Accueil » Médiation du crédit : pourquoi les TPE restent en première ligne en 2025

Médiation du crédit : pourquoi les TPE restent en première ligne en 2025

4–6 minutes
Portrait d'une femme souriante avec des cheveux bouclés, portant un blazer noir et un haut rouge, se tenant devant un rideau.
©Mediation du crédit.
Hassiba Kaabèche, médiatrice nationale du crédit aux entreprises, analyse les enseignements 2025 de la médiation du crédit pour les TPE et micro-entreprises.

Dans le bilan 2025 de la médiation du crédit, les très petites entreprises concentrent l’essentiel des saisines. Fragilité financière, accès au financement, rôle du facteur temps, poids des PGE ou impact sur l’emploi local : Hassiba Kaabèche, médiatrice nationale du crédit aux entreprises, décrypte pour TPE ACTU les principaux enseignements et les messages à adresser aux dirigeants de TPE et de micro-entreprises encore hésitants à recourir à ce dispositif.

Dans le bilan 2025, 83 % des demandes de médiation viennent des TPE de moins de 11 salariés. Comment expliquer que ces très petites structures soient si largement majoritaires dans les saisines ? Quel message cela envoie-t-il sur l’accès au crédit des TPE ?

Les TPE sont majoritaires parce qu’elles figurent parmi les entreprises les plus fragiles financièrement, souvent avec peu de fonds propres, et parce que la procédure de médiation est particulièrement adaptée à leur situation.

La saisine est gratuite, contrairement aux procédures des tribunaux de commerce, qui impliquent le recours à un administrateur judiciaire et génèrent des coûts.

La médiation garantit par ailleurs un service de proximité, entièrement confidentiel et sur mesure, tenant compte de la situation individuelle de chaque entreprise.

Le taux de succès des médiations éligibles est d’environ 64 % en 2025. Qu’est-ce que ce chiffre traduit concrètement pour une TPE qui sollicite ce dispositif, et quelles leçons en tirer pour les entrepreneurs hésitants ?

Un succès peut se traduire par le déblocage d’un crédit, l’octroi ou le renouvellement d’une ligne de financement, le gel du remboursement d’un emprunt ou encore son rééchelonnement.

La condition déterminante reste toutefois la rapidité de la saisine. La médiation doit être sollicitée dès les premiers signes de difficulté avec un établissement financier, avant que la relation ne se dégrade ou ne soit rompue.

On observe une baisse des dossiers éligibles comparée à la période pré-pandémique. Ce recul est-il le signe d’une amélioration de la situation financière des entreprises ou plutôt d’un sous-diagnostic des besoins ?

Globalement, les entreprises ont fait preuve d’une forte résilience face aux crises successives, et les PGE ont été correctement remboursés. Les entreprises les plus touchées n’ont souvent pas pu recourir à la médiation, leur situation étant trop détériorée, et se sont tournées vers des procédures préventives ou collectives devant les tribunaux de commerce.

Il demeure néanmoins un enjeu de visibilité : la médiation du crédit reste insuffisamment connue dans certains territoires et pourrait être davantage mobilisée.

Les interventions des médiateurs ont permis de préserver plus de 5 000 emplois en 2025. Pour une TPE, comment mesurer l’impact indirect de la médiation sur l’emploi local et la pérennité de l’activité ?

Le nombre d’emplois préservés correspond à la somme des effectifs des entreprises dont la médiation a abouti favorablement. L’impact indirect sur l’emploi local ne peut pas être chiffré précisément.

Il peut toutefois être plus large, car certaines entreprises accompagnées s’inscrivent dans des écosystèmes comprenant fournisseurs, sous-traitants ou entreprises affiliées, eux-mêmes dépendants de leur activité.

Les micro-entrepreneurs représentent une part significative des bénéficiaires, même si leur proportion exacte n’est pas isolée dans les chiffres 2025. Peut-on estimer leur poids relatif au sein des 83 % de TPE ?

Les chiffres varient selon les années, mais les entreprises comptant un seul salarié représentent entre un quart et un tiers des dossiers instruits.

Cette population constitue donc un public important pour la médiation et nécessite un accompagnement spécifique, compte tenu des moyens limités dont disposent leurs dirigeants.


Les statistiques montrent une forte concentration sectorielle (services, commerce, construction). Sur quelles données repose cette répartition, et comment influence-t-elle votre approche ?

Toute entreprise, quel que soit son secteur, peut saisir la médiation. L’appartenance sectorielle, déclarée lors du dépôt du dossier, n’est pas un critère de traitement, lequel repose exclusivement sur des éléments financiers.

La surreprésentation du commerce, des services et de la construction reflète à la fois leur poids économique et les difficultés propres rencontrées par ces secteurs.


Les TPE qui saisissent la médiation tôt ont de meilleures chances de succès. Disposez-vous de données sur l’effet du facteur temps ?

Il n’existe pas de mesure chiffrée du facteur temps, la médiation n’ayant pas toujours connaissance de l’ancienneté des difficultés rencontrées.

En revanche, lorsqu’une ligne de financement est dénoncée, l’intervention doit être immédiate.

Les médiateurs sont invités à contacter l’entreprise dans les 48 heures suivant la saisine et à approcher les banques dans les cinq jours.

Les délais de traitement doivent rester rapides, même si certaines situations complexes nécessitent des négociations plus longues.


Peut-on comparer les niveaux d’éligibilité ou de succès entre 2025 et les années précédentes ?

Lors de la crise sanitaire et des crises qui ont suivi, la médiation du crédit a relevé ses seuils d’acceptation afin de soutenir largement les entreprises. Les taux d’éligibilité étaient alors plus élevés, mais les taux de succès plus faibles qu’en période pré-pandémique.

À partir de 2022, la tendance s’est inversée : moins de dossiers éligibles, mais davantage de réussites. Cette apparente sélectivité s’explique par la dégradation financière plus marquée des dossiers reçus.


Enfin, quels arguments souhaitez-vous adresser aux TPE et micro-entrepreneurs pour les inciter à recourir plus tôt à la médiation du crédit ?

En cas de tension de trésorerie, il est indispensable de ne pas attendre qu’un financement soit dénoncé ou qu’un impayé survienne. Plus la médiation est saisie tôt, plus elle peut identifier rapidement les points de blocage, établir un diagnostic et engager un dialogue constructif avec la banque.

La saisine est rapide, gratuite, et aboutit à un succès dans plus de six cas sur dix. À l’inverse, lorsqu’une situation contentieuse est déjà installée, la capacité d’action est fortement réduite.

Ce raisonnement vaut également pour les autres financeurs — crédit-bailleurs, affactureurs — et pour les assureurs-crédit, qui doivent être mobilisés dès une baisse ou une suppression de garantie afin d’éviter une perte de crédit fournisseur et une aggravation des difficultés de trésorerie.

Agenda Appel à candidature Apprentissage Arrêt maladie Artisanat Ce qui change CMA France Cour de cassation Cybersécurité Dares Formation France Travail Gestion d'entreprise IA Influence politique Législation Micro entreprise Métiers d'art Numérique Organisations professionnelles Salaires Santé Santé mentale Tendances économiques Urssaf

En savoir plus sur TPE ACTU

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Recevez directement nos articles dans votre boîte mail !

Poursuivre la lecture