
Selon les chiffres publiés par Infogreffe le 20 avril 2026, 166 634 entreprises ont été radiées en France au premier trimestre. Dans le même temps, les créations repartent à la hausse avec 177.707 immatriculations. Derrière ce solde encore positif, les procédures collectives progressent, les tensions de trésorerie s’étendent et plusieurs secteurs restent sous pression. Le début d’année confirme surtout que les difficultés de 2025 n’ont pas disparu.
Le premier trimestre 2026 envoie un message contrasté sur l’état du tissu entrepreneurial français. D’un côté, les créations repartent franchement. De l’autre, les radiations restent élevées, les procédures collectives progressent et les tensions de trésorerie gagnent du terrain. Entre janvier et mars, 166 634 entreprises ont été radiées, soit une hausse de 3,4 % sur un an. Dans le même temps, 177 707 immatriculations ont été enregistrées.
Le solde reste donc positif. Mais derrière cette apparente résistance, les signaux de fragilité demeurent nombreux. Après une année 2025 marquée par une nette détérioration du paysage économique, le début 2026 ressemble davantage à une poursuite des difficultés qu’à un véritable redressement.
Le choc de 2025 continue de produire ses effets
L’an dernier avait laissé des traces profondes. Les radiations avaient bondi pour atteindre près de 460.000 sur l’ensemble de l’année, en hausse de plus de 50 %. Les procédures collectives avaient dépassé 63.000 dossiers, à un niveau rarement observé.
Les défaillances d’entreprises s’étaient multipliées, tandis que de nombreuses TPE et PME continuaient de composer avec des marges comprimées, la hausse des coûts et des trésoreries fragilisées.
Le premier trimestre 2026 ne marque pas de rupture nette avec cette tendance. Les créations repartent, certes, mais les sorties demeurent nombreuses et les difficultés financières restent bien installées.
Les créations progressent de 10 %
Avec 177.707 immatriculations enregistrées entre janvier et mars, la France affiche une progression de 10 % par rapport à la même période de 2025. L’envie d’entreprendre ne s’éteint donc pas, malgré un environnement économique encore tendu.
Cette hausse concerne surtout les activités de services. Le secteur de l’information et de la communication grimpe de 28,9 %. Les activités spécialisées, scientifiques et techniques progressent également.
Ces chiffres traduisent toutefois une réalité nuancée. Dans plusieurs secteurs à faibles barrières d’entrée, les créations augmentent en même temps que les fermetures. Le mouvement ressemble parfois davantage à un renouvellement rapide d’entreprises qu’à une consolidation durable du tissu productif.
Hébergement-restauration et transport à la peine
Tous les secteurs ne profitent pas du regain entrepreneurial. L’hébergement-restauration voit ses immatriculations reculer de plus de 13 %. Le transport cède 1,8 %.
Ces replis peuvent s’expliquer par des coûts d’exploitation élevés, des difficultés de recrutement persistantes ou une rentabilité jugée insuffisante par de nouveaux entrants.
La construction, elle, fait du surplace. Or ce secteur reste l’un des plus surveillés, car il concentre toujours le plus grand nombre de procédures collectives.
166.634 radiations : un niveau toujours élevé
Le chiffre marquant du trimestre reste celui des radiations : 166 634 entreprises sorties des registres en trois mois.
À première vue, la hausse reste modérée (+3,4 %). Mais la composition de ces radiations mérite attention. Les fermetures volontaires reculent, tout comme certaines radiations administratives. En revanche, les sorties liées à une procédure collective progressent fortement.
Autrement dit, une part croissante des disparitions d’entreprises ne résulte pas d’un choix stratégique ou d’une cessation anticipée, mais d’une défaillance économique.
Les commerçants particulièrement exposés
Les commerçants représentent 52,2 % des radiations du trimestre. Leur poids dans les sorties est supérieur à leur place dans les créations.
Cette surreprésentation reflète les difficultés rencontrées par une partie du commerce indépendant : consommation prudente, hausse des charges fixes, concurrence accrue du e-commerce et arbitrages budgétaires des ménages.
Les SAS voient également leurs radiations augmenter de 34,8 %. Cette évolution suit leur montée en puissance ces dernières années : plus nombreuses dans le paysage entrepreneurial, elles sont aussi plus présentes dans les statistiques de fermeture.
Les procédures collectives repartent à la hausse
Entre janvier et mars, 17 679 entreprises ont fait l’objet d’une procédure collective, soit une progression de 5,5 % sur un an.
Les liquidations judiciaires restent majoritaires. Mais le fait notable concerne les redressements judiciaires, en hausse de 27,6 %, à 4 755 dossiers.
Cette poussée peut être lue de deux manières. D’un côté, elle montre que les difficultés persistent. De l’autre, elle peut signaler que davantage d’entreprises sollicitent des dispositifs de sauvegarde avant la cessation définitive.
Le BTP toujours en première ligne
La construction concentre à elle seule plus d’un cinquième des procédures collectives ouvertes sur la période. Elle devance le commerce et l’hébergement-restauration.
Le secteur cumule plusieurs fragilités :
- ralentissement de certains marchés immobiliers,
- coûts des matériaux encore élevés,
- tension sur la commande privée,
- marges parfois insuffisantes pour absorber les retards ou impayés.
Pour les artisans comme pour les PME du bâtiment, le début 2026 reste donc délicat, notamment avec le début du conflit du Moyen-orient qui a fait naître de nouvelles préoccupations liées à l’aprovisionnement (et donc au coût) du carburant.
Trésorerie : les signaux d’alerte se multiplient
Autre indicateur suivi de près : les inscriptions de privilèges, qui traduisent des dettes vis-à-vis des organismes publics.
Les privilèges de la Sécurité sociale atteignent 3 682 nouvelles inscriptions, en hausse de 28,5 %. Ceux du Trésor public progressent d’environ un tiers, à 1 881 dossiers.
Le point notable tient à la baisse des montants moyens par dossier. Cela suggère que les difficultés de paiement ne concernent plus seulement les entreprises déjà très fragiles, mais touchent un nombre plus large de petites entités.
En clair, les tensions de trésorerie se diffusent.
L’Île-de-France perd des sièges sociaux
Sur le plan territorial, l’Île-de-France reste la première région entrepreneuriale du pays. Elle concentre près d’un quart des entreprises actives et environ un tiers des immatriculations nationales.
Mais les mouvements de sièges sociaux montrent un essoufflement relatif. La région enregistre davantage de départs que d’arrivées, avec un déficit net de 771 sièges sur le trimestre.
À l’inverse, la Nouvelle-Aquitaine, la Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Occitanie et la Bretagne affichent des soldes positifs. Une redistribution progressive de l’activité semble se dessiner vers les façades atlantique et méditerranéenne.
Contrôles renforcés sur les bénéficiaires effectifs
Le trimestre est également marqué par une explosion des signalements de divergences au registre des bénéficiaires effectifs : 24 567 cas, en hausse de 139,4 % sur un an.
Ces anomalies portent souvent sur l’identité des bénéficiaires ou la nature des intérêts détenus. Cette flambée peut refléter à la fois un meilleur contrôle administratif et des déclarations initiales insuffisamment rigoureuses.
Dans un contexte de lutte contre la fraude et de recherche de transparence, le sujet prend de l’ampleur.
Résistance plutôt que reprise
Le début 2026 ne ressemble pas à une phase de redémarrage franc. Le dynamisme des créations existe, mais il cohabite avec des fermetures nombreuses, des redressements judiciaires en forte hausse et des tensions financières plus diffuses.
Le tissu entrepreneurial français tient encore debout. Le solde net reste positif et le nombre total d’entreprises continue de progresser. Mais la robustesse n’est pas retrouvée.
La vraie question pour le deuxième trimestre sera de savoir si la hausse des redressements judiciaires annonce un sauvetage partiel d’entreprises encore viables… ou prépare une nouvelle vague de liquidations dans les mois à venir.

