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La nouvelle génération d’entrepreneurs place l’utilité au cœur de leur projet

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Un groupe de poussins jaunes se tient ensemble, créant une scène animée et chaleureuse.
©cweimer4 / Getty Images / Illustration.
Une nouvelle génération de dirigeantes et dirigeants fait émerger un modèle où la recherche de sens n’est plus secondaire.

La jeune génération ne se contente plus de lancer des activités : elle veut proposer des solutions, participer à la construction locale, réduire son impact, partager la décision, et donner du sens à son travail.

Selon l’Observatoire de l’utilité d’entreprendre publié par la Fondation Entreprendre (Les Échos Publishing – Opinion Way), un mouvement profond traverse aujourd’hui le monde entrepreneurial français. Une nouvelle génération de dirigeantes et dirigeants fait émerger un modèle où la recherche de sens n’est plus secondaire.

Leur trajectoire se dessine à la croisée de la performance et de l’impact, sans hiérarchie entre les deux.

Le livre blanc montre que les moins de 29 ans, en particulier, conçoivent leur entreprise comme un espace d’action collective, locale et responsable.

Leur ambition : ne plus dissocier activité économique et utilité sociale ou environnementale.

Ce glissement n’est pas qu’un discours, il se traduit également dans les chiffres recueillis : les jeunes entrepreneurs s’inscrivent davantage dans l’économie sociale et solidaire, expérimentent l’économie circulaire et se projettent plus tôt vers des certifications engageantes.

« On ne valorise pas assez le fait d’essayer », rappelle Thomas Huriez, fondateur et dirigeant de 1083. Pour lui, l’entrepreneuriat n’est pas une démonstration de force mais un apprentissage en continu, construit sur l’ajustement, la remise en question et le sens du collectif.

Une vision élargie de l’entreprise

L’ouvrage met en évidence une manière différente de penser l’entreprise :

Les jeunes porteurs de projets ne s’identifient plus au modèle du dirigeant isolé, responsable seul de toutes les décisions.

Ils veulent des structures plus ouvertes, capables d’associer leur équipe, leurs partenaires ou leur territoire à la réflexion.

« Ouvrir la gouvernance aide à concevoir l’entreprise comme un lieu qui contribue à l’intérêt général », analyse Elisabeth Laville, fondatrice de l’agence Utopies. Elle observe que cette génération demande davantage de transparence et de participation, non comme un exercice de communication mais comme une façon de légitimer ses choix et de fédérer durablement.

Dans ce mouvement, les relations humaines prennent une place croissante. La quasi-totalité des jeunes entreprises interrogées ont mis en place, ou prévoient de mettre en place, des pratiques internes visant le bien-être, le développement des compétences ou l’égalité salariale.

La dimension collective ne se limite pas à l’interne. Amir Reza-Tofighi, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), rappelle que les TPE-PME jouent un rôle central dans la vitalité locale : « Les PME créent des emplois, constituent un véritable maillage social et contribuent fortement au développement économique du territoire. »

Il souligne également que l’entreprise devient un vecteur d’engagement pour les citoyens dès lors qu’elle intègre des pratiques responsables et s’inscrit dans une dynamique locale.

Cette approche trouve un écho chez les entrepreneurs interrogés, qui déclarent privilégier les partenariats locaux, les circuits courts et les coopérations territoriales lorsque cela est possible.

Cette logique d’ancrage renforce le lien entre l’entreprise et son environnement social, économique et humain.

Cela permet également d’instaurer un climat qui soutient naturellement l’engagement, ce que souligne Thomas Breuzard, directeur permaentreprise de Norsys et co-président de B Lab France : « Un modèle plus inclusif et équitable améliore la réputation de l’entreprise. »

Loin d’être marginales, ces pratiques se répandent rapidement. Elles redéfinissent la relation entre l’entreprise et ses salariés, mais également celle entre l’entreprise et son territoire.

Le recours plus fréquent aux fournisseurs locaux, la participation à des initiatives collectives ou l’implication dans des projets d’utilité locale façonnent un ancrage plus assumé.

L’environnement, une composante structurelle du projet

L’enquête montre également que cette nouvelle génération intègre la dimension écologique dès le début d’un projet.

Même si de nombreux entrepreneurs reconnaissent que la transition environnementale reste complexe à piloter, la majorité d’entre eux a déjà enclenché des actions concrètes : réduction d’impact, recyclage, transparence sur les pratiques, nouveaux matériaux, économie de ressources.

Pour Lena Geitner, déléguée générale du Kiif, la logique est simple : « L’entrepreneuriat n’est pas une finalité, mais un levier pour impulser le changement. »

Elle constate que les projets accompagnés par les incubateurs de son réseau cherchent généralement à répondre à un besoin social ou environnemental clair, souvent issu d’une observation de terrain.

Le livre blanc fait aussi apparaître l’importance de l’éducation entrepreneuriale. Les entrepreneurs les plus jeunes associent plus spontanément leur activité à une contribution sociétale.

Rodolphe Durand, professeur et directeur académique du centre Purpose à HEC, souligne cette évolution : « La notion d’entreprendre peut être vue de manière très extensive. » Ce regard plus large ouvre la voie à des modèles hybrides, capables d’allier rigueur économique et utilité citoyenne.

Pour autant, la quête d’impact ne signifie pas l’abandon de la rentabilité. Les entrepreneurs rencontrés refusent l’idée d’une opposition entre bénéfice et responsabilité. Ils cherchent plutôt un équilibre où la performance soutient l’engagement, et inversement.

Cette articulation crée une forme de stabilité : une entreprise qui se sait utile fidélise ses équipes, crée du lien avec ses clients et s’inscrit plus solidement dans son territoire.

Une transformation durable du monde entrepreneurial

Ce que révèle l’Observatoire, c’est moins une tendance passagère qu’un changement de posture.

La jeune génération ne se contente plus de lancer des activités : elle veut proposer des solutions, participer à la construction locale, réduire son impact, partager la décision, et donner du sens à son travail.

Les formes entrepreneuriales évoluent, les attentes de gouvernance progressent, les priorités s’élargissent. Cette évolution touche déjà les réseaux d’accompagnement, les incubateurs, les associations et les écoles.

Elle redistribue l’équilibre entre initiative individuelle et construction collective.

Peu à peu, un nouveau modèle de réussite prend forme : une entreprise capable de durer, de créer des emplois, d’apporter quelque chose à son territoire et de se montrer responsable dans ses choix.

Un modèle où l’utilité n’est plus un simple argument, mais un repère structurant pour celles et ceux qui choisissent d’entreprendre aujourd’hui.

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