
Les défaillances d’entreprises continuent de progresser en France. Et si le rythme ralentit légèrement par rapport aux mois précédents, les conséquences sociales, elles, restent bien visibles. Dans son communiqué publié le 20 mai 2026 sur les principaux indicateurs économiques à fin avril, l’Urssaf constate une hausse persistante des procédures collectives et souligne surtout un phénomène inquiétant : le nombre de salariés touchés par les redressements et liquidations judiciaires continue d’augmenter fortement sur un an.
Le signal envoyé par ces données dépasse largement le seul monde des tribunaux de commerce.
Car derrière chaque procédure se cachent des emplois fragilisés, des recrutements gelés, des trésoreries sous pression et des dirigeants qui tentent de tenir malgré une activité parfois en berne.
Une hausse des faillites qui ne s’arrête pas
L’Urssaf rappelle que le nombre de procédures collectives progresse encore au premier trimestre 2026, même si la dynamique apparaît moins brutale qu’entre mi-2021 et mi-2024.
Les liquidations judiciaires augmentent de 0,2 % sur le trimestre et de 1,7 % sur un an. Les redressements judiciaires suivent la même tendance : +0,8 % sur le trimestre et surtout +8,6 % sur un an.
Pour de nombreuses TPE et PME, la situation reste tendue. L’inflation des dernières années, la hausse des coûts de financement, le ralentissement de certains secteurs et les difficultés de consommation ont laissé des traces.
Beaucoup d’entreprises ont absorbé les chocs successifs sans retrouver de véritable marge de manœuvre.
Le plus marquant dans le document de l’Urssaf reste toutefois la précision apportée sur les salariés concernés par ces procédures. Les effectifs touchés par un redressement ou une liquidation judiciaire “continuent de progresser fortement sur un an”.
Cela signifie que les entreprises concernées ne sont plus seulement de petites sociétés isolées. Les procédures touchent désormais des structures employant davantage de personnel, avec des répercussions sociales beaucoup plus lourdes.
Les chiffres qui interpellent
- +8,6 % de redressements judiciaires sur un an
- +1,7 % de liquidations judiciaires sur un an
- Les effectifs salariés touchés “continuent de progresser fortement”
- Les niveaux observés se rapprochent de ceux d’il y a dix ans
Un retour à des niveaux proches d’il y a dix ans
L’Urssaf précise également que le nombre de redressements et de liquidations judiciaires reste “sur un niveau proche de ceux qui prévalaient dix ans plus tôt”.
Cette comparaison n’a rien d’anodin. Elle montre que le reflux espéré après les années de crise sanitaire n’a pas réellement eu lieu.
Durant la pandémie, les aides publiques massives avaient permis de contenir artificiellement les défaillances. Depuis la fin progressive de ces dispositifs, les fragilités réapparaissent.
Certaines entreprises ont aussi accumulé des dettes qu’elles peinent encore à absorber. D’autres subissent une baisse de leur carnet de commandes ou une consommation plus hésitante.
Les secteurs les plus exposés restent souvent les mêmes :
- bâtiment,
- restauration,
- commerce de proximité,
- transport.
Des activités où les marges sont faibles et les coûts fixes élevés.
Les TPE restent particulièrement exposées
Même si les grandes entreprises occupent davantage l’espace médiatique lorsqu’elles vacillent, les très petites entreprises représentent toujours la majorité des procédures collectives.
Pour beaucoup de dirigeants de TPE, la difficulté vient moins d’un effondrement brutal que d’une lente dégradation : trésorerie qui se tend, retards de paiement, charges qui s’accumulent, clients moins nombreux ou règlements plus tardifs.
L’Urssaf observe toutefois un élément qui peut sembler paradoxal : les taux d’impayés des entreprises de 10 salariés ou plus restent relativement bas en avril 2026.
Le taux mesuré à 90 jours atteint ainsi 0,54 %, un niveau jugé stable sur un an.
- Cela montre que toutes les entreprises ne sont pas en difficulté généralisée.
- Une partie du tissu économique continue de résister.
- Mais les sociétés déjà fragiles apparaissent de plus en plus vulnérables au moindre ralentissement d’activité.
Le ralentissement des indépendants ajoute à l’inquiétude
Le rapport de l’Urssaf apporte aussi un autre enseignement : la progression du nombre de travailleurs indépendants ralentit.
Au quatrième trimestre 2025, le nombre d’indépendants actifs n’augmente plus que de 0,4 %, contre 0,9 % au trimestre précédent.
Les auto-entrepreneurs restent le moteur principal de cette hausse, avec une progression de 0,8 %. Mais là encore, le rythme ralentit nettement par rapport au trimestre précédent (+1,9 %).
Ce tassement peut traduire plusieurs phénomènes : un marché plus saturé dans certaines activités, une prudence accrue face à l’incertitude économique ou encore des revenus devenus plus difficiles à stabiliser.
Depuis plusieurs années, le statut d’auto-entrepreneur attirait massivement les Français en quête d’autonomie ou de complément de revenus.
La dynamique semble désormais perdre un peu de sa force.
Le ralentissement des indépendants en chiffres
- +0,4 % de travailleurs indépendants actifs au 4e trimestre 2025
- +0,8 % pour les auto-entrepreneurs
- Une croissance divisée par plus de deux par rapport au trimestre précédent
- Les indépendants “classiques” stagnent
Une économie qui reste sous tension
Malgré quelques indicateurs plus résistants, comme la masse salariale du secteur privé qui progresse encore de 1,6 % sur un an au premier trimestre 2026, l’économie française continue d’avancer sur une ligne étroite.
- L’augmentation de la masse salariale peut d’ailleurs refléter autant la progression des rémunérations que le maintien de l’emploi dans certains secteurs encore dynamiques.
- Mais les défaillances d’entreprises rappellent que la situation demeure fragile pour une partie du tissu entrepreneurial.
- Le fait que davantage de salariés soient désormais concernés par les procédures collectives illustre une montée des difficultés dans des sociétés plus importantes qu’auparavant.
Pour les dirigeants, la vigilance reste maximale. Car dans de nombreuses PME, quelques mois de baisse d’activité peuvent suffire à faire basculer l’équilibre financier.
Des répercussions bien au-delà des entreprises concernées
Lorsqu’une entreprise entre en redressement ou en liquidation, les conséquences dépassent largement le seul cadre du dirigeant ou des salariés concernés.
Les sous-traitants peuvent perdre un client majeur. Les collectivités locales voient parfois disparaître un acteur économique important. Certains territoires déjà fragiles subissent de plein fouet ces fermetures successives.
Dans les petites villes et les zones rurales, la disparition d’une PME peut avoir un impact immédiat sur l’emploi local, le commerce de proximité ou l’activité des artisans voisins.
Le document publié par l’Urssaf ne décrit pas une catastrophe généralisée. Mais il confirme que les difficultés économiques restent bien présentes dans une partie du tissu entrepreneurial français.
Et surtout, il met en lumière une évolution notable :
Les faillites ne touchent plus seulement des entreprises discrètes et peu employeuses.
Elles concernent de plus en plus de salariés, avec des conséquences sociales qui deviennent impossibles à ignorer.

