
Près de 100.000 personnes ont adhéré au contrat de sécurisation professionnelle (CSP) en 2025. Un chiffre en nette hausse après 81.000 entrées en 2023 et 93.000 en 2024. Pour beaucoup de salariés frappés par un licenciement économique, ce mécanisme reste peu connu du grand public alors qu’il peut accélérer le retour à l’emploi. Les deux nouvelles études publiées par l’Unédic en avril 2026 dressent un tableau détaillé : profils des bénéficiaires, rapidité de reprise d’activité, efficacité comparée aux autres sorties de CDI. Et les résultats sont marquants.
Le CSP, un sas après le licenciement économique
Le contrat de sécurisation professionnelle s’adresse aux salariés licenciés pour motif économique dans les entreprises de moins de 1.000 salariés, ainsi qu’aux entreprises en redressement ou liquidation judiciaire. Le dispositif associe un accompagnement renforcé durant 12 mois et une allocation chômage spécifique, souvent plus favorable sous conditions d’ancienneté.
À retenir
L’idée est simple : éviter qu’un licenciement économique ne se transforme en chômage de longue durée. Accompagnement rapproché, formation, suivi personnalisé, aides au reclassement… le CSP mise sur une remise en mouvement rapide.
7 bénéficiaires sur 10 retrouvent une situation durable en deux ans
C’est le chiffre qui retient l’attention. Deux ans après leur adhésion, 68 % des bénéficiaires du CSP ont accédé à un emploi durable, c’est-à-dire un CDI, un contrat d’au moins six mois ou une création d’entreprise.
Le résultat dépasse celui observé chez d’autres anciens salariés sortis d’un CDI :
- 63 % après une rupture conventionnelle
- 54 % après un autre licenciement économique
- 51 % après un licenciement pour motif personnel
À retenir
Le CSP ne garantit évidemment pas un rebond immédiat pour tous, mais les données montrent un avantage net à moyen terme.
Un redémarrage plus rapide vers l’emploi salarié
Sur les douze premiers mois, le dispositif semble déjà produire ses effets. Parmi les entrants au deuxième trimestre 2022, 43 % ont retrouvé un CDI ou un contrat d’au moins six mois dans l’année suivant leur entrée dans le CSP. À 24 mois, ce taux grimpe à 62 % pour l’emploi salarié durable.
Si l’on inclut tous les contrats d’au moins un mois, les résultats montent encore :
- 54 % à 12 mois
- 72 % à 24 mois
À retenir
L’Unédic souligne aussi une amélioration récente. Les adhérents entrés en 2022 ont de meilleurs résultats que ceux de 2020 ou 2021.
Pourquoi cela fonctionne mieux ?
Plusieurs pistes sont avancées :
- Le premier tient à l’accompagnement intensif. Les bénéficiaires disposent d’un suivi resserré, souvent plus soutenu que dans le régime classique.
- Le second repose sur la formation. Un tiers des adhérents au CSP ont bénéficié d’une formation, contre 17 % parmi l’ensemble des allocataires du régime général la même année.
- Enfin, le CSP prévoit une prime de reclassement lorsqu’un bénéficiaire reprend rapidement un emploi durable. Cette prime correspond à 50 % des droits restants en allocation de sécurisation professionnelle, versés sous conditions.
Résultat : un tiers des bénéficiaires y ont eu recours parmi ceux entrés au deuxième trimestre 2022.
Un signal supplémentaire du ralentissement économique
L’augmentation des adhésions au CSP n’est pas anodine. Passer de 81.000 entrants en 2023 à près de 100.000 en 2025 reflète une hausse des licenciements économiques éligibles ou, au minimum, une montée des tensions sur certaines activités.
- Le CSP agit ainsi comme un indicateur avancé des difficultés rencontrées par des PME, des ETI et des sociétés en procédure collective.
- Quand les adhésions progressent, cela signifie souvent que davantage d’entreprises réduisent leurs effectifs ou ferment des sites.
Qui sont les bénéficiaires du CSP ?
Contrairement à certaines idées reçues, le dispositif ne concerne pas un seul profil type.
En 2023 :
- 55 % des entrants étaient des hommes
- 40 % avaient plus de 45 ans
- 42 % avaient un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat
L’Unédic note aussi une ancienneté élevée dans l’emploi précédent : 83 mois en moyenne, soit près de sept ans. On parle donc souvent de salariés installés durablement dans leur entreprise avant la rupture.
Commerce, bâtiment, industrie : les secteurs les plus exposés
Les contrats précédant l’entrée en CSP provenaient principalement de six grands secteurs :
- commerce
- construction
- industrie manufacturière
- activités spécialisées, scientifiques et techniques
- hébergement-restauration
- information-communication
À eux seuls, ces domaines représentent les trois quarts des entrées dans le dispositif. Cela dessine une photographie assez fidèle des activités sensibles aux retournements économiques, aux carnets de commandes instables ou aux réorganisations internes.
Le bâtiment monte en puissance
L’une des évolutions les plus nettes concerne la construction. Le groupe “construction” représentait 9 % des entrants en 2020. Il atteint 14 % en 2023.
Cette progression traduit les secousses vécues par la filière : ralentissement du neuf, hausse des coûts, reports de chantiers, tension sur la trésorerie de nombreuses entreprises.
Les jeunes rebondissent le plus vite
Parmi les six grands profils identifiés par l’Unédic, les moins de 25 ans obtiennent les meilleurs résultats.
Douze mois après leur entrée dans le CSP :
- 65 % ont retrouvé un emploi
- 49 % un emploi durable
Ils devancent les autres catégories, notamment grâce à une mobilité plus forte et à une insertion généralement plus rapide sur le marché du travail.
Les anciens salariés à temps partiel plus fragiles
À l’inverse, les personnes issues du temps partiel apparaissent plus exposées. Douze mois après l’entrée dans le dispositif, 38 % accèdent à un emploi durable, contre 43 % en moyenne.
Ce groupe est majoritairement féminin et plus présent dans les métiers du commerce, des services ou de l’aide à domicile. Des secteurs où les contrats fragmentés restent fréquents.
Le CSP attire aussi des cadres
Autre enseignement : 20 % des bénéficiaires appartiennent au groupe “cadres”. Beaucoup viennent des services, du conseil, de l’informatique ou de l’ingénierie, souvent en Île-de-France.
Le CSP n’est donc pas réservé aux métiers d’exécution ou aux secteurs industriels. Il accompagne aussi des suppressions de postes qualifiés.
Création d’entreprise : un point faible
Le dispositif est performant pour le retour à l’emploi salarié, mais beaucoup moins pour l’entrepreneuriat.
Seulement :
- 4 % des bénéficiaires ont créé une entreprise à 12 mois
- 10 % à 24 mois
C’est deux fois moins que chez les autres licenciés économiques ou les salariés passés par une rupture conventionnelle.
L’explication est en partie réglementaire : la création d’entreprise fait sortir du CSP. Certains porteurs de projet préfèrent donc refuser le dispositif pour basculer directement vers l’ARE et les aides à la création d’activité.
Ce que doivent retenir les employeurs et salariés
Pour les entreprises confrontées à une restructuration, le CSP reste un outil important d’accompagnement social. Pour les salariés, il mérite d’être étudié attentivement avant toute décision.
Les chiffres publiés par l’Unédic montrent qu’un licenciement économique ne mène pas automatiquement à une longue période sans emploi. Lorsqu’il est mobilisé, le CSP augmente nettement les chances de retrouver une activité stable.
À l’heure où certaines entreprises traversent des zones de turbulence, ce dispositif redevient un sujet très concret du marché du travail français…

