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Défaillances d’entreprises en 2024 : une année sous haute tension économique

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L’année 2024 s’inscrit comme un tournant dans l’économie française, marquée par un record historique de 67.830 défaillances d’entreprises, selon l’étude publiée par le groupe Altares le 21 janvier 2025. Cette hausse de 17 % par rapport à 2023, bien qu’inférieure à la progression de 36 % enregistrée l’année précédente, traduit un environnement économique toujours tendu. Thierry Millon, directeur des études de l’organisme, met en avant les multiples facteurs à l’origine de cette crise : stagnation générale de l’économie, tensions sur les dettes des entreprises et retour des contraintes fiscales et sociales.

Une dynamique globale contrastée

Avec 18.709 défaillances sur le dernier trimestre 2024, un record absolu pour cette période, la France conclut l’année sur une note inquiétante. Cependant, un ralentissement dans la progression des défaillances est observé : +10 % au T4 contre +17 % pour l’ensemble de l’année.

Cette accalmie relative pourrait signaler un plafonnement, mais Thierry Millon prévient que les indicateurs économiques ne permettent pas encore d’anticiper une réelle amélioration. « Si on peut envisager d’être sur le point de toucher un pic, il est tout aussi probable qu’il s’agisse d’un plateau élevé, avec des risques commerciaux à gérer encore pendant plusieurs mois », explique-t-il.

Les PME-ETI en première ligne

Les entreprises de taille intermédiaire (PME-ETI) de plus de 50 salariés apparaissent particulièrement vulnérables, avec une augmentation de 30 % des défaillances en 2024.

Ces structures, souvent considérées comme le poumon de l’économie française, pâtissent d’une conjoncture marquée par des impayés croissants et une faible capacité à résorber leurs dettes contractées durant la crise sanitaire. Près de 256.000 emplois ont été menacés cette année, un chiffre en légère augmentation par rapport à 2023 (+11 000).

Dans certains secteurs, les chiffres sont encore plus alarmants. Les industries manufacturières et le commerce de gros affichent respectivement des hausses de 75 % et 76 % des défaillances. Le transport routier de marchandises suit une tendance similaire (+59 %), alors que le secteur était déjà sous pression en 2023.

L’économie régionale face à des disparités marquées

La répartition géographique des défaillances révèle de fortes disparités. La Normandie enregistre une hausse spectaculaire de 31 %, portant le total des défaillances à 2 828 sur l’année, proche des niveaux atteints en 2015.

L’Île-de-France, moteur économique national, voit également ses défaillances grimper de 18 %, pour atteindre un record absolu de 16.151 procédures.

En revanche, certaines régions présentent des signaux plus encourageants. La Corse (-16 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (-5 %) sont parvenues à inverser la tendance grâce à des soutiens ciblés aux entreprises locales et à une légère reprise de la consommation.

Ces régions illustrent l’importance de l’adaptation des politiques publiques aux spécificités économiques locales.

Secteurs en mutation : quelques lueurs d’espoir

Si l’image globale reste sombre, certains secteurs affichent des performances encourageantes. Les entreprises de moins de trois ans résistent mieux que les autres, avec une hausse modérée des défaillances (+8 %). Ces jeunes structures semblent bénéficier d’un modèle organisationnel plus agile et adapté à un environnement en mutation rapide.

L’agroalimentaire est également l’un des rares secteurs à enregistrer une progression positive. Les boulangeries, par exemple, ont vu leurs défaillances augmenter de seulement 3 %, tandis que le commerce de détail montre des signaux de reprise, avec une baisse des défaillances dans les segments alimentaires (-11 %) et de l’optique (-22 %).

En revanche, l’immobilier reste sous tension (+36,5 %), tout comme le secteur social, où les défaillances explosent dans l’action sociale sans hébergement (+113 %). Ces chiffres reflètent les difficultés structurelles de secteurs dépendant fortement de la conjoncture politique et budgétaire.

Analyse des causes : au-delà des chiffres

Thierry Millon met en avant plusieurs facteurs explicatifs de cette situation. Le remboursement des Prêts Garantis par l’État (PGE), avec 38,4 milliards d’euros restant à éponger, constitue une pression majeure sur les petites entreprises. De plus, la reprise des recouvrements forcés par l’URSSAF pèse lourdement sur les trésoreries.

Un autre enjeu majeur concerne les retards de paiement, qui atteignent désormais 14 jours en moyenne, un record depuis la crise sanitaire. Cette situation amplifie le risque d’effet domino, les fournisseurs et sous-traitants étant directement impactés par les défaillances en cascade.

Perspectives 2025 : l’urgence d’une adaptation

Malgré une prévision de croissance modeste pour 2025 (+0,9 %), les entreprises devront naviguer dans un environnement toujours incertain. Thierry Millon insiste sur la nécessité pour les dirigeants de repenser leur stratégie financière et organisationnelle. « La créativité sera essentielle pour concilier croissance et restrictions budgétaires », affirme-t-il.


Ce qu’il faut retenir

  • Un record historique : 67 830 défaillances d’entreprises en 2024, avec une hausse de 17 % par rapport à 2023.
  • PME-ETI sous pression : augmentation de 30 % des défaillances pour les entreprises de plus de 50 salariés, mettant en danger 256.000 emplois.
  • Disparités régionales : la Normandie et l’Île-de-France fortement touchées, tandis que la Corse et la Bourgogne-Franche-Comté présentent des signes d’amélioration.
  • Secteurs en souffrance : manufacture, commerce de gros et transport les plus impactés, mais résistance dans l’agroalimentaire et le commerce de détail.
  • Perspectives incertaines : des défis persistants avec les dettes liées aux PGE, les retards de paiement et une croissance attendue à seulement 0,9 % en 2025.

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