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Le marché de l’emploi cadre en berne : prudence généralisée chez les entreprises et les salariés

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©Hashim Rogers / Pexels / Illustration

Les intentions de recrutement des entreprises atteignent un niveau historiquement bas, tandis que les cadres, inquiets pour leur avenir professionnel, reportent leurs projets de mobilité.

Le dernier baromètre de l’Apec (novembre 2025) sur les intentions de recrutement et de mobilité des cadres pour le quatrième trimestre 2025 dessine un paysage économique marqué par la retenue. Entreprises et cadres, confrontés à un climat des affaires morose et à une instabilité persistante, adoptent une posture attentiste.

Un climat des affaires qui pèse sur les recrutements

Depuis dix-huit mois, le climat des affaires en France reste en deçà de sa moyenne de longue période. Malgré une croissance économique qui résiste tant bien que mal – avec une hausse du PIB prévue à 0,8 % sur l’année 2025 –, les perspectives restent sombres, notamment dans l’industrie et le commerce de détail. Les carnets de commandes, indicateur clé de la santé économique des entreprises, voient leur évolution anticipée avec pessimisme.

Selon l’Apec, la part des entreprises confiantes dans la progression de leurs commandes a chuté de six points en un an, touchant tous les secteurs, de l’industrie aux services à forte valeur ajoutée.

Les entreprises, en particulier les ETI et les grandes structures, sont les plus touchées. Seules 43 % d’entre elles envisagent de recruter au moins un cadre au cours des trois prochains mois, contre 50 % un an plus tôt. Cette contraction de sept points reflète une tendance de fond : depuis le début de l’année, les intentions d’embauche de cadres ne cessent de reculer. « Les entreprises se montrent particulièrement inquiètes quant à l’évolution de leurs carnets de commandes », souligne l’Apec, ajoutant que « leur confiance est entamée par l’instabilité politique actuelle et les incertitudes économiques ».

La trésorerie, autre point de vigilance, préoccupe surtout les TPE et les PME, dont la confiance a reculé de cinq et trois points respectivement sur un an. Ces petites structures, souvent fragilisées par des problèmes de liquidités, voient leur marge de manœuvre réduite, ce qui limite d’autant leurs capacités à embaucher.

Des cadres en retrait face à un marché perçu comme risqué

Ici, la prudence domine. Leur confiance dans l’économie française s’est effritée, passant de 28 % à 18 % en un an. Les craintes pour la pérennité de leur emploi se sont renforcées, touchant particulièrement les jeunes cadres de moins de 35 ans et ceux travaillant dans des PME.

Selon l’étude, 24 % redoutent un licenciement, soit trois points de plus qu’en 2024. Cette inquiétude est encore plus marquée dans la construction (+9 points) et le commerce (+8 points).

Dans ce contexte, les intentions de mobilité externe stagnent. Seuls 14 % des cadres envisagent de changer d’entreprise dans les trois prochains mois, un chiffre stable, mais révélateur d’une frilosité accrue. Les jeunes cadres, traditionnellement les plus mobiles, sont désormais moins nombreux à se déclarer ouverts à une proposition d’emploi : 30 % contre 39 % l’an dernier. « Les cadres estiment qu’un changement d’employeur présente un risque qu’ils ne sont pas prêts à courir », résume l’Apec, notant que 49 % d’entre eux partagent cette appréhension, soit trois points de plus qu’en 2024.

La difficulté à retrouver un poste équivalent en cas de départ est également un frein majeur. Près de 58 % pensent que cette recherche serait plus ardue qu’auparavant, une perception qui s’est renforcée chez les 35-54 ans (+4 points).

Les perspectives d’évolution professionnelle s’assombrissent : 57 % se montrent optimistes, contre 61 % l’an dernier. « Ils sont également circonspects quant à la possibilité de négocier une rémunération supérieure en cas de mobilité externe », précise l’étude, avec seulement 38 % d’entre eux envisageant une telle issue, soit cinq points de moins qu’en 2024.

Une année 2025 marquée par l’attentisme

Les chiffres du quatrième trimestre confirment une tendance observée tout au long de l’année : les entreprises comme les cadres privilégient la prudence. Les intentions de recrutement, en baisse trimestre après trimestre, reflètent un manque de visibilité et un déficit de confiance.

Les investissements, attendus en repli de 0,9 % en 2025 selon l’Insee, ne devraient pas soutenir une reprise des embauches.

Les cadres, de leur côté, reportent leurs projets de mobilité. Leur aversion pour le risque s’explique par un marché du travail perçu comme moins fluide et des opportunités plus rares. « La moindre fluidité du marché de l’emploi cadre reflète les difficultés qu’éprouvent les cadres à se projeter dans un autre poste », analyse l’Apec.

Les jeunes cadres, pourtant habitués à une mobilité plus dynamique, sont les premiers à revoir leurs ambitions à la baisse.

Des disparités sectorielles et générationnelles

Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. L’industrie, déjà fragilisée, voit ses indicateurs se dégrader plus rapidement que ceux des services. Les cadres de la construction et du commerce, particulièrement exposés, expriment des craintes accrues pour leur emploi.

À l’inverse, les services à forte valeur ajoutée résistent mieux, même si leur optimisme s’est aussi érodé.

Les écarts générationnels se creusent. Les jeunes cadres, bien que traditionnellement plus mobiles, sont désormais les plus réticents à changer d’employeur. Leur pessimisme quant à la possibilité de négocier un salaire plus élevé en cas de mobilité est marqué : seuls 26 % y croient, contre 38 % l’an dernier.

Les cadres seniors, quant à eux, restent les moins inquiets pour leur emploi, mais leur confiance dans leur capacité à retrouver un poste équivalent s’est également affaiblie.

Un contexte politique et économique qui alimente l’incertitude

L’instabilité politique, souvent citée par les entreprises comme un frein à l’investissement, ne devrait pas s’estomper rapidement. Son impact sur la confiance des acteurs économiques est tangible. « La restauration d’un climat de confiance est un levier essentiel pour relancer l’investissement et, in fine, les recrutements », rappelle l’Apec.

Or, dans un contexte où les ménages privilégient l’épargne de précaution malgré des gains de pouvoir d’achat, la consommation peine à redémarrer, limitant d’autant les perspectives de croissance.

Les entreprises, confrontées à une demande atone et à des carnets de commandes en berne, reportent leurs décisions d’embauche. Les cadres, conscients de cette réalité, préfèrent temporiser. « Retrouver un poste équivalent en cas de changement d’entreprise est plus difficile qu’auparavant », estiment 58 % d’entre eux, un sentiment qui s’est renforcé au fil des mois.

Vers une fin d’année sous le signe de l’immobilisme ?

À l’aube de 2026, les indicateurs ne laissent entrevoir aucune embellie immédiate. Les intentions de recrutement, au plus bas, et les projets de mobilité, en retrait, dessinent un marché de l’emploi cadre en panne de dynamisme. Les entreprises, en attente de signaux plus favorables, limitent leurs embauches. Les cadres, de leur côté, privilégient la sécurité de leur poste actuel, malgré des aspirations parfois inassouvies.

« La situation économique de la France, caractérisée par une faible croissance et une instabilité politique chronique, inquiète les cadres au plus haut point », conclut l’Apec. Dans ce contexte, l’attentisme semble être la seule réponse possible, tant pour les employeurs que pour les salariés. Reste à savoir si 2026 apportera les éléments de stabilité nécessaires pour redonner un souffle au marché de l’emploi cadre.

Source : Baromètre Apec, Intentions de recrutement et mobilité des cadres, 4e trimestre 2025. Étude réalisée auprès de 2.000 cadres et 1.000 entreprises entre le 1er et le 15 septembre 2025.

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