
Avec des températures qui pourraient atteindre les 40 °C dans plusieurs régions, les épisodes de forte chaleur relancent une question jusqu’ici marginale dans le monde du travail : faut-il repenser les horaires des salariés pour éviter les heures les plus chaudes de la journée ?
Le sujet a pris une nouvelle dimension ce vendredi 19 juin. Interrogé sur RMC, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, s’est montré favorable à une réflexion sur l’organisation du travail en période de canicule. Parmi les pistes évoquées figure une pratique largement répandue dans certaines régions du sud de l’Europe : la sieste en milieu de journée.
Des températures qui bouleversent les habitudes de travail
La France fait face à un épisode de chaleur précoce et intense. Plus de cinquante départements sont placés en vigilance orange canicule et plusieurs pourraient passer au niveau rouge dans les prochains jours.
Pour les salariés exposés à l’extérieur, notamment dans le bâtiment, les travaux publics, l’agriculture ou la logistique, travailler en pleine après-midi devient parfois particulièrement difficile. Les risques ne se limitent pas à l’inconfort : déshydratation, malaises, perte de vigilance ou accidents du travail peuvent survenir lorsque le thermomètre grimpe fortement.
Face à cette réalité, l’idée d’adapter les rythmes de travail gagne du terrain.
Le modèle espagnol dans le viseur
Questionné sur la possibilité de s’inspirer des habitudes observées dans certaines régions espagnoles, le ministre n’a pas fermé la porte.
Dans plusieurs territoires du sud de l’Espagne, les activités ralentissent ou s’interrompent pendant les heures les plus chaudes. Les travailleurs reprennent ensuite leur activité plus tard dans l’après-midi ou en soirée.
Pour Jean-Pierre Farandou, cette organisation mérite d’être observée alors que les épisodes de chaleur extrême deviennent plus fréquents. Selon lui, l’objectif reste avant tout de protéger les salariés lorsque les températures atteignent des niveaux susceptibles d’affecter leur santé.
Cette évolution pourrait à terme conduire certaines entreprises à revoir leurs horaires habituels, en privilégiant par exemple des prises de poste plus matinales ou des interruptions plus longues en milieu de journée.
Une question qui dépasse la simple canicule
Au-delà de l’urgence météorologique, les déclarations du ministre ouvrent un débat plus large sur l’adaptation du travail au changement climatique.
Pendant des décennies, les horaires de bureau ont été conçus dans un contexte où les vagues de chaleur exceptionnelles restaient ponctuelles. Or, les épisodes caniculaires tendent à se multiplier et à s’intensifier.
Dans ce contexte, plusieurs experts estiment que l’organisation du travail pourrait progressivement évoluer, comme cela a déjà été le cas pour le télétravail après la crise sanitaire.
La sieste elle-même n’est plus seulement perçue comme un moment de repos. De nombreuses études mettent en avant ses effets sur la vigilance, la concentration et la récupération physique lorsqu’elle reste de courte durée.
Les employeurs déjà soumis à de nouvelles obligations
En attendant une éventuelle évolution des habitudes de travail, les entreprises doivent déjà appliquer des mesures de prévention renforcées.
Depuis l’entrée en vigueur d’un décret publié en 2025, les employeurs sont tenus d’évaluer les risques liés à la chaleur et de mettre en place des dispositifs de protection adaptés.
Parmi les mesures prévues figurent notamment :
- l’adaptation des horaires lorsque les températures deviennent excessives ;
- la mise à disposition d’au moins trois litres d’eau fraîche par salarié et par jour ;
- la fourniture d’équipements de protection contre le soleil ;
- l’installation de solutions permettant de limiter l’exposition à la chaleur, comme des zones ombragées, des ventilateurs ou des systèmes de brumisation.
Si la sieste au travail n’est aujourd’hui qu’une piste de réflexion, le débat lancé par le ministre illustre une tendance de fond : face aux canicules à répétition, les entreprises pourraient être amenées à revoir des organisations longtemps considérées comme immuables.

