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19.000 entreprises déjà en difficulté en 2026, 75.000 emplois menacés

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5–7 minutes
©Alfo images via canva.com

Le début d’année 2026 confirme une tendance installée depuis plusieurs trimestres : les défaillances d’entreprises restent à un niveau très élevé en France. Selon la dernière étude d’Altares, près de 19.000 procédures collectives ont été ouvertes au premier trimestre, soit une hausse de 6,4 % sur un an. Sur douze mois glissants, le seuil des 71.000 défaillances est désormais franchi, un niveau inédit hors période de crise majeure.

Cette dynamique s’accompagne d’un impact social marqué : plus de 75.000 emplois sont aujourd’hui menacés, un volume supérieur à celui observé lors de la crise financière de 2009.

Une pression continue sur le tissu entrepreneurial

Derrière ces chiffres, une réalité s’impose : les difficultés ne se résorbent pas. Le nombre de défaillances reste durablement élevé, bien au-dessus des standards observés avant la crise sanitaire.

« Au cours de ce trimestre, plus de 300 chefs d’entreprise se sont présentés chaque jour ouvré devant le tribunal », souligne Thierry Millon, directeur des études Altares. Une cadence qui illustre l’ampleur des tensions rencontrées par les dirigeants.

Les procédures ouvertes traduisent majoritairement des cessations de paiement. Les redressements judiciaires progressent fortement (+13,6 %), signe que les entreprises arrivent plus tardivement devant les tribunaux, avec des situations déjà fortement dégradées.

Les liquidations judiciaires, quant à elles, continuent de représenter la majorité des décisions (près de 68 %), même si leur progression est plus contenue.

Des conséquences sociales immédiates et différées

Le niveau des emplois menacés atteint 75 350 au premier trimestre. Une partie de ces postes est directement concernée par des liquidations, mais une autre dépend de l’issue des redressements judiciaires.

Or, l’expérience montre qu’une large proportion de ces procédures débouche finalement sur une cessation définitive d’activité. « Environ les trois quarts des redressements judiciaires sont ultérieurement convertis en liquidation », rappelle l’étude.

Thierry Millon insiste sur l’effet en chaîne : « Au-delà de la disparition de savoir-faire, ces défaillances entraînent de lourdes conséquences sociales : emplois directement supprimés ou fragilisés, mais aussi effets indirects sur les fournisseurs, les sous-traitants et plus largement sur l’écosystème économique local. »

Les TPE en première ligne, les PME fragilisées

Le phénomène touche avant tout les plus petites structures. Les TPE concentrent à elles seules les trois quarts des procédures, avec une hausse de plus de 11 % sur un an.

Les micro entreprises de moins de trois salariés sont particulièrement exposées, souvent directement placées en liquidation judiciaire.

Mais la dégradation s’étend désormais à des entreprises de taille intermédiaire. Les PME de 20 à 99 salariés enregistrent une hausse rapide des défaillances (+12,1 %), signe d’un élargissement des difficultés.

À l’inverse, les structures de 10 à 19 salariés montrent une amélioration, tandis que les grandes entreprises résistent mieux, avec un nombre de défaillances en recul.

Défaillances d’entreprises : les chiffres clés du 1er trimestre 2026

  • 18 986 défaillances d’entreprises enregistrées (+6,4 % sur un an)
  • 75 350 emplois menacés, un niveau inédit depuis 2009
  • Plus de 71 000 défaillances sur 12 mois glissants
  • +13,6 % de redressements judiciaires, signe d’une aggravation des difficultés

Focus microentreprises et TPE

  • 14 311 défaillances concernent les entreprises de moins de 3 salariés
  • Soit 75 % des procédures à elles seules
  • Une hausse marquée de +11,2 % sur un an
  • Plus de 7 sur 10 sont directement placées en liquidation judiciaire
  • Les microentrepreneurs et entrepreneurs individuels représentent moins de 14 % des cessations de paiement des TPE

Source : Altares, étude sur les défaillances d’entreprises, T1 2026

Les jeunes entreprises particulièrement vulnérables

Autre enseignement marquant : la hausse des défaillances est particulièrement forte chez les entreprises récentes.

Les structures créées depuis moins de trois ans affichent une progression de 14 % des défaillances. Leur fragilité financière et leur moindre capacité à absorber les chocs économiques expliquent en partie cette exposition.

Certains secteurs concentrent ces difficultés, notamment : la restauration et le bâtiment. Mais ce sont aussi des activités comme la propreté, la coiffure ou la vente automobile qui enregistrent des hausses très marquées.

Des secteurs sous tension, quelques poches de résistance

L’analyse sectorielle met en évidence une diffusion large des difficultés.

  • Le commerce de détail repart à la hausse, notamment dans l’habillement et les magasins multi-rayons, effaçant les améliorations observées un an plus tôt.
  • Le e-commerce et la vente hors magasin enregistrent également des progressions importantes des défaillances.
  • Les services aux entreprises et aux particuliers connaissent une accélération notable, en particulier dans les activités de propreté, de conseil ou encore les services à la personne.
  • Le transport subit une dégradation marquée, tirée notamment par les taxis, tandis que l’agriculture affiche une hausse importante des procédures, notamment dans la viticulture.

Quelques signaux plus favorables apparaissent néanmoins. La construction reste globalement stable, portée par le gros œuvre, et la restauration semble marquer un léger palier après plusieurs années de hausse continue.

Des disparités territoriales marquées

Les difficultés ne se répartissent pas uniformément sur le territoire.

Certaines régions enregistrent des reculs significatifs des défaillances, comme la Normandie ou les Pays de la Loire. D’autres connaissent en revanche des hausses très marquées, notamment la Bourgogne-Franche-Comté, la Nouvelle-Aquitaine ou le Centre-Val de Loire.

L’Île-de-France reste la région la plus exposée en volume, avec plus de 4.300 défaillances sur le trimestre.

Une confiance fragilisée

Au-delà des chiffres, l’étude met en évidence un climat économique qui reste dégradé. Le recours aux procédures de sauvegarde, pourtant destinées à anticiper les difficultés, demeure marginal.

« Ce premier trimestre n’est guère propice au rétablissement de la confiance, ni à la relance de l’investissement et de la consommation », observe Thierry Millon.

Les tensions de trésorerie, les retards de paiement et un environnement économique incertain continuent de peser sur les entreprises, en particulier les plus petites.

Une prévention encore insuffisante

La question de l’anticipation reste centrale. Malgré les dispositifs existants, peu d’entreprises ont recours à des procédures préventives.

« Le recours préventif au tribunal demeure marginal », souligne l’étude, avec seulement 1 500 sauvegardes sur douze mois.

Pour Thierry Millon, l’amélioration passe aussi par un accompagnement renforcé :
« L’accompagnement des entreprises en difficulté apparaît comme une priorité forte. »

Mais la réalité économique complique cette perspective. Les petites entreprises disposent rarement du temps et des ressources nécessaires pour engager un redressement durable.

Des perspectives incertaines

La situation observée en ce début d’année ne laisse pas entrevoir d’inflexion rapide. Les défaillances restent élevées, les tensions persistent et les facteurs de fragilité demeurent nombreux.

Thierry Millon alerte sur les mécanismes à l’œuvre : « Les petites entreprises sont souvent faiblement capitalisées et leur niveau de trésorerie est insuffisant pour affronter un environnement économique dégradé. »

Dans ce cadre, les retards de paiement jouent un rôle déterminant, aggravé par des perturbations logistiques et des coûts d’exploitation élevés.

Le niveau atteint en ce début d’année confirme ainsi une phase durable de fragilisation du tissu entrepreneurial, dont les effets continueront de se faire sentir sur l’emploi et l’activité dans les mois à venir.

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