
Les dirigeants de très petites entreprises ne mâchent plus leurs mots. Huit sur dix se disent aujourd’hui inquiets ou en colère face à l’instabilité politique.
Leur message, aujourd’hui, tient en une phrase : la stabilité politique n’est pas un luxe, c’est une condition de confiance.
Les dirigeants de très petites entreprises ne mâchent plus leurs mots. Huit sur dix se disent aujourd’hui inquiets ou en colère face à l’instabilité politique. Ce sentiment d’exaspération, nourri par les démissions successives au sommet de l’État et les revirements gouvernementaux, s’installe durablement dans le paysage économique.
Et s’il ne se traduit pas encore par un effondrement de l’activité, il influence déjà les décisions du quotidien.
Une inquiétude devenue colère
Le dernier baromètre Fiducial-Ifop, réalisé auprès de plus de 1.000 dirigeants de TPE, dresse un constat sans appel : 80 % d’entre eux expriment un ressenti négatif vis-à-vis de la situation du pays.
L’inquiétude domine (55 %), mais la colère progresse fortement (25 %), notamment dans l’industrie et le BTP, où plus de quatre dirigeants sur dix la mentionnent.
Cette lassitude s’est accentuée après la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu le 6 octobre. Avant cet épisode, 77 % des dirigeants se déclaraient inquiets ; après, ils étaient 85 %. La colère a bondi de 21 % à 32 %.
Des arbitrages prudents, voire douloureux
L’impact de cette instabilité se lit dans les choix de gestion. Près de deux tiers des patrons envisagent de réduire leurs investissements, un taux qui grimpe à 84 % dans le BTP.
Plus de la moitié (56 %) anticipent un gel des embauches ou une réduction d’effectifs. Et près d’un sur deux (49 %) évoque la possibilité de suspendre tout ou partie de sa rémunération.
La perte de confiance dans la stabilité politique se traduit donc par un ralentissement de la prise de risque, pourtant moteur naturel des TPE.
Une fracture politique assumée
Le désaveu des petits patrons envers le pouvoir est désormais massif. Seuls 12 % disent avoir confiance dans les mesures économiques du gouvernement d’Emmanuel Macron — le plus bas niveau enregistré depuis la création du baromètre en 2002.
Près de la moitié (47 %) souhaitent la dissolution de l’Assemblée nationale et la majorité (64 %) considèrent que, si aucune majorité claire n’en sortait, le Président devrait démissionner.
Ce rejet s’accompagne d’une lassitude face aux figures politiques traditionnelles : 54 % des dirigeants préféreraient qu’un Premier ministre issu de la société civile soit nommé.
Le message est limpide : les dirigeants de TPE ne veulent plus de discours, mais de stabilité et de lisibilité.
Un pessimisme politique qui dépasse l’économie
Malgré ce climat morose, les indicateurs économiques des TPE ne sont pas catastrophiques. Le nombre d’embauches repart légèrement à la hausse (+5 points par rapport au trimestre précédent), et la proportion d’entreprises en difficulté financière reste stable (38 %).
Ce contraste illustre une forme de résilience silencieuse, mais aussi un fossé grandissant entre le ressenti des dirigeants et la réalité de leurs chiffres.
Le malaise dépasse donc les indicateurs habituels : il touche à la représentation que les entrepreneurs se font du rôle de l’État et de la direction du pays.
