour leur part de 0,1 %.

Cette évolution peut traduire une recherche accrue de flexibilité de la part des employeurs. Face à un environnement économique moins lisible, certaines entreprises préfèrent s’engager sur des contrats plus courts avant d’envisager des recrutements de long terme.

L’alternance peut alors se retrouver en concurrence avec d’autres solutions de gestion des effectifs.

Toutefois, ces chiffres ne permettent pas à eux seuls d’établir un lien direct entre les deux phénomènes.

Une place durable dans les politiques d’emploi

Malgré le ralentissement observé, peu d’acteurs imaginent un retour à la situation d’avant les grandes réformes de l’apprentissage.

L’alternance s’est progressivement installée dans le paysage du recrutement français. Elle est désormais utilisée dans un nombre croissant de métiers, y compris dans l’enseignement supérieur.

Les entreprises ont également développé des pratiques d’accueil et de tutorat plus structurées qu’auparavant.

  • Même si le nombre de contrats progresse moins vite, l’apprentissage conserve une image favorable auprès des employeurs comme des candidats.
  • La question qui se pose aujourd’hui concerne davantage son rythme de développement que sa pérennité.

Vers une nouvelle phase de maturité

Les années de croissance exceptionnelle semblent appartenir au passé. Le marché entre progressivement dans une phase plus équilibrée où les recrutements dépendront davantage des besoins réels des entreprises que de l’effet d’aubaine créé par les aides publiques.

Cette évolution pourrait conduire les employeurs à sélectionner davantage les profils et les formations correspondant à leurs besoins opérationnels.

Pour les jeunes, l’alternance demeure l’une des voies les plus efficaces vers l’emploi. Pour les entreprises, elle reste un moyen de préparer les compétences de demain.

Reste à savoir si les prochains mois confirmeront le ralentissement actuel ou si les recrutements retrouveront davantage de dynamisme. Les prochains chiffres de l’emploi permettront de mesurer si la baisse observée depuis plusieurs trimestres s’inscrit dans la durée ou constitue simplement une phase d’ajustement après plusieurs années de croissance exceptionnelle…

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