
Un phénomène qui prend une dimension particulière en entreprise, où les enjeux de sécurité et de responsabilité se croisent.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la conduite sous influence, qu’elle soit liée aux stupéfiants, à l’alcool ou au smartphone, est un risque croissant pour les entreprises. À elles de transformer ces constats en actions, pour protéger leurs équipes et la société dans son ensemble.
Le 20 novembre 2025, AXA Prévention publiait son 21e baromètre sur le comportement des Français au volant. Parmi les enseignements, un constat alarmant : la conduite sous l’emprise de stupéfiants se banalise, notamment chez les jeunes et les conducteurs professionnels. Un phénomène qui prend une dimension particulière en entreprise, où les enjeux de sécurité et de responsabilité se croisent.
Des chiffres qui interrogent
Selon le baromètre AXA Prévention, 14 % des conducteurs de véhicules professionnels — livreurs, routiers, chauffeurs, artisans — déclarent avoir déjà pris le volant après avoir consommé des stupéfiants. Un taux deux fois supérieur à la moyenne nationale (7 %). Ces professionnels, souvent soumis à des rythmes de travail exigeants, semblent particulièrement exposés. « Les conducteurs concernés ne mesurent pas toujours l’ampleur des dangers liés à leurs actes », souligne Éric Lemaire, président d’AXA Prévention.
Cette tendance est confirmée par une étude publiée en juin 2025 par iThylo et APERLI, basée sur 110 884 dépistages inopinés en entreprise.
Les tests positifs à l’alcool et aux stupéfiants ont augmenté de 107 % en huit ans, passant de 2,6 % en 2017 à 5,3 % en 2025.
La cocaïne, en particulier, a vu ses cas positifs multipliés par 13 sur la même période.
Le cannabis reste la substance la plus dépistée, tandis que l’alcool enregistre des pics en soirée, après 17h et les vendredis.
Le risque routier professionnel, première cause de mortalité au travail
Les données de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) rappellent que le risque routier professionnel est la première cause de mortalité liée au travail en France.
En 2021, 454 personnes ont été tuées lors d’un déplacement lié au travail, soit 19 % de la mortalité routière où le motif de déplacement est connu. Parmi elles, 146 l’ont été lors d’un trajet professionnel, principalement en poids lourd ou en véhicule utilitaire.
Les trajets domicile-travail ne sont pas en reste : 308 personnes y ont perdu la vie en 2021, soit 13 % de la mortalité routière. Les jeunes de 15 à 24 ans, bien que représentant seulement 10 % de la population active, comptent pour 20 % des tués lors de ces trajets.
Les hommes, surreprésentés dans les métiers exposés (BTP, conduite professionnelle), forment 92 % des victimes en trajet professionnel et 80 % en trajet domicile-travail.
Des causes multiples et structurelles
Les raisons de cette hausse sont variées. La période post-Covid a joué un rôle, avec une augmentation de 43 % des cas positifs à l’alcool et de 52 % pour les stupéfiants entre 2022 et 2024. Stress, isolement, conditions de travail difficiles : les facteurs s’accumulent.
Les travailleurs précaires, comme les intérimaires, sont particulièrement vulnérables. Bien qu’ils ne représentent que 15 % de l’échantillon, ils concentrent 31 % des cas positifs à la cocaïne.
Dans certains secteurs, la consommation de substances devient presque un rituel. Sur les chantiers de nuit, par exemple, des cas de consommation de groupe ont été observés, servant de soupape face à la pression. « Une affiche dans le couloir n’a jamais protégé personne. Ce qui compte, c’est la posture de l’organisation, la capacité à voir, entendre et agir », rappelle Jean-Jacques Cado, président d’iThylo.
Hyperconnexion et excès de vitesse : des risques cumulés
La conduite sous influence ne se limite pas aux stupéfiants. Le baromètre AXA Prévention révèle que 85 % des automobilistes utilisent leur smartphone au volant, un record. Parmi les conducteurs professionnels, cette pratique est encore plus répandue, notamment avec l’usage d’assistants connectés comme CarPlay ou Android Auto. Résultat : 54 % des automobilistes équipés de ces outils consultent des messages en conduisant, contre 33 % pour les autres.
Les excès de vitesse restent également un problème récurrent. 74 % des automobilistes admettent faire des petits excès, et 19 % des grands excès. Pour les professionnels de la route, ces comportements s’ajoutent à la fatigue et aux horaires décalés, augmentant encore les risques.
Quelles solutions pour les entreprises ?
Face à ces constats, les entreprises doivent repenser leurs politiques de prévention. L’ONISR recommande une approche adaptée, tenant compte du contexte professionnel et de l’évaluation des risques.
Les mesures doivent être spécifiques à l’environnement de l’entreprise et adaptées aux activités concernées.
Quelques pistes concrètes :
- Former les managers à la détection des comportements à risque.
- Mettre en place des dispositifs d’écoute et de soutien pour les salariés.
- Adapter les politiques de prévention aux spécificités des métiers exposés (livreurs, routiers, etc.).
- Sensibiliser aux dangers de l’hyperconnexion au volant.
Un enjeu de responsabilité collective
La sécurité routière en entreprise ne se limite pas à la conformité réglementaire. Elle relève d’une responsabilité collective, où chaque acteur — employeurs, salariés, institutions — a un rôle à jouer. Comme le souligne Éric Lemaire, « il est urgent de repenser nos actions de prévention pour réduire ces comportements dangereux ».
Sources : Baromètre AXA Prévention 2025, étude iThylo/APERLI (juin 2025), Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR).

