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Défaillances d’entreprises : 2025 atteint un sommet, la dynamique commence à se modérer

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Silhouette d'une ville sur un fond aux dégradés de rose et jaune, avec des motifs de chiffres binaires et des lignes de connexion.
©ivanastar / Getty Images Signature / Illustration

L’année 2025 s’achève sur un niveau inédit de défaillances d’entreprises en France. Près de 70.000 procédures collectives ont été ouvertes, toutes natures confondues, dont plus de 19.000 sur le seul quatrième trimestre. Un volume jamais observé jusqu’ici, qui témoigne de la persistance des difficultés économiques rencontrées par une large partie du tissu entrepreneurial.

Pour autant, derrière ce chiffre record, la trajectoire évolue. Après deux années marquées par une accélération brutale des faillites, le rythme de progression ralentit nettement en fin d’exercice.

Sur le dernier trimestre, la hausse des défaillances se limite à +1,7 %, contre +10 % un an plus tôt et +38 % fin 2023. Une inflexion qui traduit un changement de cadence, sans effacer les tensions accumulées.

Un contexte économique instable pour les entreprises

L’environnement dans lequel ont évolué les entreprises en 2025 explique en partie cette situation. « L’économie française a évolué dans un cadre paradoxal, avec une inflation maîtrisée mais une croissance atone, sur fond de finances publiques sous tension et de contexte géopolitique compliqué », résume Thierry Millon, directeur des études d’Altares.

Ce climat a renforcé l’incertitude, notamment pour les TPE et PME, déjà fragilisées par la hausse des coûts logistiques et énergétiques.

Dans ce contexte, la gestion quotidienne de la trésorerie est devenue un exercice d’équilibriste, en particulier pour les structures disposant de peu de réserves financières.

Délais de paiement : un signal d’alerte persistant

Face à la contraction des trésoreries, de nombreuses entreprises ont cherché à gagner du temps sur leurs règlements. « Les entreprises les plus fragiles ont tenté de jouer sur les délais de paiement interentreprises pour compenser des trésoreries qui se contractent », observe Thierry Millon.

Résultat : le retard moyen de paiement dépasse désormais les 14 jours. « Un niveau inédit depuis la période Covid », qui contribue à fragiliser l’ensemble de la chaîne économique. Ces retards accentuent mécaniquement le risque commercial, exposant fournisseurs et sous-traitants à des effets de propagation en cas de défaillance.

TPE et grandes structures particulièrement exposées

L’analyse par taille d’entreprise met en lumière des vulnérabilités aux deux extrémités du tissu économique. Les très petites entreprises restent en première ligne.

Les structures de moins de trois salariés enregistrent une nouvelle hausse des procédures sur le dernier trimestre, confirmant leur exposition aux aléas de trésorerie et à la baisse d’activité.

À l’autre bout du spectre, les entreprises d’au moins 100 salariés connaissent une dégradation rapide. En 2025, le nombre de défaillances de ces PME-ETI progresse de près de 19 % sur un an.

Ces procédures concernent majoritairement des redressements ou des sauvegardes, signe d’une volonté de poursuite d’activité, mais leurs conséquences sur l’emploi sont lourdes.

Plus de 267.000 salariés et dirigeants voient leur poste menacé sur l’année.

Entre ces deux catégories, les entreprises de 3 à 99 salariés affichent une résistance relative. Le nombre de défaillances recule sur le quatrième trimestre et se stabilise sur l’ensemble de l’année, traduisant une capacité d’adaptation légèrement supérieure.

Moins de liquidations, davantage de redressements

Autre évolution notable : la nature des procédures ouvertes. Les liquidations judiciaires directes, qui restent majoritaires, reculent en fin d’année. À l’inverse, les redressements judiciaires progressent sensiblement, traduisant une anticipation plus précoce des difficultés par certains dirigeants.

Les procédures de sauvegarde, quant à elles, demeurent stables mais marginales. Le dispositif spécifique de traitement de sortie de crise, réactivé fin 2023, reste peu mobilisé par les entreprises, malgré son objectif de prévention.

Des secteurs toujours sous pression, d’autres respirent

Sur le plan sectoriel, la situation demeure très contrastée. La construction affiche une amélioration sensible en fin d’année, portée par le gros œuvre et les travaux publics. L’immobilier amorce également un redressement, notamment dans la promotion.

Le commerce présente un tableau plus nuancé. Les activités de détail montrent des signes d’apaisement, en particulier dans l’habillement et l’équipement du foyer. En revanche, le commerce automobile et certaines activités de réparation restent sous tension.

L’industrie manufacturière continue d’enregistrer des hausses marquées dans plusieurs segments, tandis que l’agroalimentaire résiste mieux. Les services aux entreprises demeurent exposés, notamment dans les activités administratives, la propreté ou la location de courte durée. Certaines professions indépendantes, comme les taxis ou la livraison à domicile, connaissent une forte dégradation.

Des écarts régionaux marqués

La géographie des défaillances confirme une France économique à plusieurs vitesses.

Plusieurs régions, dont la Normandie, les Hauts-de-France, le Grand Est ou la Provence-Alpes-Côte d’Azur, affichent une amélioration sur le dernier trimestre.

À l’inverse, les Pays de la Loire, la Corse et certains territoires ultramarins enregistrent une forte hausse des procédures en fin d’année.

Sur l’ensemble de 2025, plusieurs régions atteignent des volumes de défaillances parmi les plus élevés observés depuis une décennie, illustrant la persistance des déséquilibres territoriaux.

Vers une accalmie en 2026, sans illusion

Pour 2026, les signaux restent mitigés. L’amélioration progressive des comportements de paiement et le ralentissement des ouvertures de procédures nourrissent l’hypothèse d’un léger repli des défaillances. « La hausse des procédures collectives ralentit sensiblement depuis plusieurs mois », souligne Thierry Millon.

Mais les contraintes demeurent nombreuses : environnement réglementaire plus exigeant, adaptation à la facturation électronique, pressions sur les chaînes d’approvisionnement et besoins en fonds de roulement élevés.

Dans ce contexte, les TPE et PME devront continuer à faire preuve de prudence financière et d’anticipation pour traverser une période qui reste instable.

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