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Contrats courts : pourquoi les TPE embauchent (presque) toujours pour quelques jours

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Une règle en bois posée sur un fond créé par deux nuances de bleu.
©Thao Nhu / corelens

Selon l’Unédic, 81 % des embauches réalisées en France au premier trimestre 2025 ont pris la forme d’un contrat court.

Derrière ce chiffre massif, souvent commenté mais rarement expliqué, se cache une réalité plus complexe que l’opposition classique entre précarité et emploi durable.

Pour les TPE, le recours aux contrats courts n’est pas tant un choix idéologique qu’un outil d’adaptation permanente à des contraintes économiques, organisationnelles et réglementaires de plus en plus fortes.

Le contrat court, forme dominante de l’embauche

En 2024, l’économie française a comptabilisé 46,2 millions d’embauches. Dans le détail, seules 4,4 millions ont été réalisées en CDI, contre 21,1 millions de CDD et 20,7 millions de missions d’intérim. Plus frappant encore :

→ 81 % des CDD ont duré moins d’un mois
→ 92 % des missions d’intérim ont duré moins d’un mois

Autrement dit, l’entrée sur le marché du travail se fait aujourd’hui très majoritairement par des contrats très courts. Cette dynamique n’est pas nouvelle. Elle s’est accentuée entre 2000 et 2015, avant de se stabiliser à un niveau élevé.

→ Au premier trimestre 2025, 81 % des embauches relevaient encore de cette catégorie

Pour les dirigeants de TPE, ces chiffres traduisent une réalité bien connue : embaucher durablement est devenu une prise de risque.

Fluctuation de l’activité, incertitude sur les carnets de commandes, absences imprévues, contraintes de trésorerie… Le contrat court offre une souplesse que le CDI ne permet plus toujours.

Beaucoup de contrats, peu d’emplois

Si les contrats courts dominent très largement les embauches, ils ne représentent pourtant qu’une faible part de l’emploi total.

→ En 2024, les CDD représentaient 7,6 % des emplois
→ L’intérim comptait pour 1,9 %
→ Soit moins de 10 % de l’emploi total

Cette proportion est remarquablement stable depuis plus de vingt ans.

Ce paradoxe est central pour comprendre le débat actuel.

Il ne s’agit pas d’une généralisation de l’emploi précaire, mais d’une fragmentation extrême des parcours professionnels, concentrée sur certains publics et certains secteurs.

Ce sont souvent les mêmes salariés qui enchaînent les contrats courts, parfois avec les mêmes employeurs.

Des secteurs dépendants du court

Le recours aux contrats courts varie fortement selon les secteurs. Côté CDD, ils sont très concentrés dans le tertiaire, en particulier dans :

→ l’hébergement-restauration
→ le médico-social, notamment les Ehpad
→ les arts, spectacles et activités récréatives
→ les services administratifs et de soutien

L’intérim, quant à lui, domine dans :

→ le transport-entreposage
→ le commerce
→ la construction
→ certaines activités industrielles, notamment l’agroalimentaire

Pour de nombreuses TPE, le contrat court répond à des contraintes structurelles : saisonnalité de l’activité, exigences de continuité de service, remplacement d’absences maladie, pics ponctuels de production.

Dans le médico-social, par exemple, le recours à des CDD de remplacement est souvent indispensable pour respecter les normes d’encadrement.

Des salariés jeunes… et souvent déjà connus

Les jeunes de 15 à 24 ans sont surreprésentés parmi les salariés en contrats courts. Les femmes sont légèrement plus nombreuses en CDD, tandis que les hommes recourent davantage à l’intérim.

→ À poste comparable, les salariés en CDD perçoivent une rémunération horaire inférieure à celle des CDI

Mais l’un des enseignements majeurs concerne la réembauche.

→ Plus de quatre embauches sur cinq en CDD de moins d’un mois ont lieu chez un ancien employeur
→ Deux tiers des contrats très courts s’inscrivent dans une relation de travail suivie, parfois sur plusieurs années

Pour les TPE, cette pratique permet de s’appuyer sur un vivier de salariés déjà formés, opérationnels et connus, limitant les coûts de recrutement et les risques d’erreur.

Pour les salariés, elle peut aussi offrir une certaine continuité, malgré la discontinuité contractuelle.

Assurance chômage : un poids réel, mais maîtrisé

Contrairement à certaines idées reçues, les contrats courts ne concentrent pas la majorité des dépenses d’assurance chômage.

→ En 2024, la perte d’un contrat court a représenté 24 % des ouvertures de droits
→ Mais seulement 16 % des dépenses d’allocation

Cette part est en baisse par rapport aux années 2000.

Depuis plus de dix ans, plusieurs dispositifs ont tenté de réguler le recours aux contrats courts : modulation des cotisations patronales, réforme du calcul de l’allocation, bonus-malus sur les contributions.

Les évaluations montrent des effets limités, parfois contre-productifs, et une capacité d’adaptation rapide des entreprises.

Un débat relancé, sans solution évidente

Les partenaires sociaux ont rouvert le dossier des contrats courts début 2026. Le constat est partagé : malgré des règles de plus en plus complexes, le recours aux contrats courts reste massif, car il répond à des besoins réels de fonctionnement des entreprises, en particulier des plus petites.

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