
En pleine période d’incertitude économique, un signal discret mais révélateur remonte du terrain : les entreprises françaises n’ont jamais autant eu recours à la médiation pour régler leurs différends. C’est ce que révèle le bilan 2025 du Médiateur des entreprises, publié le 1er avril.
Selon le dernier bilan du Médiateur des entreprises, 2.101 demandes ont été enregistrées en 2025, un niveau inédit hors période Covid. Une hausse de +10,5 % sur un an qui en dit long sur l’état des relations économiques… mais aussi sur un changement de culture chez les dirigeants.
Car derrière ces chiffres, une tendance se dessine : la médiation n’est plus seulement un recours en cas de crise, elle devient un outil de gestion courant pour les TPE et PME.
Des tensions économiques qui se traduisent concrètement
Pression sur les trésoreries, inflation persistante, incertitudes géopolitiques, chaînes d’approvisionnement fragilisées… Le contexte 2025 a mis les relations commerciales sous tension.
Résultat : les litiges se multiplient, notamment autour des contrats et des flux financiers.
Premier motif de conflit ? Sans surprise : les conditions de paiement, qui représentent 27,1 % des médiations.
Factures impayées, pénalités contestées, retenues de garantie… Autant de situations qui fragilisent en priorité les plus petites structures.
Mais ce n’est pas tout. Les litiges liés aux relations contractuelles (déséquilibres, modifications unilatérales, ruptures) représentent à eux seuls plus de 40 % des dossiers.
Autrement dit : le problème n’est pas seulement financier, il est aussi relationnel.
Les TPE en première ligne
Ce sont les plus petites entreprises qui paient le prix fort.
En 2025, 80 % des demandes de médiation proviennent d’entreprises de moins de 25 salariés, un niveau en nette progression.
Encore plus révélateur : les entreprises individuelles sont de plus en plus nombreuses à saisir le dispositif, avec une part qui grimpe à 37,4 % des demandes.
Cela traduit deux réalités :
- une vulnérabilité accrue face aux retards de paiement et aux déséquilibres contractuels
- mais aussi une meilleure connaissance des dispositifs d’aide
La médiation devient alors un levier accessible pour des dirigeants souvent isolés face à leurs difficultés.
Un changement de culture : du conflit au dialogue
Longtemps perçue comme un dernier recours, la médiation s’impose progressivement comme une alternative crédible au contentieux.
Et pour cause : elle fonctionne. Plus de 70 % des médiations aboutissent à un accord
Dans un environnement tendu, ce taux élevé montre que le dialogue reste possible, à condition, bien sûr, d’être encadré.
Ce succès repose aussi sur un changement de mentalité.
Les entreprises identifient désormais la médiation comme :
- un outil rapide
- gratuit
- et surtout confidentiel
Un triptyque particulièrement attractif pour les TPE, peu enclines à s’engager dans des procédures longues et coûteuses.
Un nouveau front : les relations avec l’administration
Autre évolution notable en 2025 : la montée des litiges impliquant l’administration. La part de ces différends (hors marchés publics) est passée de 7 % à près de 12 % des saisines.
Un signal fort.
Cela signifie que les entreprises (notamment les plus petites) s’approprient désormais la médiation pour faire valoir leurs droits face à des acteurs publics. Une preuve supplémentaire que le dispositif gagne en légitimité.
Services, énergie, innovation : des secteurs sous tension
Tous les secteurs ne sont pas touchés de la même manière.
En 2025, les services concentrent 58,4 % des médiations, loin devant le commerce et l’industrie.
Pourquoi ? Parce que ce secteur cumule plusieurs facteurs de fragilité :
- dépendance à la trésorerie
- relations contractuelles nombreuses
- forte exposition aux donneurs d’ordre
Autre point de vigilance : les relations avec les grands comptes et les acteurs publics, où les délais et les déséquilibres contractuels restent fréquents.
Au-delà des litiges : un baromètre des difficultés des entreprises
La médiation ne sert pas uniquement à résoudre des conflits. Elle agit aussi comme un thermomètre de l’économie réelle.
En parallèle des médiations, 1.830 sollicitations ont été traitées en 2025, souvent en amont d’un conflit formel.
Ces échanges permettent d’identifier les signaux faibles :
- tensions de trésorerie
- incompréhensions contractuelles
- difficultés avec les donneurs d’ordre
Avec un engagement clair : répondre en moins de 48 heures.
Vers une logique d’anticipation
Face à la hausse des défaillances, le message des pouvoirs publics évolue : il ne s’agit plus seulement de gérer les crises, mais de les anticiper.
C’est tout l’enjeu de la charte de confiance, signée début 2026 par 35 acteurs publics et privés, avec un objectif :
- détecter les difficultés des entreprises le plus tôt possible
- inciter les dirigeants à demander de l’aide sans attendre
Une approche qui marque un tournant :
passer d’une culture de réaction à une culture de prévention.
Ce que révèle ce bilan, au fond, dépasse la seule médiation.
Il met en lumière une transformation plus large du tissu économique français :
- des relations commerciales plus tendues
- des TPE plus exposées
- mais aussi des dirigeants plus enclins à chercher des solutions amiables
Dans un monde économique instable, le dialogue redevient un outil stratégique.
Et pour les petites entreprises, souvent seules face aux difficultés, la médiation apparaît de plus en plus comme un filet de sécurité discret… mais indispensable.

